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Initiée par l’Italie avec la France et la Grèce comme partenaires principaux, puis rejoints par l’Espagne et la Roumanie, la Corvette de Patrouille Européenne (EPC) a été sélectionnée en 2019 par la Commission européenne pour bénéficier du financement du Fonds européen de défense (FED) dans le cadre de la Coopération structurée permanente (PESCO).

Avec le soutien de l’Agence européenne de défense (AED), ce projet a fait l’objet d’un premier contrat (CALL 1) attribué par l’Organisation conjointe de coopération en matière d’armement (OCCAR) à Naviris, une coentreprise créée par Naval Group et Fincantieri, ainsi qu’à Navantia.

Ce contrat, d’une durée de vingt-quatre mois pour un montant de 87 millions d’euros, visait à « réaliser des études de concept et de faisabilité, ainsi qu’une conception initiale pour une nouvelle génération de navires de guerre », selon l’OCCAR.

Désormais nommé MMPC (Corvette de Patrouille Multimodulaire), ce projet devrait donner naissance à une nouvelle classe de navires qualifiés de « modulaires », conçus selon une architecture plug and play (brancher et utiliser).

Avec un déplacement d’environ 3 000 tonnes et une longueur de 110 mètres, la future corvette européenne devrait exister en au moins trois versions : guerre anti-navire, missions longues durées et patrouilles hauturières.

« Le design vise la flexibilité, une meilleure efficacité énergétique, un moindre impact environnemental, une sécurité accrue, une meilleure interopérabilité et une cybersécurité renforcée. La MMPC est pensée comme une plateforme utilisable par différents pays européens à partir d’une base commune, adaptable aux besoins nationaux », résume l’OCCAR.

Lors du salon Euronaval 2024, Naval Group, Fincantieri et Navantia ont signé un protocole d’entente pour créer un consortium industriel en vue du lancement de la phase 2 du projet (CALL 2), déjà approuvée par la Commission européenne.

Cette seconde phase vise à finaliser la revue critique du design (CDR) et à construire les premiers prototypes (au moins une unité pour les versions « Multipurpose Combat » et « Multipurpose Long Range »). Cependant, le contrat correspondant n’a pas encore été attribué aux industriels.

Cette situation a été expliquée par le député Yannick Chenevard (EPR), rapporteur du budget du programme 178, « Préparation et emploi des forces armées », lors de l’examen en commission des crédits du ministère des Armées pour 2026.

La participation française au projet MMPC se justifiait par le remplacement prévu des six frégates de surveillance de la classe Floréal, déployées depuis les années 1990 dans les territoires ultramarins de la Marine nationale.

Or, devant les députés le 23 octobre, le chef d’état-major de la Marine (CEMM), l’amiral Nicolas Vaujour, a annoncé que ces frégates, « pratiquement en fin de vie », seraient prolongées.

« Nous avons travaillé avec les Européens pour définir la corvette du futur. Nous pensons pouvoir prolonger la durée de vie de nos frégates de surveillance, même si elles approchent de leur fin de cycle », a-t-il indiqué. « Mais nous avons besoin de navires de haute qualité, aptes à la navigation hauturière et durables — c’est absolument essentiel — et d’un armement plus conséquent […]. Il s’agit donc d’un investissement important », a insisté l’amiral.

En réalité, d’après Yannick Chenevard, les frégates de surveillance devront rester en service au moins jusqu’en 2034, soit quatre à cinq ans de plus qu’initialement prévu.

« Légèrement armées et dépourvues de sonar, ces frégates doivent être remplacées par des bâtiments mieux armés. Les corvettes de patrouille européennes étaient censées assurer cette relève. Mais lors des différentes auditions que j’ai menées, les incertitudes demeurent quant à la participation de la France à la seconde phase de ce programme européen », a-t-il expliqué.

La Marine française semble donc hésiter sur le type de navire requis. La MMPC n’est pas l’unique option envisagée, comme l’a suggéré Stéphane Frémont, directeur des navires de surface chez Naval Group, l’an passé.

« Nous avons entamé des discussions l’an dernier avec la Direction générale de l’armement (DGA) et la Marine concernant le remplacement des frégates de la classe Floréal », a-t-il déclaré lors d’une interview publiée sur la chaîne YouTube Naval News.

Il a ajouté : « Le modèle Gowind [corvette] a été retenu comme candidat possible. Le contrat pour ces navires devrait débuter dans quelques années, avec pour objectif la construction de six unités ».

Rappelons que la Gowind 2500, avec un déplacement de 2 600 tonnes, une longueur de 102 mètres et une autonomie de 3 700 milles nautiques, est équipée du système de combat SETIS (similaire à celui des frégates multimissions) et d’un module panoramique de capteurs et d’intelligence (PSIM), comprenant un mât intégré, un radôme avec radar de surveillance, un centre opérations et une salle de communication.

Cette corvette peut être armée de torpilles, de 16 missiles sol-air VL Mica, de 8 missiles anti-navire Exocet MM40 Block 3, de deux canons télé-opérés de 20 mm et d’une tourelle de 76 mm. Elle dispose également d’un sonar de coque, d’un sonar remorqué et peut embarquer un hélicoptère.

Laurent Lagneau