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Analyse stratégique des grands défis internationaux : Russie, Chine, Corée du Nord, Iran et groupes jihadistes. Cette synthèse brosse un état des tensions et des évolutions géopolitiques majeures qui structurent la scène mondiale à l’automne 2025.

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Russie

Un entretien téléphonique entre le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, et le secrétaire d’État américain Marco Rubio la semaine dernière n’a pas permis de relancer les préparatifs du sommet prévu à Budapest entre Washington et Moscou, finalement annulé par le président Donald Trump. Selon la Maison-Blanche, aucun projet de rencontre entre Trump et le président russe Vladimir Poutine n’est envisagé « dans un avenir proche ».

Washington a exclu la fourniture de missiles de croisière Tomahawk à l’Ukraine, capables d’atteindre profondément le territoire russe. Toutefois, Wall Street Journal a indiqué que l’administration américaine pourrait avoir levé certaines restrictions sur l’usage par l’Ukraine de missiles occidentaux à longue portée, affirmation démentie par Trump. Malgré tout, Poutine a menacé d’une réponse « très sévère » à d’éventuelles frappes ukrainiennes en Russie.

Dans un contexte diplomatique au point mort, Washington a imposé ses premières sanctions sous la nouvelle administration, visant les géants énergétiques russes Rosneft et Lukoil, producteurs conjoints d’environ la moitié du pétrole brut russe. Ces mesures visent à couper les flux de revenus clefs de Moscou, avec un impact qui dépendra notamment des sanctions secondaires contre les acheteurs étrangers de pétrole russe. Cette politique a déjà conduit plusieurs acheteurs, notamment en Inde, à suspendre de nouveaux contrats, tout en maintenant des importations limitées non sanctionnées.

En coordination avec les États-Unis, l’Union européenne a adopté son 19e paquet de sanctions visant Rosneft, Lukoil, une interdiction des importations russes de gaz naturel liquéfié et le gel des navires de la « flotte fantôme » russe. Cependant, l’UE a encore reporté la décision d’utiliser les avoirs russes gelés pour financer l’Ukraine.

Station-service Rosneft à Stary Oskol, Russie

Station-service Rosneft à Stary Oskol, Russie, en 2019.

Chine

La quatrième session plénière du Comité central du Parti communiste chinois s’est tenue à Pékin du 20 au 23 octobre. Deux décisions majeures ont été adoptées. Premièrement, le 15e plan quinquennal définit les priorités de développement et la stratégie chinoise pour les cinq prochaines années. Il souligne que la Chine perçoit un environnement extérieur marqué par des « changements profonds et complexes », traduisant une vision sévère des relations avec les États-Unis.

Deuxièmement, la session a consolidé la poursuite de la campagne anticorruption au sein des cadres dirigeants : seulement 168 membres et 147 membres suppléants du Comité central étaient présents, avec des taux d’absences de 18 % et 14 % respectivement, témoignant de l’ampleur des purges.

Suite à une escalade dans les contrôles à l’exportation des terres rares et aux menaces de Trump d’imposer une surtaxe douanière de 100 % sur les produits chinois, les deux pays ont engagé des négociations commerciales. Une rencontre entre Trump et Xi Jinping en Corée du Sud le 30 octobre a apaisé le conflit : un gel d’un an des restrictions chinoises sur les terres rares, une augmentation des achats chinois de produits agricoles américains, et une réduction partielle des droits de douane américaines ont été convenus. Trump a exprimé sa grande satisfaction et prévoit une visite en Chine au printemps prochain.

Trump et Xi Jinping en Corée du Sud

Le président américain Donald Trump et le dirigeant chinois Xi Jinping lors de leur rencontre bilatérale en Corée du Sud.

Corée du Nord

Malgré plusieurs déclarations de Donald Trump exprimant son souhait de rencontrer à nouveau Kim Jong Un dans la zone démilitarisée, ce dernier n’a pas répondu directement. À l’approche du séjour de Trump en Corée du Sud fin octobre, le ministre nord-coréen des Affaires étrangères, Choe Son Hui, s’est rendu en Biélorussie puis en Russie, soulignant une coopération de plus en plus étroite entre Pyongyang et Moscou. Le ministère russe des Affaires étrangères a déclaré que, lors de ces entretiens, les deux ministres ont imputé les tensions sur la péninsule coréenne « aux actions agressives des États-Unis et de leurs alliés ».

La veille de l’arrivée de Trump à Gyeongju, la Corée du Nord a testé des missiles de croisière nucléaires en mer Jaune, quelques jours après des essais de projectiles hypersoniques. Les médias officiels nord-coréens ont présenté ces tests comme une amélioration des capacités stratégiques et défensives destinées à renforcer la dissuasion.

Si Kim a laissé entendre que la diplomatie avec les États-Unis reste envisageable et a évoqué des souvenirs positifs de sa rencontre avec Trump, il apparaît désormais que la politique russe influence la manière dont Pyongyang évalue ses perspectives avec Washington. Le renforcement des sanctions occidentales contre Moscou a conduit la Corée du Nord à afficher une solidarité pragmatique avec la Russie.

Trump et Kim Jong Un à la zone démilitarisée

Donald Trump et Kim Jong Un à la zone démilitarisée coréenne en 2019.

Iran

L’Iran figure, avec la Corée du Nord et le Myanmar, sur la liste noire du Groupe d’action financière (GAFI) des juridictions à haut risque, ce qui limite son accès aux systèmes financiers internationaux. Lors de sa session plénière du 22 au 24 octobre, le GAFI a jugé insuffisantes les récentes mesures prises par Téhéran pour être retiré de cette liste.

Le 22 octobre, l’Iran a ratifié l’adhésion à la Convention des Nations unies pour la répression du financement du terrorisme, une exigence majeure du GAFI, mais assortie de réserves. En mai, Téhéran avait également accepté de rejoindre la Convention de Palerme contre la criminalité transnationale organisée, là aussi avec conditions. Le GAFI reste cependant sceptique quant à la volonté réelle de l’Iran de lutter contre les infractions financières et a énoncé six exigences, notamment la levée de certaines exceptions aux conventions anticrime et l’amélioration des contrôles financiers. Satisfaire ces critères apparaît comme un défi majeur. Même en cas de retrait, ce ne serait qu’une amélioration partielle au vu des autres pressions extérieures et de la mauvaise gestion interne affectant le système financier iranien.

Ali Madani-Zadeh, ministre iranien des Finances

Ali Madani-Zadeh, ministre iranien des Finances et de l’Économie, en 2025.

Groupes jihadistes

La branche d’Al-Qaïda au Sahel, Jamaat Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM), intensifie son offensive dans la déstabilisation du Mali. Après plus de dix ans d’insurrection, JNIM resserre son étau sur Bamako, la capitale. Début septembre, le groupe a interdit l’importation de carburant en provenance des pays voisins, le Sénégal et la Côte d’Ivoire, et a attaqué des camionneurs tentant de contourner le blocus. Cette mesure a gravement affecté l’économie malienne, dépendante des importations de carburant, provoquant une hausse des prix et de longues files d’attente aux stations-service.

Le 26 octobre, le ministre malien de l’Éducation, Amadou Sy Savané, a annoncé la fermeture des écoles pour plusieurs semaines, faute de moyens de transport efficaces pour les enseignants et les élèves. Cette situation exerce une pression importante sur la junte au pouvoir depuis le coup d’État de 2021, alimentant des spéculations sur d’éventuelles négociations avec JNIM pour lever le blocus.

Les inquiétudes quant à la stabilité du pays grandissent. Cette semaine, l’ambassade américaine a conseillé à ses ressortissants de quitter le Mali et a demandé au personnel non essentiel ainsi qu’à leurs familles de partir. JNIM a prouvé sa capacité à miner sérieusement le gouvernement malien, soulevant des questions sur sa faculté à déstabiliser également d’autres États fragiles comme le Burkina Faso.

Conférence des chefs d’état-major africains 2025

Le général-major mauritanien Mohamed Vall Rayess échange avec le brigadier-général malien Harouna Samaké lors d’une conférence des chefs d’état-major africains à Nairobi, Kenya, en 2025.