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La Pologne sollicite la mise en place d’une zone d’exclusion aérienne en Ukraine, appuyée par l’OTAN, afin de protéger l’ensemble de l’Europe des attaques russes, notamment en réponse aux incursions de drones russes sur son territoire.

Le ministre polonais des Affaires étrangères, Radoslaw Sikorski, a appelé les pays membres de l’OTAN à instaurer une zone d’exclusion aérienne au-dessus de l’Ukraine. Cette demande intervient dans le contexte des récentes frappes russes impliquant des drones et des conséquences directes sur le sol européen, telles que les incursions sur le territoire polonais la semaine dernière, qui ont conduit l’alliance dirigée par les États-Unis à engager des avions de combat pour répondre à ces menaces.

Dans une interview accordée au média allemand Frankfurter Allgemeiner, Sikorski a précisé que cette initiative avait déjà été évoquée avec l’administration américaine il y a un an, mais qu’elle ne pourrait être mise en œuvre que si la Pologne bénéficiait du soutien de ses alliés européens. « Nous, en tant qu’OTAN et Union européenne, pourrions le faire, mais ce n’est pas une décision que la Pologne peut prendre seule ; elle doit être adoptée avec ses alliés », a-t-il déclaré. Le ministre a souligné que protéger la population polonaise, par exemple contre la chute de débris, serait plus efficace si les drones et autres engins volants hostiles étaient neutralisés avant d’entrer sur le territoire national.

Par ailleurs, si l’Ukraine demandait à l’OTAN d’intervenir pour abattre des drones sur son territoire, cela représenterait un avantage stratégique, a ajouté Sikorski, soulignant personnellement qu’il faudrait sérieusement envisager cette option.

Jusqu’à présent, les États-Unis et leurs principaux alliés de l’OTAN, dont le Royaume-Uni, ont refusé ces requêtes ukrainiennes en raison des risques élevés d’un affrontement aérien direct avec la Russie. Aucune indication ne laisse penser que l’ancien président américain Donald Trump envisageait l’instauration d’une telle zone, d’autant plus en l’absence d’un cessez-le-feu accepté par Moscou.

Lors d’échanges récents avec des alliés européens concernant des garanties de sécurité post-conflit pour l’Ukraine, Trump a clairement affirmé qu’aucune force américaine ne serait déployée sur le sol ukrainien.

Mercredi dernier, des forces aériennes de l’OTAN ont abattu des drones russes ayant violé l’espace aérien polonais alors que la Russie menait des bombardements en Ukraine. L’incident a soulevé des interrogations sur la capacité de l’Alliance à contrer des véhicules aériens sans pilote, peu coûteux et extrêmement maniables, qui ont profondément modifié la nature des conflits armés depuis l’invasion russe du territoire ukrainien en 2022.

Les autorités polonaises ont rapporté 19 violations de leur espace aérien, avec au moins trois drones abattus. Il s’agissait principalement de drones leurres, sans armement, souvent utilisés pour détourner l’attention des systèmes de défense antiaérienne. Néanmoins, la chute des débris a causé des dégâts matériels.

Plusieurs experts ont souligné l’impossibilité et l’insoutenabilité d’une défense basée uniquement sur des avions de chasse et des missiles très coûteux dans de telles situations. Les responsables de l’OTAN ont cependant assuré que cet événement démontrait leur détermination à défendre « chaque centimètre » du territoire allié.

Les officiels européens ont qualifié cette incursion de « test » russe des défenses de l’Alliance, tandis que Donald Trump a laissé entendre qu’il pourrait s’agir d’une erreur, affirmation que les autorités polonaises, dont Sikorski et le Premier ministre Donald Tusk, ont fermement démentie.

Samedi dernier, la Roumanie a déployé des avions de combat après qu’un drone russe ait pénétré son espace aérien lors d’une attaque contre l’Ukraine voisine. Des débris de drones russes sont régulièrement retrouvés sur le sol roumain depuis le début du conflit.

Du côté russe, le Kremlin a rejeté les appels de Donald Trump en faveur d’un cessez-le-feu. Dmitri Peskov, porte-parole de Vladimir Poutine, a déclaré que Moscou restait ouvert à une résolution politique et diplomatique du conflit, tout en accusant les Européens de compliquer le processus. « L’OTAN est de facto en guerre contre la Russie. C’est évident et ne nécessite pas de preuve. Elle apporte un soutien direct et indirect au régime de Kiev », a-t-il ajouté.

Si la Russie affirme sa volonté de négocier, elle impose des conditions strictes, notamment la cession de vastes territoires ukrainiens — y compris des zones non occupées —, des restrictions sévères à l’armée ukrainienne et des garanties que l’Ukraine ne rejoindra jamais l’OTAN.

Les offensives russes sur les villes ukrainiennes se sont considérablement intensifiées depuis le milieu de l’année, particulièrement via des vagues de drones. En réponse, Kiev a renouvelé ses demandes auprès de ses alliés occidentaux pour renforcer ses systèmes de défense aérienne.

Au début de l’invasion, il y a près de quatre ans, le président ukrainien Volodymyr Zelensky avait multiplié les appels à l’établissement d’une zone d’exclusion aérienne afin de pallier l’absence de supériorité aérienne face aux bombardements massifs de Moscou. Ses déclarations fortes devant le Congrès américain en mars 2022 avaient notamment mis en avant la nécessité d’une « zone d’exclusion aérienne humanitaire » pour protéger les populations civiles contre « la terreur quotidienne » des attaques russes.

Cependant, le président Joe Biden avait refusé d’engager des pilotes et avions américains, de crainte de provoquer un affrontement direct avec la Russie, détenteur du plus important arsenal nucléaire mondial. Les dirigeants européens avaient soutenu cette décision, conscients des risques d’une escalade.

À l’époque, Ben Wallace, secrétaire britannique à la Défense, avertissait que tout combat aérien direct entre Occidentaux et Russes pourrait déboucher sur une « guerre à l’échelle européenne ».

L’an dernier, Kiev avait proposé que ses pays voisins utilisent leurs systèmes antiaériens pour intercepter missiles et drones entrant dans l’espace aérien occidental ukrainien, créant ainsi une sorte de zone d’exclusion partielle. Cette proposition avait une nouvelle fois été rejetée par les alliés.