Le généralissime des Forces armées polonaises a annoncé que Varsovie discute actuellement d’une éventuelle cession de ses derniers avions de chasse MiG-29 à l’Ukraine, en échange d’un accès à certaines technologies ukrainiennes avancées dans le domaine des drones et des missiles.
Cette initiative s’inscrit dans le cadre du soutien allié à Kiev et de la sécurisation du flanc oriental de l’OTAN. Aucune décision définitive n’a encore été prise, mais l’armée polonaise souligne que ces chasseurs soviétiques appartiennent à une génération en fin de cycle opérationnel et ne font plus l’objet d’un programme de modernisation.
Le ministre polonais de la Défense a confirmé que les discussions portent exclusivement sur les MiG-29 qui seront prochainement retirés du service en Pologne. Les missions actuellement assumées par ces appareils seront transférées aux flottes de F-16 et FA-50, dans le cadre de la transition complète vers une aviation de combat aux standards occidentaux.
Au cours du conflit, la Pologne avait déjà livré un premier lot de MiG-29 à l’Ukraine. Les pourparlers actuels concernent donc les derniers exemplaires, qui constituaient auparavant la colonne vertébrale de la défense aérienne polonaise.
Le MiG-29 demeure un chasseur efficace dans les opérations à basse altitude et en environnement fortement contesté. Propulsé par deux turbofans RD-33 avec postcombustion, le bimoteur Fulcrum offre une excellente poussée rapportée au poids, une vitesse de pointe proche de Mach 2,25 ainsi qu’un plafond opérationnel d’environ 18 000 mètres. Son armement type associe un canon interne automatique GSh-30-1 de 30 mm à une panoplie pouvant atteindre six missiles air-air, notamment des R-27 à guidage radar ou infrarouge pour les points d’ancrage internes, et des missiles R-73 ultramaneuvrables sur les points d’ancrage externes.
En sus, l’avion peut transporter des roquettes ou bombes conventionnelles non guidées pour des frappes au sol. L’aviation polonaise a progressivement amélioré l’avionique des MiG-29, notamment en intégrant des radios compatibles OTAN et des systèmes de navigation plus fiables, afin de faciliter leur emploi dans des opérations multilatérales.
Pour l’Ukraine, ces appareils restent précieux malgré leur génération antérieure. Les pilotes ukrainiens sont déjà familiarisés avec le MiG-29, sur lequel existent des infrastructures de formation et de maintenance. Les appareils ont par ailleurs été adaptés pour intégrer certains armements occidentaux grâce à des dons antérieurs. Dans un espace aérien extrêmement contesté et soumis à une défense antiaérienne terrestre dense, l’urgence pour Kiev est de disposer de plateformes d’attaque résistantes capables de lancer des armes de précision, d’intercepter rapidement des missiles de croisière et bombes planeuses, et de compenser l’usure accélérée en temps de guerre par un nombre suffisant d’appareils.
Le MiG-29, grâce à ses performances sur pistes courtes et son accélération impressionnante, répond parfaitement à ces besoins, pendant que l’intégration des F-16 dans les missions de combat avancé s’effectue progressivement.
En retour, la Pologne ne cherche pas uniquement une compensation matérielle, mais aussi un accès aux connaissances et technologies qui permettraient d’intégrer les innovations ukrainiennes issues du conflit dans son propre secteur industriel et celui de l’OTAN.
Les responsables ukrainiens ont publiquement estimé qu’en 2024, l’industrie nationale a produit plus d’un million de drones FPV (First Person View) et d’autres types de drones, avec des plans pour une hausse significative en 2025. Cette production comprend tant des munitions kamikazes FPV à usage tactique que des drones plus volumineux à longue portée, capables de s’infiltrer profondément en territoire ennemi.
Les conditions spécifiques du champ de bataille ont fait de l’Ukraine un centre de développement dynamique pour l’aide à la sélection de cibles via intelligence artificielle, les communications résistantes au brouillage électronique, les ogives modulaires et les techniques de fabrication rapide adaptées à une production de masse.
En obtenant l’accès aux plans, logiciels et opportunités de co-production ukrainiens, la Pologne espère renforcer sa propre base industrielle dédiée aux drones et aux missiles. Ces technologies peuvent être directement intégrées aux unités d’artillerie, aux formations de défense territoriale et aux forces de sécurité côtière, qui se préparent à des conflits de haute intensité.
Ce modèle d’échange entre chasseurs et drones reflète une logique industrielle plus large : la Pologne remettrait des appareils ne correspondant plus à son architecture militaire en évolution, tandis que l’Ukraine valoriserait l’un de ses principaux atouts dans ce conflit, la production massive de systèmes non habités éprouvés au combat, en guise de monnaie d’échange pour se procurer des avions pilotés essentiels.
Pour l’OTAN, cet accord permettrait de maintenir le MiG-29 en service là où il est le plus utile, au-dessus des lignes de front ukrainiennes, tout en intégrant et amplifiant l’innovation ukrainienne sur le champ de bataille au sein des industries de défense alliées.
Si cette opération se concrétise, elle représenterait un cas exceptionnel où un chasseur soviétique hérité est non seulement préservé du retrait mais devient, via les drones et technologies missilières ukrainiennes, un renfort durable pour la dissuasion européenne.