Article de 1146 mots ⏱️ 6 min de lecture

Dans leur ouvrage de référence publié en 1991, Fiza’ya : la psyché de l’Armée de l’Air pakistanaise, les historiens indiens de l’aviation militaire Pushpindar Singh Chopra et Ravi Rikhye, accompagnés de l’expert suisse-australien Peter Steinmann, ont proposé une analyse approfondie de l’état d’esprit de la PAF (Pakistan Air Force) qui continue de façonner sa philosophie opérationnelle.

Décrite comme un « David solitaire s’attaquant au Goliath qu’est la Force aérienne indienne (IAF) », la psyché de la PAF se caractérise selon eux par une focalisation étroite sur la lutte aérienne, détachée d’une vision plus large des enjeux de défense nationale. Cette limitation auto-imposée privilégie le décompte des avions ennemis abattus comme unique critère de succès, souvent au détriment d’une contribution plus large à l’effort de guerre. Des événements récents, notamment l’opération Sindoor en mai 2025, ont ravivé les débats sur ce modèle mental, posant la question de savoir si cette stratégie de préservation sert réellement les intérêts nationaux du Pakistan ou uniquement la réputation de la PAF.

Basée sur plusieurs décennies d’opérations, l’analyse de Chopra, Rikhye et Steinmann décrit une armée de l’air optimisée pour un rôle unique : affronter l’IAF en combats rapprochés dans son propre espace aérien. Cette stratégie découle de la prise de conscience par la PAF de sa nette infériorité numérique et logistique — environ 300 avions de combat contre plus de 600 pour l’IAF en 2025. Les auteurs soulignent un choix stratégique visant à préserver les ressources en vue d’une « phase finale » de guerre imaginée, évitant ainsi les pertes dans des combats multi-domaines. Ce raisonnement, selon eux, déconnecte la PAF de la « vue d’ensemble », cantonnant son rôle au simple comptage des victoires aériennes sans influer sur les résultats au sol ou en mer.

Le livre évoque des exemples historiques, tels que les guerres indo-pakistanaises de 1965 et 1971, où la quête de supériorité aérienne de la PAF n’a guère modifié le cours des batailles terrestres. En 1971, malgré l’abattage de 19 avions indiens contre 11 pertes, la PAF n’a pu empêcher la chute du Pakistan oriental, illustrant son incapacité à renverser la situation. De même, lors du conflit de Kargil en 1999, la réticence de la PAF à intervenir hors de ses frontières a laissé l’armée pakistanaise isolée, renforçant sa réputation de force combattant « pour elle-même, par elle-même ». Ce schéma s’est répété lors de l’opération Sindoor, où l’engagement limité de la PAF n’a pas entravé l’offensive multidimensionnelle indienne, comme détaillé ci-dessous.

L’opération Sindoor, menée en mai 2025 le long de la Ligne de Contrôle (LoC), fut une opération conjointe indienne mobilisant la Force aérienne (IAF), l’armée de terre et la marine, en réponse à une incursion transfrontalière accrue. L’IAF a déployé des Rafale et des Tejas, soutenus par des systèmes S-400 Triumf intégrés au dispositif Sudarshan Chakra Sky Shield, visant à neutraliser des actifs pakistanais, notamment un site radar et deux chasseurs JF-17. La PAF, adoptant une posture défensive, a lancé quelques JF-17 et F-16 pour protéger son espace aérien, revendiquant l’abattage de deux drones indiens pour une perte aérienne.

Les analystes ont souligné l’approche prudente de la PAF, évitant les frappes profondes ou un appui coordonné aux forces au sol, conforme à sa tendance historique à conserver ses forces. Si la PAF a célébré une « victoire » basée sur le score aérien, l’opération dans son ensemble a permis à l’Inde de perturber les lignes de ravitaillement pakistanaises et de forcer un repli tactique, avec des pertes minimales dues à une guerre centrée sur les réseaux et la supériorité informationnelle. Ce constat vient renforcer la critique formulée dans Fiza’ya : le critère de succès de la PAF — limiter ses pertes aériennes — ne se traduit pas par un succès national lorsque la guerre est perdue sur d’autres fronts.

La stratégie de la PAF pose ainsi des questions cruciales, comme le suggèrent les auteurs : une posture plus offensive aurait-elle pu modifier les résultats ? En 1971, une pression aérienne continue aurait pu affecter les lignes d’approvisionnement indiennes ; à Kargil, un soutien aérien accru aurait pu renforcer les positions pakistanaises. Au lieu de cela, sa réticence à sortir d’une logique de préservation a laissé l’armée et la marine sans appui, comme lors de Sindoor, où les forces navales pakistanaises ont fait face sans opposition aux patrouilles maritimes indiennes. Cette attitude a ancré l’image d’une PAF isolée, spécialisée dans le combat air-air mais détachée des opérations interarmées.

La doctrine militaire pakistanaise, largement influencée par cette psyché, repose souvent sur la dissuasion nucléaire pour compenser ses faiblesses conventionnelles. Mais cette dépendance à une stratégie de « phase finale » — réservant les avions pour une confrontation décisive — méconnaît la réalité des conflits modernes où la coordination multi-domaines est déterminante. L’intégration récente par l’IAF du Sudarshan Chakra Sky Shield, combinant défense aérienne, capacités spatiales et cyber, illustre ce tournant, rendant la focalisation unidimensionnelle de la PAF de plus en plus obsolète.

À une évaluation honnête, comme le suggèrent Chopra, Rikhye et Steinmann, les Pakistanais pourraient se demander si l’approche conservatrice de la PAF n’a pas freiné leur défense nationale. Sa revendication de victoire à Sindoor, fondée sur un ratio positif, contraste avec les gains stratégiques indiens, notamment la dégradation des réseaux radars pakistanais et le renforcement de la dissuasion indienne. Les données historiques confirment ce décalage : en 1965, la PAF avait abattu 13 avions indiens mais perdu la guerre à cause d’échecs au sol, un schéma récurrent dans les conflits suivants.

La PAF poursuit sa modernisation avec le JF-17 Block III et envisage l’acquisition de J-31, mais sa doctrine reste ancrée dans la psyché décrite par Fiza’ya. Face à l’expansion de l’IAF — avec 40 Tejas Mk-1A livrés d’ici 2026 et 114 Mk-2 en commande — le rôle limité de la PAF risque de la rendre obsolète si elle ne s’adapte pas à la guerre multi-domaines. Les résultats de l’opération Sindoor suggèrent qu’un simple rôle de David solitaire ne suffira plus face à un Goliath disposant d’une puissance intégrée.