Quelques jours après avoir célébré le succès du dernier essai du missile de croisière à propulsion nucléaire 9M730 Burevestnik [code OTAN : SSC-X-9 Skyfall], le président russe Vladimir Poutine a annoncé que la marine russe venait de tester avec succès le torpille nucléaire Status-6 Poseidon [code OTAN : Kanyon].
« Pour la première fois, nous avons réussi non seulement à le lancer depuis un sous-marin grâce à un moteur de lancement, mais aussi à activer l’unité de propulsion nucléaire qui a fonctionné pendant un certain temps », a déclaré Poutine lors d’une rencontre avec des soldats russes blessés en Ukraine et hospitalisés à Moscou.
L’essai du torpille Poseidon aurait eu lieu le 27 octobre dernier.
« Il n’existe rien de comparable » et « rien ne peut l’intercepter », a affirmé le président russe. Présentée comme l’une des armes « invincibles » évoquées en mars 2018, cette torpille nucléaire serait capable de parcourir jusqu’à 10 000 km à une vitesse de 70 nœuds (environ 130 km/h), à une profondeur de 1 000 mètres. Difficile à détecter, elle serait équipée d’une ogive thermonucléaire d’une puissance de 2 mégatonnes, suffisante pour dévaster une ville portuaire et une base navale stratégique, tout en échappant aux systèmes de défense anti-missiles, tels que la « Coupole d’Or » que les États-Unis envisagent de développer.
La Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS) rappelle dans un rapport publié en 2023 : « Des questions demeurent quant aux conséquences stratégiques du programme Poseidon, mais son exploitation politique et psychologique par les autorités russes est évidente, visant à démontrer la capacité destructrice des forces nucléaires russes et leur invulnérabilité face aux systèmes de défense ennemis ».
Stratégiquement, le Poseidon est souvent qualifié d’« arme de troisième frappe », avec pour cibles potentielles des villes côtières en représailles. Certaines hypothèses évoquent même une explosion sous-marine destinée à provoquer des tsunamis radioactifs, alimentant les craintes médiatiques autour de ce système.
Ce programme secret avait déjà été révélé en novembre 2015 lors d’une fuite organisée. La chaîne NTV avait diffusé une réunion entre Poutine et ses généraux, dévoilant furtivement des plans d’un système torpille baptisé « Système Océanique Multipurpose Status-6 », à l’aspect d’un torpille classique.
Cependant, l’authenticité de cet essai Poseidon reste à confirmer. Des doutes avaient surgi après l’essai du missile Burevestnik, notamment car l’Autorité norvégienne de sûreté nucléaire (DSA), chargée d’enquêter puisque le test devait se dérouler dans la région de Pankovo (archipel de la Nouvelle-Zemble), n’avait détecté aucune radioactivité. Cette absence de contamination a été confirmée par le Service national de renseignement norvégien (NIS).
En dépit de ces incertitudes, l’agence de presse officielle russe TASS annonçait en 2023 le lancement de la production des torpilles Poseidon, ainsi que leur intégration sur le sous-marin nucléaire lanceur de missiles de croisière K-329 Belgorod [classe Oscar II], modifié pour les besoins de la Direction principale de recherche en haute mer (GUGI) du ministère russe de la Défense.
Ce sous-marin de « mission spéciale », selon la terminologie russe, peut aussi déployer des submersibles nucléaires tels que les Losharik (environ 2 000 tonnes pour 78 mètres de long) ou les Kashalot, et serait probablement celui impliqué lors de l’essai évoqué par Poutine.
À terme, les torpilles Poseidon devraient équiper les quatre sous-marins nucléaires d’attaque (SNA) de la classe Khabarovsk, dont l’entrée en service des deux premières unités, le Khabarovsk et l’Ulyanovsk, est prévue respectivement pour 2026 et 2027.
Laurent Lagneau