La Russie a discrètement déployé quatre avions MiG-31 et une dizaine de Su-27 et Su-30 sur la base aérienne de Belbek, en Crimée, intensifiant ainsi ses patrouilles. Ce mouvement suscite de vives inquiétudes en Ukraine, d’autant que les modèles MiG-31 présents représentent chacune une menace bien spécifique.
Des images satellites datées du 15 octobre 2023 montrent clairement au moins quatre MiG-31 stationnés en plein air sur le site de Belbek, protégés par des barrières temporaires vraisemblablement destinées à limiter les dégâts en cas d’incident à l’arrivée ou au décollage. Par ailleurs, une dizaine de chasseurs Su-27 et Su-30 sont également visibles, certains à l’abri, d’autres camouflés ou stationnés sur des plateformes couvertes.
Ce déploiement révèle l’intention de Moscou d’intensifier les patrouilles aériennes au-dessus de la mer Noire avec des appareils potentiellement armés de missiles aérobalistiques hypersoniques Kh-47M2 Kinzhal. Néanmoins, les images satellites ne permettent pas d’identifier précisément la version de MiG-31 engagée. Il pourrait s’agir :
- du MiG-31K, porteur du missile hypersonique Kinzhal, capable d’effectuer des vols de déploiement rapide et dissuasif depuis la base de Belbek ;
- ou du MiG-31BM, un intercepteur équipé de missiles air-air longue portée R-37M, dont la portée atteint environ 200 kilomètres, destiné à contrecarrer les frappes ukrainiennes par missiles de croisière subsoniques.
La mission de ces appareils serait donc double : assurer la dissuasion face aux frappes ukrainiennes sur la péninsule et renforcer la présence stratégique russe dans une zone clé.
Un regard tourné vers la Méditerranée orientale et le Proche-Orient
Le 18 octobre, le président russe Vladimir Poutine a confirmé que les MiG-31K/I équipés des missiles Kinzhal ont reçu l’ordre d’intensifier leurs patrouilles régulières dans l’espace aérien neutre au-dessus de la mer Noire. Il a précisé que ces armes hypersoniques, capables d’atteindre Mach 9 et d’avoir une portée dépassant les 1 000 km, sont déployées en réaction à l’instabilité croissante au Moyen-Orient.
Poutine a dénoncé l’intervention accrue des États-Unis dans ces régions, blâmant Washington pour les crises en Ukraine et au Proche-Orient, notamment en raison des mouvements des groupes aéronavals américains en Méditerranée orientale. Selon lui, le déploiement des MiG-31 vise à assurer une capacité de riposte directe, plaçant cette zone à portée des missiles hypersoniques russes.
Les missiles Storm Shadow et SCALP-EG en première ligne
Le renforcement aérien russe en Crimée fait écho à une escalade continue des frappes ukrainiennes, notamment par des missiles de croisière fournis par l’Occident, tels que le Storm Shadow et le SCALP-EG. Malgré des défenses aériennes russes opérationnelles, ces missiles subsoniques ont réussi à pénétrer plusieurs positions stratégiques russes, causant des dégâts substantiels.
Le Storm Shadow a vraisemblablement effectué sa première frappe notable en mai 2023, lors d’une attaque visant des infrastructures logistiques russes à Louhansk. Depuis, de nombreuses attaques réussies ont été rapportées, notamment :
- en juin, des frappes sur Berdyansk, Genichesk, Chongar et près de l’aéroport de Berdyansk ;
- en juillet, août et septembre, des attaques ponctuelles contre Chongar, Genichesk ainsi que la flotte russe en mer Noire stationnée à Sébastopol.
Ces opérations, menées en moyenne toutes les deux à trois semaines, ont maintenu une pression constante sur les forces russes, contraignant leur aviation de chasse à un déploiement accru sur la péninsule.
Des zones d’ombre sur l’utilisation ukrainienne des missiles occidentaux
Malgré leur efficacité, plusieurs aspects techniques et opérationnels concernant l’usage des Storm Shadow et SCALP-EG ukrainiens demeurent méconnus. Certaines adaptations auraient été réalisées, notamment sur les Su-24M ukrainiens, qui auraient modifié leurs systèmes d’armement grâce à des technologies similaires aux pylônes utilisés par les avions d’attaque Tornado, facilitant ainsi le guidage de ces missiles.
Cependant, les détails sur l’électronique embarquée ainsi que la manière précise d’assurer la désignation des cibles restent confidentiels. Par ailleurs, le nombre exact d’appareils capables de lancer simultanément ces missiles, ainsi que le volume de missiles déployés lors de frappes coordonnées, ne font pas l’objet de données ouvertes.
Le rayon effectif de lancement depuis les lignes de front reste également sujet à débat. Certains experts estiment qu’il pourrait se situer entre 100 et 200 kilomètres, offrant ainsi une capacité de frappe assez flexible.