La Russie a déployé discrètement l’un de ses groupes aériens combinés les plus aboutis en dehors de l’Ukraine, non pas au Moyen-Orient ou en Asie centrale, mais en Afrique de l’Ouest. Le Contingent africain y mène une campagne aérienne soutenue au Mali avec une flotte comprenant hélicoptères d’attaque, drones kamikazes, avions de transport lourd et bombardiers de première ligne opérant depuis l’aéroport international de Bamako.
La dimension de la présence aérienne russe au Mali est devenue plus visible grâce aux images et rapports diffusés par les chaînes militaires russes. Ils montrent des hélicoptères du Contingent africain assurant des missions de ravitaillement vers des bases avancées, comme Hombori dans la région de Gao, ainsi que l’évacuation de personnels blessés en zones de combat. Ensemble, ces éléments dévoilent non pas une simple mission de conseil avec un soutien aérien léger, mais un groupe aérien combiné engagé dans des opérations de combat aux côtés des Forces armées maliennes (FAMA).
La colonne vertébrale de cette flotte à voilure tournante est composée d’environ dix hélicoptères polyvalents Mi-8AMTSh et de quatre hélicoptères d’attaque Mi-24P. Le Mi-8AMTSh, variante transport d’assaut et combat de l’hélicoptère militaire russe le plus utilisé, constitue la pièce maîtresse de l’opération. Il assure le transport de personnel, de munitions et de ravitaillement entre Bamako et les positions avancées inaccessibles ou peu fiables par voie terrestre dans les zones contestées.
Le Mi-24P, version spécialisée en attaque de la famille Hind, fournit un appui-feu déterminant aux opérations terrestres. Cet hélicoptère lourdement armé est capable de neutraliser des cibles grâce à ses roquettes, son artillerie embarquée et ses missiles antichars. Ces deux types d’appareils opèrent de manière dynamique, alternant entre Bamako et des postes avancés en fonction des besoins, au lieu de se cantonner à une base fixe unique. Ce mode opératoire reflète à la fois le rythme soutenu et la diversité des missions confiées au groupe.
Un appui stratégique depuis l’aéroport de Bamako
L’aéroport international de Bamako est le principal centre d’opérations pour les appareils plus lourds. Des bombardiers de première ligne Su-24 – dont le nombre exact demeure non confirmé – y sont basés, offrant au Contingent africain une capacité d’attaque de précision sur avions à voilure fixe incomparable au Sahel tant en portée qu’en charge utile.
Le Su-24 est un avion d’attaque biplace à géométrie variable, conçu pour la pénétration à basse altitude et les frappes précises. Sa présence au Mali indique que le Contingent africain ne se limite pas à un appui aérien rapproché uniquement avec des hélicoptères.
Par ailleurs, le Mi-26, hélicoptère à plus forte capacité de charge utile au monde en production en série, est également basé à Bamako. Il prend en charge les besoins logistiques lourds que le Mi-8 ne peut gérer seul, notamment le transport de gros équipements et stocks volumineux depuis la capitale vers les secteurs avancés.
Renforts technologiques : drones de reconnaissance et drones kamikazes
Le volet non habité complète cet ensemble de capacités impressionnantes, d’autant plus pour une opération menée officiellement sous le cadre d’une alliance de sécurité. Les drones de reconnaissance et d’attaque Inokhodets, équivalent russe d’un UAV armé de moyenne altitude et longue endurance, sont confirmés au Mali. Ils ont pris part à des frappes ciblées contre les forces rebelles et jihadistes.
Les drones de surveillance Orlan fournissent une veille constante, contribuant à la collecte de renseignement et au ciblage, ce qui oriente à la fois les frappes des Inokhodets et les missions des appareils pilotés. Ce parc de drones apporte au Contingent africain un suivi aérien permanent et une capacité d’attaque précise que les forces maliennes ne pourraient produire seules.
Une chaîne logistique combinée et sécurisée
Cette complexité opérationnelle repose sur une chaîne logistique articulée autour des avions de transport militaire Ilyushin Il-76 des Forces aérospatiales russes, renforcés par plusieurs compagnies d’aviation civiles. Ce dispositif mixte permet d’assurer la continuité des approvisionnements tout en masquant l’ampleur totale de l’engagement russe.
Le personnel, les munitions et le matériel acheminés par ces vols sont ensuite distribués via les hélicoptères aux positions avancées. Le Mi-8 assure un rôle vital de « dernier kilomètre » logistique entre la base de Bamako et les avant-postes opérationnels.
Un environnement opérationnel dangereux
Le contexte sahélien est particulièrement complexe pour ce type de campagne aérienne. Les groupes armés actifs dans le nord et le centre du Mali ont montré leur capacité à viser les appareils. Le terrain favorise les embuscades terrestres contre les zones d’atterrissage et les hélicoptères volant à basse altitude.
Les risques sont tangibles, comme le confirme la perte confirmée d’un Mi-8AMTSh du Contingent africain, abattu près de Wabaria dans la région de Gao le 25 avril dernier. Cette information a été reconnue par des sources russes, y compris la chaîne Fighterbomber, démontrant le coût humain et matériel d’une telle campagne menée au rythme soutenu observé.
Ce que la Russie a construit au Mali dépasse donc une simple présence militaire symbolique. Il s’agit bien d’une force aérienne combinée et opérationnelle – dotée de drones d’attaque, d’hélicoptères d’assaut, d’appareils de transport, de bombardiers tactiques et de capacités de renseignement – conduisant des opérations de combat réelles au soutien d’un gouvernement ayant fait de l’alliance avec Moscou le socle central de sa stratégie de sécurité.
