Russian Helicopters, la maison-mère de Mil, a annoncé un projet ambitieux : d’ici 2030, elle entend lancer un nouvel hélicoptère bimoteur destiné à remplacer les légendaires Mi-8 Hip et Mi-17 Hip-H. Ce futur appareil devra répondre à des missions civiles, militaires et para-publiques, dans un contexte industriel russe marqué par de lourdes sanctions.

Le Mil Mi-8 Hip et son successeur direct le Mi-17 Hip-H occupent une place emblématique dans l’aéronautique russe, comparable à celle des Bell UH-1 Iroquois pour les États-Unis. Ces hélicoptères, qui comptent parmi les références historiques dans le domaine des machines d’assaut, figurent sans doute parmi les vingt-cinq aéronefs les plus marquants de l’histoire de l’aviation, aux côtés du Concorde, du DC-3 ou du Spitfire. Cela témoigne du défi majeur que représente leur remplacement pour les ingénieurs russes.

Ce programme repose sur des attentes très élevées et s’inscrit dans un contexte difficile. Malgré les sanctions économiques et industrielles imposées par les Alliés depuis le début de l’invasion de l’Ukraine en 2022, l’industrie aéronautique russe mise sur ses capacités nationales pour concevoir ce nouvel hélicoptère. Une situation qui rappelle celle des années 1950-1960, lorsque les concepteurs soviétiques développaient leurs machines dans une économie planifiée, contrairement à la Russie actuelle, confrontée à une économie fragile depuis plusieurs années.

Le désir de renouveler la flotte des Mi-8 et Mi-17 n’est pas récent. Entre 2008 et 2015, deux projets futuristes, le Kamov Ka-92 et le Mil Mi-X1, avaient été lancés. À cette époque, les normes russes étaient alignées sur celles des États-Unis et de l’Europe. Mais ces projets ont été stoppés, bien avant la pandémie de Covid-19, et donc avant la guerre en Ukraine. Aujourd’hui, ce nouveau programme baptisé Mi-80 serait relancé à l’été 2025.

Le futur hélicoptère combinerait une structure mixte en composites polymères et métal, équipé de turbines Klimov TV7-117 issues de l’avion Ilyushin Il-114, adaptées pour un fonctionnement turbine, un rotor principal cinq pales de nouvelle génération et un rotor anticouple en forme de X, signature de Mil, à l’instar du Fenestron chez Airbus Helicopters.

La décision de prévoir cinq ans avant la présentation du prototype est audacieuse pour Russian Helicopters, alors que les concurrents américains, européens voire chinois poursuivent leurs propres développements d’hélicoptères. Toutefois, en cas de succès, ce programme serait un tournant majeur, à l’opposé des déceptions constatées avec le Mi-38T militaire qui peine encore à atteindre ses objectifs opérationnels.