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La Russie a livré six hélicoptères d’attaque Mi-28NE « Night Hunter » à l’Iran dans le cadre d’un contrat d’armement de 500 millions d’euros. Cette acquisition s’inscrit dans les efforts de Téhéran pour restaurer ses capacités de frappe à basse altitude avec des plateformes à voilure tournante, notamment après le récent conflit avec Israël, modifiant ainsi la posture stratégique américaine dans la région.

Moins d’un an après que les défenses aériennes iraniennes ont été sévèrement affaiblies lors d’un affrontement de 12 jours avec Israël, durant lequel les forces américaines sont intervenues brièvement, cette livraison témoigne d’une volonté renouvelée de reconstruire des capacités de combat à basse altitude sous la supervision russe.

Le Mi-28NE est la version export du célèbre hélicoptère d’attaque russe « Chasseur de Nuit ». Conçu dès l’origine comme un hélicoptère de combat biplace avec cabine en tandem, il est optimisé pour des opérations diurnes et nocturnes à basse altitude, sans capacité de transport de troupes. Propulsé par deux moteurs turboshaft de 2200 chevaux, cet appareil affiche un poids au décollage compris entre 11,7 et 12,1 tonnes, une vitesse maximale de 280 à 320 km/h, et une autonomie d’environ 1000 km. Son rayon d’action opérationnel plus réduit correspond néanmoins aux besoins tactiques pour des missions sur l’ouest de l’Iran, les rives du Golfe Persique et les zones frontalières.

Sa robustesse repose sur une cabine fortement blindée, des réservoirs carburant protégés, un train d’atterrissage résistant aux chocs, la redondance des principaux systèmes hydrauliques et de commande de vol, ainsi qu’un système complet de contre-mesures intégrant leurres, fumigènes et dispositifs infrarouges. L’architecture avionique du Night Hunter combine radar monté sur rotor ou mât, tourelles électro-optiques, télémètres laser et viseurs contrôlés par casque, permettant à l’équipage de détecter, classer et engager des cibles blindées, des fortifications et des aéronefs volant à basse altitude dans des conditions météorologiques difficiles et de nuit. Ceci représente une avancée significative par rapport à la flotte vieillissante des hélicoptères AH-1 J/T Cobra en service en Iran.

Le Mi-28NE est armé principalement d’un canon automatique de 30 mm modèle 2A42, fixé à l’avant avec environ 250 munitions prêtes à tirer, contrôlé soit par le viseur de l’artilleur soit via le casque. Il dispose de quatre points d’emports sous les ailes pouvant supporter jusqu’à 2300 kg de charges. L’armement standard comprend jusqu’à 16 missiles guidés anti-char Ataka ou Vikhr à guidage laser, capables de pénétrer 1000 mm de blindage composite avec protection réactive explosive (ERA), des modules mixtes de roquettes non guidées de 80 mm et 122 mm pour suppression de zone, et des missiles air-air à courte portée Igla-V pour l’autodéfense contre hélicoptères, drones et avions volant à basse altitude.

La station des Mi-28NE à proximité de sites nucléaires sensibles, de nœuds stratégiques de la défense aérienne ou le long des côtes du Golfe permettrait à l’Iran d’engager rapidement des tirs de riposte avec des hélicoptères d’attaque, face à des incursions terrestres, des forces spéciales adverses ou des opérations amphibies de puissances régionales.

Pour les forces terrestres américaines et leurs alliés, cette capacité accrues représente une menace tangible de frappes à basse altitude par des missiles antichars, parfois à plusieurs kilomètres des positions iraniennes. Cette menace devient d’autant plus sérieuse si les Mi-28 sont intégrés dans le dispositif croissant de reconnaissance non habitée de l’Iran, déjà doté d’un vaste parc de drones de surveillance et de renseignement.

L’apparition du Mi-28NE aux couleurs iraniennes, même en petit nombre, illustre le rapprochement stratégique croissant entre Moscou et Téhéran, dans un contexte où la Russie dépend toujours des drones et missiles iraniens pour sa guerre en Ukraine. En tant que fournisseur de missiles balistiques Fath-360 et de drones de type Shahed à la Russie, l’Iran se trouve idéalement positionné pour bénéficier de cette dynamique exportatrice.

Ces hélicoptères sont également les premiers appareils de combat russes post-soviétiques livrés à l’Iran, marquant une étape symbolique importante qui étend la coopération bilatérale bien au-delà des systèmes de défense aérienne et des drones vers l’aviation de combat moderne. Pour les stratèges américains du CENTCOM, cette tendance indique un renforcement progressif du dispositif iranien intégré de défense aérienne et d’attaque à basse et moyenne altitude, alliant systèmes portatifs MANPADS Verba déployés en grande dispersion, Mi-28 équipés de missiles antichars de précision et munition anti-drones potentielle, ainsi qu’une flotte en forte expansion de drones et missiles de croisière. Tous ces éléments tirent parti de l’expérience opérationnelle et des logiciels russes de conduite de tir.

La livraison du Mi-28NE ne bouleverse pas à elle seule l’équilibre régional, mais modifie significativement la géométrie du risque à basse altitude autour des infrastructures critiques et des axes d’approche possibles. Cet hélicoptère moderne, doté de missiles guidés antichars longue portée et potentiellement équipé de munitions antidrone explosant en vol, reflète les enseignements tirés d’opérations récentes à haute intensité, enseignements qui pourraient désormais orienter la doctrine iranienne d’emploi dans le Golfe et ses environs.