Les observateurs attentifs de l’agression politique et militaire russe au cours de ces dernières années sont désormais habitués aux menaces nucléaires répétées venant du Kremlin. Pourtant, la dernière déclaration de Sergueï Karaganov, conseiller proche de Vladimir Poutine, marque un nouveau palier dans l’outrance.
Karaganov, surnommé « Professeur Jugement Dernier », a ouvertement déclaré que la Russie devrait déployer et faire exploser une arme nucléaire afin d’intimider le Royaume-Uni et ses alliés occidentaux, les contraignant ainsi à céder aux exigences politiques internationales de Poutine.
Il semble sous-entendre qu’une explosion nucléaire pourrait être déclenchée dans un lieu officiellement neutre, par exemple dans l’Arctique, en guise de démonstration de force pour illustrer la portée et la puissance du Kremlin. Il est bien conscient que toute autre localité entraînerait des conséquences bien plus graves.
Cependant, il convient de ne pas prendre ces menaces au pied de la lettre. Ce discours est avant tout un bluff, une stratégie de guerre des nerfs et une absurdité totale. La probabilité que cette menace soit mise à exécution est nulle.
Pourquoi cet avertissement est-il dénué de toute crédibilité ? Principalement parce que la Russie, en agissant ainsi, déclencherait une réaction en chaîne incontrôlable. Outre la condamnation internationale unanime pour violation des traités sur les armes nucléaires et du bon sens, cela risquerait d’escalader le conflit jusqu’à une guerre totale avec l’OTAN.
Or, Poutine et son régime veulent éviter cette issue, car il est évident que dans un tel scénario, la Russie perdrait sans appel.
Ces menaces traduisent en réalité une profonde faiblesse et traduisent une prise de conscience que la guerre en Ukraine, conjuguée aux sanctions occidentales, a placé le Kremlin dans une position intenable, où une victoire devient impossible.
Le nombre de fois où Poutine a promis des représailles face aux actions occidentales – qu’il s’agisse de l’appui et de la formation des forces ukrainiennes, ou plus récemment de la perspective d’un éventuel transfert par les États-Unis de missiles de croisière Tomahawk à longue portée à Kiev – est immense. Cette dernière menace s’inscrit dans cette logique impulsive, une réaction réflexe à la possibilité pour Washington de frapper en profondeur le territoire russe.
Pourtant, des porte-parole comme Karaganov reprennent toujours le même discours, notamment parce que certains dirigeants occidentaux, timorés, préfèrent se laisser intimider plutôt que d’affronter le Kremlin en appelant son bluff, alors que c’est précisément ce dont il s’agit.
Nous pouvons nous tourner vers l’histoire pour observer comment la Russie a déjà été contrainte de reculer. Ceux d’entre nous qui ont un peu d’âge se souviennent certainement de la crise des missiles de Cuba en 1962, un face-à-face tendu entre les États-Unis et l’Union soviétique, souvent considéré comme le moment où le monde a frôlé la guerre nucléaire.
Le déploiement d’armes nucléaires américaines au Royaume-Uni, en Italie et en Turquie avait poussé l’URSS à installer l’équivalent à Cuba, aux portes des États-Unis. Le président John F. Kennedy ordonna un blocus naval et intercepta des navires transportant des missiles vers La Havane. Après des moments de forte tension, Moscou céda et accepta de retirer ses installations en échange de concessions américaines.
Plus récemment, dans les années 1980, la confrontation entre le président Ronald Reagan et Moscou combinait une politique de « force et dialogue » mêlant un important renforcement militaire et un discours dur contre l’Union soviétique, tout en laissant la porte ouverte à la négociation.
Au départ, Reagan avait qualifié l’URSS d’« empire du mal » et engagé une course aux armements ayant lourdement pesé sur l’économie soviétique, contraignant ainsi le Kremlin à négocier. Son attitude évolua avec l’arrivée au pouvoir du réformiste Mikhaïl Gorbatchev, menant à une série de sommets et à des accords de limitation des armements.
Dans ces deux épisodes, ni les États-Unis ni leurs alliés de l’OTAN n’ont flanché, et Moscou a fini par faire marche arrière. Cette fermeté politique et militaire a démontré qu’elle était le langage que le Kremlin comprend.
À l’inverse, l’approche transactionnelle prônée récemment par l’administration Trump, où l’objectif principal semble être de conclure un accord à tout prix et où la politique à l’égard de Poutine varie au gré des jours, est perçue par les Russes comme un signe de faiblesse. Tant que ce schéma persistera, ils n’auront aucune raison de modifier leur attitude.
Il serait donc opportun de revenir à une réponse plus ferme, dans l’esprit des Kennedy et Reagan d’antan. Le Royaume-Uni doit comprendre qu’il n’existe aucune possibilité qu’une arme nucléaire russe explose sur Londres, Birmingham ou Glasgow, car cela signifierait la disparition rapide de Poutine, de Moscou et de la Russie.
Des dirigeants politiques capables de résister fermement sur la scène internationale et de dénoncer clairement l’exagération des propos de personnages comme Karaganov contribueraient à restaurer un climat de sécurité plus stable.