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La Russie mise sur le Salon aéronautique de Dubaï 2025 pour réaffirmer sa présence sur le marché mondial des exportations militaires, en présentant une vitrine majeure de son industrie de défense. Au cœur de cette exposition, le chasseur de cinquième génération Su-57E et un large éventail de systèmes de défense aérienne, missiles et drones démontrent l’importance stratégique donnée à l’expérience combattante russe dans la dynamique exportatrice.

Rosoboronexport est l’unique acteur russe présent au Salon, occupant un pavillon national de 1000 m² et un parc statique avec plus de 850 produits issus de grandes entités telles que la Corporation aéronautique unie, la Corporation des moteurs unis, Almaz-Antey ou encore la Corporation des missiles tactiques. Pour Moscou, cet événement va au-delà d’une simple foire commerciale : il s’agit d’une véritable épreuve de force devant les acheteurs du Golfe et les concurrents occidentaux.

Le Su-57E, version export du chasseur furtif russe surnommé « Felon », est la pièce maîtresse de cette présence. Présenté pour la première fois au Moyen-Orient avec une démonstration de vol complète, ce chasseur de cinquième génération est doté d’une silhouette à faible observabilité radar, de baies internes pour ses armes et d’un fuselage intégré. Il peut emporter à l’intérieur jusqu’à six missiles air-air, complétés par des armements sur des points d’attache externes sous la voilure.

Ses équipements cités dans les sources ouvertes incluent un ensemble de capteurs multibande, un radar à balayage électronique actif, des commandes de vol à haute maniabilité ainsi que des moteurs à supercroisière dérivés de la famille AL-41. Au-delà de la livraison, Rosoboronexport propose le montage local du Su-57E ainsi que le transfert technologique, offrant à ses partenaires la possibilité d’assembler et de développer à terme leurs propres versions de prochaine génération.

L’arsenal qui accompagne le Su-57E contribue également à valoriser ce chasseur. La Tactical Missiles Corporation présente le missile air-air courte portée RVV-MD2 et le long rayon d’action RVV-BD, export du missile R-37M. Avec ses 200 km de portée et sa tête militaire à fragmentation de 60 kg, le RVV-BD permet au Su-57E de menacer des avions ravitailleurs et AWACS à distance, en restant hors de la portée des chasseurs d’escorte adverses.

Le Su-57E embarque aussi des missiles de précision Kh-38MLE et Kh-69 ainsi que le système modulaire Grom-E1, offrant une capacité simultanée de supériorité aérienne et d’attaque profonde, remettant en cause les idées occidentales sur les limites russes en guerre aérienne réseaucentrée à longue distance.

Pour compléter sa gamme, la Russie met en avant des plates-formes immédiatement disponibles. Le Su-35S des Chevaliers Russes, équipe acrobatique officielle, sert de vitrine dynamique pour ce chasseur de « génération 4.5 », souvent vu comme une alternative plus abordable aux technologies furtives occidentales.

Le radar Irbis-E à balayage électronique passif du Su-35S détecte une cible de 3 m² entre 350 et 400 km et peut suivre des dizaines de contacts simultanément, tandis que ses moteurs 117S (AL-41F1S) délivrent jusqu’à 14 500 kg de poussée avec vecteur de poussée, autorisant des manœuvres extrêmes après perte de portance. À proximité, la Corporation unie des moteurs fait la promotion du nouveau moteur Item 177S, promettant consommation réduite et durée de vie accrue pour les futures mises à jour et nouveaux appareils.

Du côté des avions légers, le Yak-130M réalise sa première mondiale à Dubaï en tant que nouvel entraîneur avancé et avion d’attaque léger. La version améliorée comprend un radar embarqué, une nacelle de désignation de cibles, et le système d’autoprotection President-S130, ainsi qu’un arsenal élargi incluant les missiles air-air RVV-MD et des bombes guidées KAB-250LG-E et K08BE pour le tir de précision. Cette polyvalence permet aux forces aériennes au budget limité de former des pilotes de chasse tout en disposant d’un appui aérien fiable avec une cabine et un système de mission communs.

Les hélicoptères et missiles d’attaque s’appuient directement sur le retour d’expérience ukrainien. Le Ka-52, appareil de reconnaissance et d’attaque, bien connu des deux belligérants, est présenté avec son rotor coaxial, offrant des capacités de virages serrés, déplacements latéraux et piqués inégalées par les rotors traditionnels à queue.

Son armement principal est le missile guidé léger polyvalent 305E (LMUR), d’une portée de 14,5 km et guidé par liaison de données. Utilisé opérationnellement en Ukraine, il permet aux équipages du Ka-52 de frapper blindés et défenses antiaériennes à distance sécurisée, hors portée de la plupart des MANPADS. Associé aux missiles Kh-38MLE et autres roquettes guidées, le Ka-52 offre une réponse éprouvée face aux flottes occidentales d’Apache et Tiger.

Les systèmes sans pilote et munitions autonomes révèlent le niveau d’évolution du dispositif russe. Les drones Orlan-10E et Orlan-30 sont présentés comme plates-formes de reconnaissance et d’artillerie, témoignant de leur rôle crucial en Ukraine pour localiser armes ennemies et transmettre les coordonnées aux tirs d’artillerie et aux frappes de missiles Lancet.

Dans le même espace, Rosoboronexport expose les munitions autonomes d’exportation Lancet-E et KUB-2-2E, explicitement dérivées de systèmes ayant mené des milliers d’attaques contre l’artillerie, radars et défenses aériennes ukrainiennes. Pour les clients du Golfe et d’Afrique, sensibles aux menaces d’essaims aériens et aux guerres asymétriques, ces munitions «testées au combat» avec charges modulaires sont un argument commercial déterminant.

Enfin, la Russie introduit à Dubaï des systèmes de défense aérienne à grande échelle. Le Pantsir-SMD-E, évolution du Pantsir-S1 largement exporté, dont plusieurs exemplaires ont été fournis aux Émirats arabes unis (2009-2013), combine jusqu’à 48 missiles TKB-1055 à très courte portée avec 12 intercepteurs 57E6 à plus longue portée dans un seul module de combat. Ce système est optimisé pour contrer l’usage massif de drones et de munitions guidées de précision.

Cette architecture stratifiée, accompagnée de radars et capteurs électro-optiques modernisés, répond aux menaces saturantes de drones observées dans le Golfe et sur la mer Rouge. Elle s’appuie aussi sur les MANPADS Verba et le système de contrôle aérien SKVP pour la détection des UAV, constituant un écosystème défensif présenté comme une alternative plus économique aux systèmes SHORAD occidentaux.

Ce salon aéronautique ne se limite donc pas à une vitrine technologique : il constitue un exercice préparatoire pour les crises futures. Rosoboronexport met en avant la « coopération technologique » et la production locale comme leviers clés, modèles fortement demandés par les partenaires car ces projets industriels favorisent une transition durable vers l’exportation au-delà des pics de production liés au conflit ukrainien.

La mise en valeur de systèmes « testés en combat » fait partie intégrante de la stratégie d’exportation russe : chaque vidéo d’attaque du Lancet ou chaque engagement du Ka-52 LMUR devient un élément de marketing post-conflit.

De son côté, l’Ukraine suit une stratégie similaire avec les drones. Kiev a annoncé des assouplissements de son embargo sur l’exportation d’armes de 2022, visant à devenir un centre européen de production de drones. Cette orientation permettra de créer des usines conjointes et des exportations contrôlées, une fois les besoins du front satisfaits.

Le président Volodymyr Zelensky a demandé à ses alliés occidentaux de consacrer 0,25 % de leur PIB à la production de matériel ukrainien et souhaite exporter des technologies militaires, notamment de drones et missiles, dans le cadre du programme « Construire avec l’Ukraine ». En septembre, l’Ukraine a inauguré sa première ligne de production commune de drones au Danemark, avec des projets d’implantation en Europe, tandis que près de 60 % des armes utilisées actuellement par ses forces sont d’origine nationale.

Tout comme Moscou à Dubaï, Kiev cherche à transformer l’expérience brute du combat en temps réel en un atout industriel et exportateur sur le long terme.