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La Russie a amélioré les capacités de ses missiles balistiques Iskander M et Kinzhal afin de contourner les défenses antimissiles ukrainiennes basées sur le système Patriot. Ces adaptations réduisent significativement la capacité d’interception des batteries ukrainiennes dans la région de la capitale, témoignant d’un cycle rapide d’évolution tactique.

Selon une enquête récente, les autorités ukrainiennes et occidentales ont observé une chute spectaculaire du taux d’interception des missile balistiques : il est passé d’environ 37 % en août à seulement 6 % en septembre. Cette baisse s’explique par des modifications apportées au profil de vol terminal des missiles, qui empruntent une trajectoire conventionnelle en milieu de parcours avant d’exécuter des descentes en piqué brutales et des manœuvres latérales, rendant difficile la prédiction et le verrouillage radar.

Ces évolutions arrivent après une série d’attaques durant l’été visant les infrastructures de fabrication de drones autour de Kiev. Elles illustrent l’adaptation rapide du logiciel de guidage russe, désormais optimisé pour déjouer efficacement la stratégie finale des systèmes PAC-3 du Patriot ukrainien.

Le système Patriot reste le seul moyen fiable pour l’Ukraine de défendre son territoire contre les missiles balistiques. Son radar AN/MPQ-65 génère des trajectoires précises et transmet les commandes aux intercepteurs PAC-3, dont la létalité dépend d’une poursuite terminale extrêmement précise et d’une réactivité dans les fractions de seconde. Grâce à la mise à jour PAC-3 Missile Segment Enhancement (MSE), ces intercepteurs disposent désormais d’un moteur à double poussée solide qui étend leur zone d’engagement, tout en conservant un chercheur radar actif dans le nez du missile, augmentant ainsi l’efficacité des équipages lors des interceptions.

Cependant, ces avantages sont conditionnés à la stabilité du guidage radar dans les dernières secondes du vol. Lorsqu’une cible modifie brusquement son angle de descente, effectue des manœuvres latérales ou adopte une trajectoire en piqué quasi verticale, les capacités d’interception deviennent plus limitées.

En ce qui concerne la menace, le missile Iskander 9M723 est connu pour son comportement quasi balistique combiné à une agilité marquée en phase finale. Il vole à une altitude plus basse qu’un missile balistique classique, peut varier son apogée et réalise des manœuvres d’élévation et de roulis qui perturbent la stabilité des filtres des radars adverses.

Le Kinzhal, missile tiré depuis des avions MiG-31K ou Tu-22M3 et dérivé de la technologie Iskander, atteint des vitesses terminales encore plus élevées, potentiellement hypersoniques en piqué, avec des manœuvres similaires pour déjouer le guidage ennemi. Les modifications récentes semblent concerner principalement le logiciel de guidage et de contrôle, avec un perfectionnement de la synchronisation des manœuvres terminales et des angles de piqué pour maximiser le contournement des radars Patriot au moment crucial de l’interception.

Pour les opérateurs ukrainiens, cette évolution complexifie considérablement la tâche. Ils doivent simultanément suivre des trajectoires balistiques imprévisibles, contrer des missiles de croisière volant à basse altitude et faire face à des drones offensifs lors d’attaques coordonnées. Lorsque les missiles balistiques s’embrouillent ou changent de trajectoire dans les dernières secondes, les délais de décision se réduisent, le nombre d’intercepteurs requis par engagement augmente, et le risque d’échec à cause de pertes de verrouillage radar s’accroît.

Face à cette menace, les commandants ukrainiens repositionnent leurs rares lanceurs pour défendre autant que possible les infrastructures électriques et les sites de l’industrie de défense avant l’hiver. Ils augmentent également le stock d’intercepteurs prêts à être tirés et adaptent les doctrines de combat en privilégiant la détection précoce, la fusion accrue des capteurs et des frappes stratifiées pour protéger les batteries Patriot en première ligne.

Les experts occidentaux et ingénieurs du secteur suggèrent une accélération des cycles d’adaptation défensive. Cela passe par des mises à jour logicielles des radars et des lois de guidage des intercepteurs, une révision des tables d’angles de visée, ainsi que des tactiques qui dispersent les lanceurs et multiplient les capteurs. En intégrant des systèmes de défense à moyenne portée supplémentaires capables d’atteindre plus tôt les menaces manoeuvrables, on préserve les intercepteurs PAC-3 pour les combats les plus critiques. La coordination multipoints réduit également le risque qu’un changement brutal de trajectoire fasse perdre la cible à une batterie isolée.

Moscou a annoncé une intensification de ses campagnes hivernales contre le réseau électrique ukrainien, pariant sur la capacité accrue d’évasion de ses missiles pour épuiser rapidement les intercepteurs et causer des défaillances dans les infrastructures de transformation et de distribution. De leur côté, les autorités ukrainiennes réclament à leurs partenaires de nouvelles batteries Patriot, des recharges d’intercepteurs et des pièces de radar, alors que les capacités de production européennes et américaines sont sollicitées simultanément pour répondre aux demandes en provenance du Moyen-Orient et de la zone indo-pacifique.

Le rapport de force repose aujourd’hui autant sur les logiciels, la logistique et la compétence des opérateurs que sur la performance brute des missiles. Chaque assaut russe préservant la viabilité des stocks d’Iskander et de Kinzhal accroît la pression coercitive, tandis que chaque livraison Patriot et chaque ajustement tactique maintiennent, à la marge, la dissuasion protégeant l’infrastructure critique ukrainienne.