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Les autorités russes envisagent de créer une base navale compacte et étatique dans les régions intérieures du pays. En réponse directe à l’expansion de l’OTAN, le quotidien russe Izvestia rapporte que le lac Ladoga pourrait devenir un point de lancement pour de petites navires de guerre lance-missiles.

Selon des sources au sein du ministère de la Défense citées par Izvestia, d’importants travaux de recherche ont été menés pour évaluer la faisabilité de l’accueil et des opérations militaires de navires dans ces eaux. Après plusieurs mois d’études approfondies, il a été conclu qu’un groupe de petits navires lance-missiles pourrait opérer efficacement sur le lac Ladoga.

Des spécialistes du secteur soulignent que cette initiative constituerait une mesure de riposte pertinente face à l’élargissement de l’OTAN vers le nord-ouest. Depuis cette position, les navires pourraient surveiller les activités en Finlande, en Suède et en Estonie, renforçant ainsi la posture stratégique russe dans la région.

Finlande et Suède à l’origine de cette réorganisation

L’historien militaire Dmitry Boltenkov considère l’adhésion de la Finlande et de la Suède à l’OTAN comme une raison valable pour une réponse technico-militaire. Il déclare à Izvestia : « Le lac Ladoga est assez vaste, ayant accueilli la flottille de Ladoga durant la Grande Guerre patriotique et servant de base à plusieurs forces après-guerre. Il semble logique d’y déployer les Bujan et Karakurt pour contrer l’OTAN, d’autant plus que les services de renseignement de l’alliance sont moins familiers avec cette région que les bases de la Baltique. »

Le projet Karakurt, conçu comme la série de navires d’assaut la plus importante de la marine russe, compte actuellement dans ses rangs les navires Mytishti, Sovetsk et Odintsovo. Au total, dix-huit unités sont prévues à la construction.

Les petits navires lance-missiles du projet Buyan-M sont des unités compactes d’environ 850 tonnes, initialement conçues pour protéger la zone économique maritime russe. Cependant, leur rôle a été redéfini ; dix exemplaires sont déjà en service, répartis entre la flotte de la Baltique, celle de la Caspienne et la mer Noire.

Présentation du lac Ladoga

Situé en République de Carélie et dans l’oblast de Léningrad, près de Saint-Pétersbourg, le lac Ladoga est le plus grand lac entièrement européen. Il se classe au second rang en Russie, derrière le lac Baïkal, et au 14e rang mondial en termes de superficie d’eau douce, comparable par sa taille au lac Ontario.

Avec une superficie moyenne de 17 700 km², excluant ses îles, le lac s’étend sur 219 km du nord au sud et atteint une largeur moyenne de 83 km. Sa profondeur moyenne est de 47 mètres, certaines zones du nord-ouest allant jusqu’à 230 mètres. Le bassin versant couvre 276 000 km², incluant environ 50 000 autres lacs et 3 500 rivières de plus de 10 km. Quelque 660 îles, avec une surface totale de 435 km², parsèment le lac, notamment l’archipel de Valaam, Kilpola et Konevets dans sa partie nord-ouest.

Le lac est séparé de la mer Baltique par l’isthme de Carélie et se jette dans le golfe de Finlande via la rivière Neva. Il fait partie de la voie navigable Volga-Baltique, reliant la Baltique au fleuve Volga. Le canal Ladoga contourne la partie sud du lac, créant un passage direct entre la Neva et la Svir.

Portée des missiles russes depuis Ladoga

Si la Russie déployait des navires lance-missiles sur le lac Ladoga, la proximité avec les frontières de l’Estonie, de la Finlande et de la Suède leur permettrait de cibler des villes telles que Tallinn, Helsinki et Stockholm.

Les missiles de croisière russes les plus susceptibles d’être utilisés sont les Kalibr et Oniks. Le Kalibr, désigné SS-N-30 par l’OTAN, dispose d’un rayon d’action d’environ 1 500 km, couvrant ainsi toutes ces capitales. L’Oniks, connu sous le nom de Yakhont, atteint environ 300 km, ce qui lui permettrait d’atteindre Tallinn et Helsinki, mais pas directement Stockholm.

Par ailleurs, les missiles Kh-101 et Kh-35 pourraient également être déployés dans cette zone. Le Kh-101 a une portée d’environ 4 500 km, lui permettant de frapper ces cibles à longue distance, tandis que le Kh-35, avec une portée moyenne de 130 km, serait limité à Tallinn et Helsinki.

Enjeux géopolitiques

Le déploiement de petits navires lance-missiles sur le lac Ladoga renforcerait considérablement la présence militaire russe dans cette région stratégique. Cette démarche pourrait également accroître les tensions avec les pays voisins, compte tenu de la portée des missiles pouvant atteindre les capitales baltes et scandinaves. Le contrôle accru exercé depuis cette base pourrait modifier le jeu géopolitique dans le nord de l’Europe et la Baltique.