Le 16 juillet, ZALA a présenté à des forces spéciales de la Garde russe, ainsi qu’à des commandants des unités SOBR et OMON, des drones de reconnaissance et de frappe modernisés, notamment les modèles Lancet 51 et 52 ainsi que le drone de reconnaissance Z-16.
Ces drones modernisés se distinguent par des canaux de communication avancés offrant une résistance nettement améliorée aux contre-mesures électroniques. Ils sont également équipés de systèmes de guidage intelligents qui renforcent leur précision lors des frappes.
Lors de la démonstration, ZALA a notamment souligné les capacités des drones en matière de soutien géospatial et de navigation autonome dans des environnements dépourvus de communication satellite, une condition qui reflète parfaitement les situations rencontrées en première ligne, où les forces ukrainiennes perturbent activement les signaux satellites et déploient diverses mesures de guerre électronique.
Depuis le début de l’invasion russe en Ukraine en février 2022, le théâtre d’opérations est devenu un terrain d’expérimentation pour les innovations dans le domaine des drones. Le drone Lancet s’est imposé comme une arme phare. Lancé initialement en 2019 et testé en Syrie, il est devenu un pilier de l’arsenal russe et a bénéficié de nombreuses améliorations majeures depuis juin 2022, période où son emploi s’est intensifié en Ukraine.
Les progrès dans la fabrication, les charges utiles, l’autonomie de vol et l’autonomie pilotée par intelligence artificielle ont transformé le Lancet en un outil redoutable, suscitant à la fois admiration et préoccupations chez les experts militaires.
Lors de son apparition dans le conflit ukrainien en juin 2022, comme l’a rapporté Rostec, la société d’État russe, le Lancet avait déjà montré son efficacité en Syrie.
Depuis, la production et le déploiement du drone ont connu une croissance exponentielle. Selon des données issues de sources ouvertes, à fin décembre 2023, le Lancet avait participé à 872 attaques, détruisant ou endommageant 698 cibles, soit un taux de succès impressionnant de 80 %.
Début 2024, le nombre de frappes est monté à 1 163 avec un record de 285 actions en mai 2024 sur seulement 29 jours, d’après une analyse du média Militarnyi. Ce regain d’activité a été soutenu par un triplement de la production, rendu possible grâce à une nouvelle usine présentée dans les médias russes en juillet 2023.
« C’est un exemple parfait de l’adaptation rapide de l’industrie de défense aux conditions de combat », explique Alexeï Ivanov, analyste militaire au Centre d’études stratégiques de Moscou. « La Russie a beaucoup investi dans des drones comme le Lancet pour compenser les difficultés rencontrées dans la guerre conventionnelle. »
Depuis 2022, le Lancet a bénéficié d’améliorations techniques déterminantes. Initialement, le drone (désigné Item 51 et Item 52) disposait d’une autonomie de 40 minutes pour le Lancet-3 et 30 minutes pour le Lancet-1, avec une charge explosive d’environ 3 kg.
Fin 2022, ces performances se sont nettement améliorées : le temps de vol a été étendu à une heure et la charge utile a dépassé les 5 kilogrammes, selon des rapports du Kyiv Post et d’autres sources. Ces mises à niveau lui ont permis de porter des frappes plus lourdes, ciblant notamment des blindés et des systèmes de défense antiaérienne.
En mars 2023, l’Item 52 a reçu un nouveau système de guidage électro-optique, renforçant la précision des attaques. En septembre, une frappe a été réalisée à 70 kilomètres de la ligne de front, dépassant largement la portée initiale de 40 kilomètres. En novembre 2023, un nouveau module optique a été introduit pour fonctionner en conditions de faible visibilité et de nuit.
La mise à jour la plus significative reste l’intégration de l’intelligence artificielle, qui permet au Lancet d’identifier et de prioriser de manière autonome les cibles, y compris des systèmes de défense aérienne.
Le ZALA Lancet, une munition autopropulsée développée par ZALA Aero Group, filiale du groupe Kalachnikov, s’impose comme une arme clé dans la guerre moderne, et notamment dans les opérations russes.
Dévoilé en 2019, ce véhicule aérien sans pilote combine les capacités de reconnaissance avec un potentiel de frappe de précision, proposant une solution économique pour neutraliser des cibles à haute valeur. Sa conception compacte, ses systèmes de guidage avancés et son adaptabilité en font un élément central de la stratégie dronique russe, avec des répercussions importantes sur les technologies militaires mondiales.
Le Lancet est un missile de croisière léger lancé à partir d’un système catapulté, reconnaissable par sa configuration à double aile en X qui améliore la stabilité aérodynamique et la maniabilité. Sa structure en matériaux composites allie robustesse et légèreté, avec une masse maximale au décollage d’environ 12 kilogrammes.
Il est propulsé par un moteur électrique brushless, le AXI 5330 Gold Line, fabriqué en République tchèque, garantissant une propulsion efficace et une faible signature thermique, ce qui complique sa détection par les systèmes infrarouges adverses.
Le Lancet existe en deux versions principales : le plus grand Item 51 (Lancet-3) et le plus petit Item 52 (Lancet-1). Ces variantes diffèrent par leur charge utile et leur profil de mission, le premier étant destiné à des frappes plus lourdes, le second à des opérations plus agiles et légères.
Les charges explosives proposées comprennent des configurations à haute explosive, fragmentation et charge creuse, adaptées à divers types de cibles, des soldats aux véhicules blindés. Son architecture modulaire facilite une adaptation rapide selon les besoins opérationnels, un avantage crucial sur des champs de bataille dynamiques.
Un point fort du Lancet réside dans son système de guidage, qui combine l’électro-optique, la surveillance TV pour la phase terminale et un module de navigation U-Blox doté de capacités anti-brouillage et anti-usurpation avancées.
Ces dispositifs garantissent des performances fiables dans des environnements électromagnétiques contestés, fréquents en conflit moderne. Sa portée opérationnelle initiale de 40 kilomètres a été portée à 70–80 kilomètres dans les versions récentes, étendant considérablement son champ d’action tactique.
Le Lancet est polyvalent : il sert à la fois de plate-forme de reconnaissance et d’arme de frappe de précision. Contrairement aux munitions classiques, il peut stationner au-dessus d’une zone cible, identifier des objectifs à haute valeur et déclencher des frappes avec un minimum de dommages collatéraux.
Cette capacité en fait un outil privilégié pour les opérations de contre-batterie, visant à neutraliser l’artillerie ennemie, les systèmes anti-aériens et les postes de commandement. Son coût unitaire estimé à environ 35 000 dollars représente un avantage financier majeur face aux missiles classiques, permettant un déploiement massif sans pression budgétaire excessive.
Le Lancet peut opérer en synergie avec d’autres drones, comme le ZALA Z-16 dédié à la reconnaissance. Ces équipes « chasseur-tueur » associent renseignement en temps réel et frappes de précision, facilitant l’engagement de cibles profondes en territoire ennemi. Sa petite taille et sa faible signature radar compliquent également son interception par les défenses aériennes conventionnelles, amplifiant son impact sur le champ de bataille.
Des versions plus récentes, comme le Lancet-E à vocation export présentée au forum international Army 2024, intègrent des améliorations notables, telles qu’une meilleure stabilité du flux vidéo et une caméra thermique pour les opérations nocturnes, élargissant ainsi ses capacités d’emploi.
Ces évolutions illustrent la démarche progressive de ZALA Aero, qui s’appuie sur les retours du terrain. L’intégration de composants occidentaux, notamment le module AI Jetson TX2 de NVIDIA pour la reconnaissance automatique des cibles, souligne la dépendance persistante de la Russie vis-à-vis des chaînes d’approvisionnement mondiales, malgré les sanctions.
Le Lancet offre aussi une grande flexibilité dans son mode de déploiement. Lancé depuis une station de contrôle portable proche d’une valise, il peut être rapidement mis en œuvre par de petites unités, ce qui est un atout majeur dans des conflits fluides. Sa construction composite et sa modularité facilitent les réparations sur le terrain et les mises à jour, garantissant ainsi une disponibilité opérationnelle soutenue.
Le succès du Lancet ne passe pas inaperçu sur la scène internationale. À l’exposition Army 2024, l’exportateur d’armes russe Rosoboronexport a lancé une campagne marketing pour le Lancet-E, insistant sur sa fiabilité éprouvée en conditions réelles de combat.
Le potentiel d’exportation est estimé à plus de 1 000 unités, avec un intérêt manifeste de pays recherchant des drones polyvalents et abordables. Rosoboronexport propose également des partenariats technologiques, y compris la production sous licence, pour attirer des clients internationaux. Cette stratégie s’inscrit dans l’effort global de la Russie pour renforcer ses liens géopolitiques via la technologie militaire.
Cependant, la dépendance aux composants occidentaux comme les modules U-Blox et NVIDIA pose la question de la pérennité de la production sous sanctions. Si les nouvelles usines ont accru les capacités, l’intégration d’électroniques étrangères révèle une vulnérabilité dans la chaîne d’approvisionnement domestique russe. Des efforts sont en cours pour développer des alternatives nationales, dont le succès demeure encore incertain.
Face à l’efficacité du Lancet, plusieurs adversaires ont mis en place des contre-mesures, allant de barrières physiques comme des cages en métal à des systèmes de guerre électronique destinés à perturber son guidage. Ces dispositifs, s’ils ont un certain effet, sont contrariés par les capacités anti-brouillage et la précision de la navigation du drone, qui parvient souvent à contourner ces protections.
La course technologique entre fabricants de drones et systèmes de défense illustre la nature évolutive des conflits modernes, où innovation et adaptation déterminent l’avantage tactique.