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À peine quelques semaines après avoir proposé au côté indien la munition planeur Lancet-E largement améliorée, la Russie a discrètement avancé une offre encore plus ambitieuse : le Geran-3, un drone de frappe turbojet à longue portée que Moscou affirme déjà produit en série à grande échelle.

Le Geran-3 ne constitue pas une simple évolution. Propulsé par un turbojet compact délivrant une poussée de 120 à 125 kgf, ce drone peut maintenir une vitesse allant jusqu’à 600 km/h pendant deux heures. Selon des briefings officiels russes communiqués à New Delhi, son autonomie maximale en ferry serait de 1 200 km, bien que plusieurs sources militaires proches du programme assurent qu’en conditions optimales, le rayon d’action en mission avec une charge militaire complète pourrait dépasser 2 000 à 2 500 km. Ce qui distingue véritablement le Geran-3, c’est sa charge utile : la masse de la tête explosive atteint 300 kg, soit six fois celle du Geran-2 (Shahed-136) à moteur propulsif qui fait la une des médias en Ukraine.

Pesant environ 1 000 kg au décollage, le Geran-3 est nettement plus volumineux que ses prédécesseurs, mais les concepteurs russes affirment avoir limité sa surface équivalente radar à moins de 0,05 m² grâce à une forme étudiée et une utilisation réduite de matériaux absorbants radar. Les modes de guidage proposés à l’Inde sont eux aussi modernes : ce drone de frappe est équipé d’un chercheur électro-optique multispectral fonctionnant sur les bandes infrarouges moyenne et longue, avec des options pour des têtes chercheuses radar passive ou des têtes infrarouges à imagerie pour la phase terminale. En résumé, Moscou offre à New Delhi un drone kamikaze à réaction rapide, relativement furtif, capable d’inonder un espace aérien même bien protégé.

Selon les responsables russes, son interception nécessiterait des missiles actifs sophistiqués, tels que le Barak-8 ou l’Akash, tandis que les systèmes portables de défense antiaérienne (MANPADS) ou les systèmes infrarouges à courte portée peineraient à intercepter un objectif approchant à environ 10 km/minute en venant de face. Le moteur à réaction génère cependant une intense signature infrarouge à l’arrière, ce qui rend le drone vulnérable aux chasseurs ou aux missiles IR provenant de l’arrière une fois qu’il est passé au-dessus de la cible — une faiblesse reconnue par Moscou, mais jugée acceptable au regard de sa vitesse et de sa capacité de pénétration.

Le coût demeure l’interrogation majeure. Le turbojet, bien que compact, est beaucoup plus coûteux à produire que les moteurs à piston utilisés sur les drones Geran-1/2 ou la série Lancet. Des attaques massives en essaim, courantes dans le conflit russo-ukrainien, deviendraient économiquement difficiles avec le Geran-3, poussant les utilisateurs à privilégier des salves plus réduites contre des cibles stratégiques telles que postes de commandement, radars S-400, bases aériennes ou installations navales portuaires.

Alors que certains analystes occidentaux et ukrainiens considèrent encore le Geran-3 comme une simple version russifiée du Shahed-238 iranien récemment dévoilé, Moscou insiste sur une divergence notable du design, avec une cellule, une avionique et un moteur différents. Aucune confirmation officielle de la participation iranienne n’a été rapportée dans les négociations en cours avec l’Inde. Les représentants russes ont par ailleurs souligné un transfert complet de technologie et les possibilités de co-développement futur — une proposition bienvenue pour New Delhi, longtemps freinée par les restrictions occidentales.

La réponse de l’Inde reste cependant prudente. L’Organisation de recherche et développement en défense (DRDO) et plusieurs acteurs privés – comme Adani, Solar Industries, Alpha Design, ainsi qu’un surprenant nouveau venu, le NAL – poursuivent déjà un programme national de munition planeur longue portée baptisé LRLM (Long Range Loitering Munition). Plusieurs prototypes motorisés par des turboréacteurs ou turboréacteurs indiens, d’une autonomie comprise entre 500 et 1 000 km, ont été développés et le ministère de la Défense a alloué des fonds importants en vue d’une mise en service d’ici la fin de la décennie.

Pour l’armée de Terre et l’armée de l’Air indiennes, le Geran-3 constitue une capacité opérationnelle clef en main, rapide à déployer, potentiellement disponible d’ici 24 à 36 mois et donc bien en avance sur les solutions domestiques. En revanche, pour l’élan Atmanirbhar Bharat (autonomie stratégique), adopter une plateforme russe, voire russo-iranienne, pourrait freiner le développement de l’écosystème national que le gouvernement souhaite encourager.