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Dans un contexte de tensions croissantes sur les chaînes d’approvisionnement mondiales, la Russie propose à la marine indienne un renforcement significatif de leur coopération navale. Moscou a renouvelé son offre d’équiper les navires indiens avec ses turbines à gaz marines M-90FR, conçues pour remplacer les moteurs ukrainiens, de plus en plus obsolètes. Cette proposition, présentée lors de la récente visite du président Vladimir Poutine à New Delhi, va au-delà d’un simple échange de pièces : la Russie souhaite désormais installer une unité de production locale en Inde, capable de fabriquer moteurs et pièces détachées pour garantir l’autonomie opérationnelle de la flotte indienne sur le long terme.

La marine indienne repose largement sur des plateformes d’origine russe équipées de moteurs ukrainiens produits par Zorya-Mashproekt, notamment les frégates classe Talwar, les corvettes classe Krivak III et plusieurs unités du Projet 1135.6. Depuis le début du conflit en Ukraine en février 2022, les sanctions imposées par Kiev ont fortement perturbé l’approvisionnement en pièces détachées, entrainant jusqu’à 40 % des navires concernés à être immobilisés ou en capacité opérationnelle réduite. « Le délai d’attente pour des composants clés comme les pales de turbine et les pompes à carburant s’étire sur plusieurs mois, » confie un officier supérieur à l’Indian Defence Research Wing. « Cette situation nous contraint à recourir à des solutions d’urgence qui ne sont pas viables pour des opérations en haute mer. »

La turbine M-90FR, développée par United Engine Corporation (UEC) et NPO Saturn, représente la réponse technologique russe face à ce verrouillage. Mise en production en série depuis 2023 à Rybinsk, cette turbine à gaz avec postcombustion de 20 mégawatts offre une efficacité accrue de 25 %, permet un remplacement modulaire rapide de la section chaude réduisant le temps de maintenance, et est compatible avec un mélange de biocarburants à 70 %, correspondant aux exigences indiennes en matière de propulsion écologique. Elle délivre 19 500 chevaux en croisière, pouvant atteindre 27 000 chevaux en mode postcombustion, ce qui égalise ou dépasse les performances des moteurs DT-59 équipant actuellement les frégates Talwar, tout en réduisant les coûts de maintenance de 15 à 20 % grâce à une moindre vibration et une durée entre révisions portée à 10 000 heures.

Cette démarche ne date pas d’hier : en 2023, lors de la conférence des commandants de la marine indienne, Rosoboronexport avait déjà évoqué la M-90FR comme une option d’amélioration « plug-and-play ». La nouveauté réside dans la volonté de transférer intégralement la technologie et d’établir une ligne d’assemblage et de production de pièces détachées en Inde, probablement au chantier naval Garden Reach Shipbuilders & Engineers (GRSE) de Kolkata ou sur un nouveau site près de Mumbai. « Le transfert complet de la technologie, incluant la fabrication de pales monolithiques et la simulation par jumeau numérique pour la maintenance prédictive, permettra d’atteindre une indigenisation comprise entre 60 et 70 % dans les cinq ans, » précise un responsable russe.

Pour la marine indienne, cet enjeu est crucial. Avec 12 frégates Talwar en service (dont trois en construction) et des plateformes anciennes comme les corvettes classe Petya en voie d’obsolescence, la turbine M-90FR pourrait offrir un nouveau souffle à la flotte, tout en laissant le temps nécessaire au développement des alternatives nationales telles que la turbine à gaz marine Kaveri (KMGT), souligne l’amiral (retraité) Sanjay J Singh.