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La Russie poursuit activement la production locale de son chasseur furtif de cinquième génération Su-57E au sein de l’usine Hindustan Aeronautics Limited (HAL) à Nashik, en Inde, mais se heurte à une problématique récurrente : le nombre d’appareils commandés. Malgré des offres exceptionnelles de Rostec – incluant un transfert complet de technologie (ToT), l’accès au code source et la possibilité de modifier la structure pour intégrer des systèmes indiens issus du programme Advanced Medium Combat Aircraft (AMCA) – les représentants russes restent discrets sur le volume minimal de commandes nécessaire à la validation de l’accord.

Dans un entretien exclusif, des responsables de Rostec ont refusé de préciser le seuil d’engagement requis pour le montage à Nashik, préférant insister sur les avantages stratégiques : « Il ne s’agit pas seulement de fournir des avions, mais de co-développer une plateforme qui accélère l’écosystème furtif indien ». Cependant, selon des sources proches du dossier, Moscou attendrait un engagement d’au moins 140 appareils – soit sept escadrons complets – afin de rentabiliser les investissements en outillage, formation et localisation des chaînes d’approvisionnement.

Cette exigence contraste fortement avec les attentes plus mesurées de l’Indian Air Force (IAF). Des sources internes ont confié que la force aérienne indienne considère le Su-57E comme une solution temporaire pour combler son déficit qui compte actuellement 31 escadrons actifs contre 42 autorisés. L’IAF envisagerait un achat direct de 40 à 60 avions dans le cadre d’un accord gouvernement à gouvernement, sans ambition d’acquérir la technologie pour produire 100 variantes personnalisées mêlant la cellule Su-57E et la technologie AMCA. « Nous parlons de deux à trois escadrons destinés à maintenir la capacité opérationnelle jusqu’à l’arrivée du programme AMCA prévue pour 2035, pas d’un remplacement complet de la flotte », explique un officier.

Cette offre, remise sur la table lors du salon Aero India 2025 et qui devrait être discutée au plus haut niveau lors de la visite du président Vladimir Poutine à New Delhi les 5 et 6 décembre, fait écho à l’échec en 2018 du programme de chasseurs de cinquième génération FGFA. À l’époque, New Delhi avait rejeté le projet en raison des coûts élevés et des performances furtives jugées insuffisantes. Aujourd’hui, Moscou propose un package beaucoup plus attractif, adapté à l’initiative Atmanirbhar Bharat, visant à renforcer l’autonomie stratégique de l’Inde.

Le mutisme russe concernant les quantités minimales n’est pas une simple prudence, mais un moyen de pression. En effet, Moscou a besoin d’un volume d’exportations suffisant pour financer le déploiement domestique de son Su-57, qui compte environ 20 appareils, et pour compenser les sanctions qui entravent notamment l’approvisionnement en moteurs. Par ailleurs, ce programme suscite toujours des interrogations quant à la maturité de l’appareil : la surface radar effective (RCS) demeure controversée et serait supérieure à celle du F-35, tandis que le moteur rencontre encore des problèmes de fiabilité et que l’avionique exigerait une refonte complète par l’Inde.

À ces contraintes techniques s’ajoutent des considérations géopolitiques sensibles. Les menaces liées à la loi américaine CAATSA pèsent sur les acquisitions russes, et New Delhi adopte une posture prudente en diversifiant ses sources d’approvisionnement avec, notamment, le Rafale Marine pour ses porte-avions et des évaluations du F-35, malgré les différences technologiques majeures avec l’architecture ouverte du programme AMCA.