La Russie déploie des Cessna armés pour intercepter les drones ukrainiens en profondeur sur son territoire. Cette mesure illustre l’ingéniosité forcée de Moscou face à la menace persistante des drones de longue portée employés par l’Ukraine, désormais capables de frapper des cibles stratégiques à plusieurs centaines de kilomètres.
Les médias russes d’État ont récemment présenté une unité aérienne dédiée à l’interception des drones hostiles, équipée d’avions civils modifiés. Au cœur de cette nouvelle tactique, le célèbre avion léger Cessna 172 a été transformé en plateforme de chasse aux drones, armé de mitrailleuses PKT — des armes soviétiques habituellement montées sur véhicules blindés — et doté de systèmes de pointage adaptés aux opérations aériennes.
La télévision centrale russe a diffusé des images montrant ces Cessna spécialement modifiés décoller d’un aérodrome non divulgué. Sous leur fuselage, des modules d’armement et des capteurs optiques sont visibles, témoignant de la sophistication relative de cet équipement improvisé. Chaque appareil embarque un équipage de deux personnes : un pilote et un opérateur chargé de détecter les drones ennemis via un écran dans le cockpit avant de tirer.
Conçus initialement pour l’entraînement civil et le vol de loisir, les Cessna 172 sont ainsi transformés en aéronefs de patrouille légère capables d’intercepter des drones à basse vitesse et faible altitude, une spécificité importante dans le cadre des attaques ukrainiennes. Ces avions patrouillent notamment dans des zones vulnérables stratégiques telles que des raffineries, centrales électriques et postes frontaliers, où les drones ukrainiens ont récemment multiplié leurs incursions.
« Nous privilégions l’interception en zones peu peuplées ou au-dessus de plans d’eau afin d’éviter que les débris ne causent des dommages à des civils ou à des infrastructures », ont déclaré les opérateurs aux médias d’État.
Cette initiative s’inscrit dans une tendance plus large d’innovation tactique dans la guerre par drones qui oppose la Russie et l’Ukraine. En effet, c’est également en adaptant des avions civils économiques que Kiev cherche à renforcer ses capacités de détection et de riposte face aux menaces aériennes. Moscou, confrontée à la difficulté et au coût élevé d’utiliser ses systèmes de missiles sol-air traditionnels contre de petites cibles lentes, semble suivre une voie similaire en déployant des actifs aériens légers et peu onéreux pour compléter son dispositif défensif.
Les analystes militaires soulignent cependant certaines limites à cette méthode : les avions légers, conçus pour le civil, restent vulnérables aux conditions météorologiques défavorables et à la défense aérienne adverse. De plus, l’ajout d’armements lourds comme les mitrailleuses PKT peut poser des problèmes d’équilibre et de stabilité en vol.
Néanmoins, ce recours aux Cessna armés confirme la rapide adaptation des forces russes et ukrainiennes à une forme de guerre de plus en plus dominée par l’usage massif de drones. Cette guerre hybride mêlant zones civiles et militaires donne lieu à des solutions tactiques innovantes, parfois improvisées, où les matériels et les rôles traditionnels sont constamment redéfinis.
Kapil Kajal