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Le ministre de la Défense slovaque, Robert Kaliňák, a annoncé que Bratislava réduirait sa recherche du futur char léger à deux candidats : le CV90120 de BAE Systems Hägglunds et un véhicule d’origine turque. Bien que le ministère n’ait pas explicitement nommé la plateforme turque, plusieurs sources spécialisées identifient le Tulpar d’Otokar comme le principal prétendant. Cette orientation reflète un choix délibéré vers une puissance de feu mobile plus légère et économique, en rupture avec les chars lourds traditionnels.

Lors d’une conférence de presse à Bratislava, Kaliňák a souligné que les deux options sont encore en phase de développement, mais qu’elles présentent un avantage significatif en termes de coûts par rapport aux chars de combat principaux classiques. Il a précisé que ces véhicules pourraient coûter entre 40 % et 50 % moins cher à l’achat et à l’entretien, ce qui répond aux contraintes budgétaires et aux exigences de maintenance sur le long terme.

Le ministre a également mis en avant la possibilité d’une production partielle sur le sol slovaque, valorisant ce programme comme une opportunité d’intégrer l’industrie locale à la chaîne d’approvisionnement et d’accroître les capacités nationales.

Le candidat turc : le Tulpar

Sans nommer le véhicule turc, des rapports indépendants pointent vers le Tulpar, un châssis blindé modulaire initialement conçu comme véhicule de combat d’infanterie et adapté pour recevoir un canon lisse de 120 mm dans une configuration de char léger. La polyvalence du Tulpar fait de lui un choix fréquent dans les négociations d’exportation axées sur la puissance de feu directe mobile et la capacité de survie accrue.

Si ce choix se confirme, il représenterait une étape majeure pour l’industrie de défense turque dans une acquisition en Europe centrale, renforçant la visibilité d’un acteur régional en progression.

Le CV90120 : une trajectoire familière mais innovante

Le CV90120 est issu de la famille CV90, largement déployée dans plusieurs pays de l’OTAN. Cette variante combine un canon principal de 120 mm à haute pression avec un châssis chenillé plus léger. L’objectif est d’associer la puissance de feu d’un char principal à un poids réduit, facilitant ainsi le déploiement et l’accès à des terrains difficiles où les chars lourds montrent leurs limites. Bien qu’il ne s’agisse pas d’un modèle standardisé en production, ce char a fait l’objet de tests répétés et de démonstrations en conditions réelles en Europe, consolidant un historique favorable à son adoption.

Un tournant doctrinal et stratégique

Les déclarations de Kaliňák écartent clairement les chars principaux haut de gamme, comme le Leopard 2A8 ou le K2PL Black Panther, marquant une réorientation doctrinale. Pour la Slovaquie, le contexte opérationnel actuel, caractérisé par des menaces hybrides, des forces dispersées et une priorité donnée à la mobilité, favorise des véhicules plus légers, moins gourmands en logistique, tout en conservant une puissance de feu fiable. Ce choix fait écho à un débat plus large en Europe sur le juste équilibre entre protection, coût et agilité dans un environnement de combat en mutation et de contraintes budgétaires accrues.

Les échéances évoquées restent néanmoins lointaines. Le ministre a précisé qu’aucun des candidats ne devrait être livré avant trois à quatre ans, soulignant la nature expérimentale des offres et les délais de mise en œuvre pour toute participation industrielle locale. Aucun plafond budgétaire ni plan de financement détaillé n’a été dévoilé, et aucun contrat n’est imminemment prévu. Toutefois, l’accent sur le coût abordable et l’intégration locale indique que l’accord final devra répondre à la fois à une stratégie industrielle nationale durable et à l’équipement des unités de première ligne.

Implications diplomatiques et industrielles

Le choix entre CV90120 et Tulpar a aussi des répercussions diplomatiques et industrielles importantes. Opter pour le CV90120 renforcerait les liens avec la Suède et le Royaume-Uni via BAE Systems, inscrivant la Slovaquie dans un réseau d’approvisionnement nordique-britannique bien établi, déjà intégré à la logistique OTAN. La sélection du Tulpar traduirait une diversification accrue, profitant de l’écosystème croissant des véhicules blindés turcs et du rôle actif croissant d’Ankara au sein de l’Alliance. Dans les deux cas, la coopération future s’étendrait au-delà de la simple livraison, incluant formation, améliorations et approvisionnement en munitions.

Sur le plan opérationnel, les deux candidats proposent une puissance de feu directe de 120 mm sur une plateforme plus mobile et abordable, mais avec des origines distinctes. Le CV90 offre une solution éprouvée, familière aux forces OTAN avec une base logistique solide, tandis que le Tulpar capitalise sur un système modulaire flexible et l’essor exportateur de la défense turque, avec la possibilité d’une production partielle en Slovaquie.

Cette réflexion nationale participe à un changement plus large en Europe concernant la guerre terrestre. L’enjeu ne réside plus dans un remplacement à l’identique, mais dans l’adaptation des forces aux défis actuels : mobilité accrue, survie dans des environnements électromagnétiques saturés de drones, et puissance de feu de précision sans le poids logistique des blindés lourds. Que ce soit le CV90120 ou le Tulpar qui soit retenu, le message de Bratislava est clair : rentabilité, mobilité et intégration industrielle nationale guideront la future génération de forces blindées slovaques, impactant durablement les chaînes d’approvisionnement et la posture terrestre dans l’OTAN.

Teoman S. Nicanci