Article de 942 mots ⏱️ 5 min de lecture

À Hyderabad, alors que l’écosystème aéronautique indien connaît une croissance sans précédent, GE Aerospace entrevoit une opportunité générationnelle majeure. Lors du Wings India Global CEO Forum, puis en marge de l’événement, Vikram Rai, directeur général de GE Aerospace India, a présenté une stratégie reposant sur trois piliers qu’il juge essentiels pour bâtir un secteur aérospatial national à la fois robuste et compétitif à l’échelle mondiale : le développement des infrastructures, une participation accrue du secteur privé dans la production, et un investissement soutenu en recherche et développement.

Rai a replacé la trajectoire actuelle de l’Inde dans une perspective historique, rappelant que le pays ne disposait autrefois que de 75 aéroports, majoritairement concentrés autour des métropoles, contre plus de 160 aujourd’hui. En moyenne, un nouvel aéroport est inauguré tous les 50 à 60 jours. Cette expansion rapide des infrastructures aéronautiques constitue, selon lui, la base indispensable au développement plus large de l’écosystème.

Il a souligné l’importance d’une implication plus forte du secteur privé dans la fabrication de composants aéronautiques et dans les procédés avancés de production. GE Aerospace s’est déjà intégrée dans cette dynamique. Son usine multimodale de Pune, opérationnelle depuis 2014, produit des pièces de moteurs et des composants aéronautiques. L’entreprise collabore également avec le groupe Tata sur des pièces de moteurs et dispose d’un important centre de recherche et développement à Bengaluru, dédié aux technologies actuelles et futures.

« Ces trois piliers — infrastructures, recherche et développement, et une chaîne d’approvisionnement aéronautique solide — seront les leviers pour que l’Inde réalise sa vision d’Aatmanirbhar Bharat dans le secteur aérospatial », a affirmé Vikram Rai.

Il a rappelé que la classe moyenne indienne compte désormais environ 400 millions de personnes, soit plus que la population totale des États-Unis. Pour autant, l’Inde exploite aujourd’hui environ 700 avions commerciaux, contre environ 6 000 à 6 500 aux États-Unis. Avec près de 1 300 appareils supplémentaires en commande par les compagnies indiennes, le potentiel de croissance reste considérable. Toujours selon Rai, moins de 5 % des Indiens ont déjà pris l’avion, ce qui traduit une demande latente importante portée par une classe de consommateurs en plein essor.

Le troisième moteur de cette croissance est la dynamique économique. En tant que l’une des principales économies mondiales à la croissance la plus rapide, l’Inde bénéficie de la corrélation établie entre augmentation du PIB et trafic passagers. La hausse des revenus disponibles, le développement du commerce inter-États et l’augmentation des voyages de loisirs modifient en profondeur les habitudes de déplacement. L’an passé, les dépenses indiennes sur les voyages internationaux auraient atteint 10 milliards de dollars, un indicateur fort de l’aspiration et du pouvoir d’achat croissants.

Un effet multiplicateur découle de cette classe moyenne croissante, de l’expansion économique continue, et du faible taux actuel de voyages aériens qui stimule une commande record d’appareils et une croissance à long terme des flottes.

La fiabilité, socle indispensable de la croissance

Alors que les flottes aériennes s’élargissent, Vikram Rai a insisté sur le fait que la fiabilité et la durabilité des moteurs d’avion seront déterminantes pour maintenir cet élan. Pour les passagers, l’attente fondamentale est claire : atteindre leur destination en toute sécurité et à l’heure. La fiabilité opérationnelle est ainsi au cœur de la performance des compagnies, notamment sur un marché très sensible au facteur prix. Les moteurs doivent garantir une intégrité opérationnelle poussée, assurant la disponibilité et la ponctualité des flottes.

GE Aerospace, via ses entités GE et la coentreprise CFM, alimente une part importante de la flotte d’avions monocouloirs en Inde. Avec 600 à 700 appareils propulsés par GE ou ses partenaires en cours de livraison, Vikram Rai a positionné l’entreprise comme un acteur clé du réseau aérien commercial indien en pleine expansion. Il a mis en avant les principes fondamentaux de GE Aerospace — sécurité, qualité, livraison et coût (SQDC) — pour soutenir les compagnies aériennes dans leur mission d’offrir un service à la hauteur des attentes des passagers.

Le renforcement de l’empreinte industrielle en Inde

La stratégie de GE en Inde est à la fois ancrée dans l’histoire et tournée vers l’avenir, a expliqué Vikram Rai. Le groupe fut pionnier dans l’établissement d’une capacité de maintenance, réparation et révision (MRO) de moteurs sur le sol indien, via un partenariat technique avec Air India entre 2013 et 2014, avec une unité basée à Nagpur.

Aujourd’hui, la présence de GE couvre la production, la recherche & développement et le développement du tissu de fournisseurs locaux. L’usine multimodale de Pune fabrique des composants moteurs, tandis que le centre technologique de Bengaluru emploie près de 1 000 ingénieurs spécialisés dans les technologies aérospatiales avancées. GE collabore également avec environ 13 fournisseurs indiens, avec des volumes d’approvisionnement en constante croissance.

Pour l’avenir, la société étudie la possibilité d’augmenter ses capacités MRO en Inde. Toutefois, Rai a précisé que la rentabilité dans ce domaine dépend fortement des cycles de visite en atelier des moteurs et du volume des flottes. En effet, les moteurs nécessitent généralement une révision tous les trois à quatre ans, rendant préalable une analyse rigoureuse des volumes avant d’engager de nouveaux investissements industriels.