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La Suisse a annoncé vendredi la réduction à 30 exemplaires du nombre d’avions de combat Lockheed Martin F-35A Lightning II commandés, contre 36 initialement prévus, en raison de l’augmentation des coûts qui a fait grimper le budget total du programme.

Cette révision reflète une hausse des dépenses d’acquisition ainsi que des modifications plus larges dans les plans de modernisation de la défense aérienne nationale.

En 2021, la Suisse avait sélectionné le F-35A Lightning II dans le cadre de son programme de défense Air2030, destiné à remplacer sa flotte vieillissante composée de F/A-18 Hornet et Northrop F-5 Tiger, tout en renforçant la sécurité aérienne du pays. À l’époque, les autorités suisses avaient présenté le F-35A comme l’option la plus avantageuse parmi plusieurs concurrents, dont le Rafale de Dassault, l’Eurofighter Typhoon et le F/A-18 Super Hornet de Boeing.

Cependant, en décembre dernier, le gouvernement helvétique avait annoncé une réévaluation à la baisse du nombre d’appareils commandés.

Le ministre de la Défense, Martin Pfister, a confirmé que l’inflation des coûts d’achat avait conduit à une demande supplémentaire de 394 millions de francs suisses (environ 505 millions de dollars) auprès du Parlement afin de soutenir ce programme.

Le F-35A Lightning II est un avion furtif multifonctions de cinquième génération, conçu pour mener des missions de supériorité aérienne, d’attaque ainsi que de collecte de renseignements, en s’intégrant dans des systèmes de combat en réseau avancés. Sa conception à faible observabilité, ses capacités de fusion sensorielle et son interopérabilité avec l’OTAN et les forces alliées visent à améliorer de façon significative les capacités de surveillance et de défense de l’espace aérien suisse. Il doit ainsi remplacer des appareils obsolètes par une plateforme moderne et numériquement connectée.

Martin Pfister a souligné la portée stratégique de cet achat, rappelant que, malgré la réduction du nombre d’appareils commandés liée à la hausse des coûts, le programme F-35 demeure un élément central de la stratégie suisse de défense aérienne à long terme.

Par ailleurs, la planification globale de la défense aérienne suisse est en pleine évolution. Le gouvernement a indiqué que la livraison des systèmes de défense aérienne Patriot, initialement destinés à la Suisse, a été retardée par les États-Unis, ces derniers priorisant leur soutien à l’Ukraine.

Martin Pfister estime que ce retard pourrait durer entre quatre et cinq ans, conduisant les autorités à envisager l’acquisition d’un second système de défense aérienne, de préférence auprès d’un fabricant européen.

La combinaison entre une commande réduite de F-35 et un report prolongé de la livraison des systèmes Patriot illustre les défis rencontrés par les petits acheteurs européens de matériel de défense, alors que la demande pour les armes et systèmes de défense aérienne reste élevée.

Cette situation soulève également des interrogations quant à la manière dont la Suisse, pays neutre militairement, parviendra à équilibrer capacités, coûts et délais dans la modernisation de ses forces armées, dans un contexte de tension accrue sur la sécurité européenne.

Du point de vue de Lockheed Martin, cette réduction reste toutefois modeste à l’échelle du programme mondial F-35, qui continue d’attirer une forte demande internationale.

Les menaces hybrides

Traditionnellement, la Suisse adopte une posture de neutralité militaire bien armée, avec un service militaire obligatoire pour les hommes.

Le gouvernement de Berne dresse un constat alarmant sur le climat actuel de sécurité.

« La situation de sécurité mondiale et le contexte géopolitique de la Suisse se sont détériorés ces dernières années », a-t-il déclaré.

« La guerre en Ukraine, l’intensification des menaces hybrides, les cyberattaques, la désinformation et l’espionnage affectent également la Suisse ».

Selon les autorités, le pays alpin « n’est pas suffisamment équipé pour faire face aux menaces les plus probables », qu’elles identifient principalement dans les guerres hybrides et les attaques à distance.

Ces difficultés sont attribuées à la dynamique du marché international de l’armement, qui se traduit par des coupes budgétaires antérieures, des hausses de prix et des délais de livraison rallongés.