Sous l’apparente bravade et les parades spectaculaires, la réalité de la force aérienne pakistanaise (PAF) est bien plus inquiétante : une flotte de combat au bord de l’obsolescence face aux exigences de la guerre aérienne moderne. Plus de la moitié de ses avions de chasse reposent sur des technologies héritées de la Guerre froide, avec des radars défaillants, des missiles incapables d’atteindre des cibles au-delà de la vue directe (BVR), et des moteurs souvent en panne ou fumants.
Alors que la communication officielle vante le JF-17 comme une « puissance de quatrième génération », les experts et observateurs pointent une réalité plus sombre : près de 52 % des appareils sont purement obsolètes — Mirage III/V, F-7, et F-16A/B vieillissants — relégués à des rôles secondaires comme intercepteurs ou bombardiers. Cette situation alarmante est aggravée par les sanctions internationales, les problèmes d’approvisionnement, et une « colonne vertébrale » composée des JF-17 Block 1/2 souffrant de pannes récurrentes des moteurs russes et de radars développés il y a plus de 50 ans.
À partir de rapports déclassifiés et d’exercices récents, ce dossier révèle comment la modernisation annoncée de la PAF masque un fossé technologique croissant, qu’aucun des nouveaux équipements chinois ne parvient totalement à combler.
La flotte « dinosaures » : 52 % des appareils figés dans le temps
Au cœur du problème, le parc hérité regroupe environ 52 % des quelque 450 appareils de combat pakistanais, soit près de 235 avions dont les capacités restent proches de la troisième génération.
- Mirage III/V : Plus de 110 appareils, principalement modernisés via le programme ROSE, mais restant basés sur des concepts des années 1960. Leur radar Cyrano IV, même après refonte, ne dépasse pas un rayon de détection de 50 km et utilise une technologie pulse-Doppler limitée, inefficace contre les menaces volant à basse altitude ou les contre-mesures électroniques. Leur armement se limite à des missiles courte portée AIM-9L Sidewinder ou PL-5, inaptes aux combats BVR où la première frappe est décisive. Jadis vedettes des guerres de 1965 et 1971, ces avions servent aujourd’hui surtout comme bombardiers d’appoint.
- F-7 (PG/III) : Entre 60 et 70 exemplaires, copies chinoises du MiG-21 avec peu d’améliorations. Aucune capacité BVR, uniquement des PL-5 pour les combats visuels. Leur radar JL-7, basique pulse-Doppler, offre une portée de détection d’environ 30 km dans des conditions optimales, bien inférieure aux radars modernisés Zhuk-ME de la Force aérienne indienne. Ces appareils souffrent de problèmes croissants de maintenance, avec des fissures structurelles, et des pièces détachées rares à cause des sanctions américaines.
- F-16A/B Block 15 (MLU/ADF) : Environ 40 exemplaires sur les 76 F-16 en service. Modernisés en milieu de vie, ils sont équipés de radars AN/APG-66 capables de porter la détection à 70 km contre des cibles aériennes, mais restent dépassés face aux avions furtifs. Ces F-16 sont les seuls à disposer d’une véritable capacité BVR via des missiles AIM-120C-5 AMRAAM limités à environ 100 km et basés sur des technologies antérieures à 2010, avec des intégrations parfois problématiques dues à l’architecture vieillissante de leur avionique.
Ces appareils ne sont plus adaptés aux missions de première ligne et ne servent que pour la défense ponctuelle ou des frappes tactiques, exposant la PAF à des pertes rapides en cas d’opérations prolongées. Leur maintenance reste coûteuse, certains Mirage affichant jusqu’à 40 % de temps passés au sol, ce qui pèse lourd sur un budget déjà contraint par l’inflation et l’aide du FMI.
Lors d’une simulation de guerre en 2025, ces modèles anciens ont été neutralisés en moins de 15 minutes face à des Su-30MKI indiens, soulignant leur vulnérabilité dans les combats BVR.
| Type d’appareil | Nombre approximatif | Type de radar | Capacité BVR | Rôle principal | Facteur d’obsolescence |
|---|---|---|---|---|---|
| Mirage III/V | 110+ | Cyrano IV (Pulse-Doppler) | Aucun (missiles AIM-9/PL-5 uniquement) | Bombardier/Striker | Élevé (cellule des années 1960, ECM limitée) |
| F-7PG/III | 60-70 | JL-7 (Pulse-Doppler) | Aucun (PL-5 uniquement) | Intercepteur | Extrême (clone du MiG-21, structure fragile) |
| F-16A/B Block 15 | ~40 | AN/APG-66 (Pulse-Doppler) | AIM-120C-5 (~100 km) | Polyvalent | Moyen (modernisation vieillissante, problèmes de pièces) |
| Total héritage | ~210-220 | Principalement Pulse-Doppler | Minimal | Secondaire | 52 % de la flotte |
La « colonne vertébrale » défaillante : les fragilités du JF-17 Block 1/2
Entrons dans le détail du JF-17 Thunder, présenté comme le pilier de la PAF avec 150 appareils en service.
Mais le constat est sévère : 85 % (128 avions) appartiennent aux versions Block 1/2, déjà dépassées technologiquement. Leur unique missile BVR est le PL-12 SD-10, d’une portée d’environ 100 km, mais son utilisation est bridée par le radar KLJ-7, un pulse-Doppler datant des années 1980, limité aux tirs frontaux sous 60 km de distance. Cela représente un retard d’au moins une cinquantaine d’années face aux radars AESA modernes, comme l’Uttam de la force aérienne indienne ou les radars PESA des Su-30MKI. Le KLJ-7 peine à gérer le brouillage et les interférences, rendant les combats BVR hasardeux.
Plus grave encore, le moteur Klimov RD-93, dérivé du RD-33 du MiG-29, montre une fiabilité douteuse. Ses émissions excessives ont nécessité l’élargissement des prises d’air, mais les pannes sont fréquentes : plus de 50 % des JF-17 étaient cloués au sol en 2023 faute de pièces détachées. Par ailleurs, la Russie, contrainte par les sanctions liées au conflit ukrainien, a refusé en octobre 2025 d’apporter des améliorations au RD-93MA, laissant les Block 3 (seulement une vingtaine d’exemplaires) comme unique variante modernisée.
Ce déficit logistique affecte aussi la capacité à utiliser pleinement les missiles PL-12 ou les copies sud-africaines R-Darter, avec un taux de disponibilité moyen de seulement 60 % selon les audits de 2024, contraignant à cannibaliser certains appareils pour entretenir d’autres.
En résumé, 85 % de ce supposé « pilier » sont fragiles et inadaptés aux affrontements contre des adversaires technologiquement équivalents.
Nouveaux équipements, problèmes anciens : les limites du J-10CE et du JF-17 Block 3
La PAF place de grands espoirs dans ses 20 J-10CE dits « élites » et dans la montée en puissance des JF-17 Block 3, censés apporter modernité et supériorité.
Les J-10CE, entrés en service après 2022, disposent de radars AESA KLJ-10A et de missiles BVR PL-15E d’une portée estimée à 200 km. Toutefois, ces versions export subissent des restrictions de puissance moteur, avec un rapport poussée/poids réduit, et leur intégration aux réseaux de l’armée de l’air pakistanaise accuse un retard, notamment au niveau du partage de données et face aux contre-mesures électroniques identifiées lors d’exercices en 2025. Si les communiqués louent leurs performances contre les Rafale lors d’affrontements simulés, la réalité opérationnelle fait face à des démarrages à chaud problématiques du moteur WS-10 et des incompatibilités avec certains avions américains.
Pour les JF-17 Block 3, les améliorations sont réelles : radar AESA et missiles PL-15E apportent un gain certains en capacités de détection et de frappe. Cependant, les mêmes problèmes moteurs persistent, sans solution interne en vue, tandis que la production plafonne à environ 20 unités par an, selon des fuites de l’usine PAC Kamra. À ce rythme, la substitution complète des appareils obsolètes prendra une décennie, ce qui paraît trop lent face aux menaces croissantes dans la région.
Une flotte en déni : les risques du laisser-aller
L’obsolescence de la PAF n’est pas une simple question technique : elle agit comme un facteur aggravant dans le cas d’un conflit à dominance BVR, où 70 % des engagements victorieux s’effectuent au-delà de 50 km. Les missiles à courte portée et les radars limités transforment la flotte pakistanaise en cibles facile.
Le budget alloué à la chasse reste dérisoire : 1,5 milliard de dollars annuels contre 10 milliards pour la force aérienne indienne. Les sanctions CAATSA restreignent sévèrement l’accès aux pièces détachées pour les F-16.
L’aide chinoise est précieuse, mais la plupart des équipements exportés sont bridés technologiquement pour préserver l’avantage de Pékin. Alors que la PAF envisage l’avenir avec le projet JF-17 PF-X prévu pour 2030, la vérité demeure : sans une modernisation radicale et rapide, leur « Thunder » risque de n’être qu’un grondement silencieux, inefficace et inaudible sur le théâtre des opérations.