Article de 951 mots ⏱️ 5 min de lecture

La Thaïlande, traditionnellement proche de la Chine, cherche à diversifier ses alliances, en se rapprochant notamment de l’Inde. Elle étudie notamment l’acquisition du missile de croisière supersonique BrahMos, un système déjà en service dans les trois branches des forces armées indiennes. Cette évolution témoigne d’un réalignement stratégique important pour Bangkok dans la région.

BrahMos Aerospace, après avoir déployé son missile avancé aux Philippines, à proximité de la Chine, mène actuellement des discussions avec plusieurs clients, dont la Thaïlande, où les négociations se poursuivent depuis plusieurs années.

Le 6 novembre, lors de l’ouverture du salon Defense Security 2023 à Bangkok, Praveen Pathak, directeur de la promotion des marchés et de l’exportation chez BrahMos Aerospace, a présenté les dernières innovations du missile BrahMos au ministre thaïlandais de la Défense, Sutin Klungsang, et à sa délégation. Ce dernier a salué les capacités de ce système d’armes, exprimant un intérêt confirmé par BrahMos sur le réseau social X.

Le développement des discussions s’est notamment accéléré après la visite en Inde, en décembre 2018, du commandant de la marine royale thaïlandaise, l’amiral Ruddit. La Thaïlande, positionnée stratégiquement près de Bangkok avec un accès direct au golfe de Thaïlande et à la mer de Chine méridionale, apparaît comme un acteur clé de la modernisation militaire dans la région de l’Asie du Sud-Est.

La nouvelle coalition gouvernementale civile pourrait renforcer ses liens avec les démocraties occidentales tout en maintenant ses relations historiques avec la Chine, héritées du précédent gouvernement militaire. Si la Thaïlande ne rompt pas totalement avec Pékin, elle affiche clairement sa volonté de diversifier ses partenariats internationaux. L’Inde devra donc concevoir une stratégie solide pour finaliser l’accord.

Les Philippines

Les Philippines ont confirmé leur intention d’acquérir auprès de l’Inde des systèmes de missiles de défense côtière BrahMos, capables d’emporter des ogives semi-perforantes de 200 kg. Initialement rapportée en janvier 2022, cette commande intervient dans le cadre d’un programme destiné à renforcer les capacités des garde-côtes philippins.

Les négociations avaient débuté en mai 2021, mais ont été temporairement ralenties par la pandémie de COVID-19. Le gouvernement philippin prévoit d’acquérir deux batteries BrahMos, qui seront intégrées à l’artillerie collective de ses forces armées. Le colonel Xerxes Trinidad, porte-parole de l’armée philippine, a indiqué que cette commande correspond au troisième horizon du programme RAFPMP (Philippine Army Modernization Program).

La version terrestre du BrahMos, adoptée par Manille, utilise un système de propulsion à deux étages : une fusée à propergol liquide pour le lancement, suivie d’un statoréacteur à carburant liquide pour assurer la croisière supersonique, assurant une portée accrue tout en réduisant les coûts comparés aux moteurs traditionnels.

La décision d’achat des Philippines a été prise dès 2019, précédant les négociations. Des sources évoquent une ligne de crédit indienne de 100 millions de dollars dédiée à ce projet. La valeur totale du contrat pourrait atteindre 375 millions de dollars, bien que les modalités de paiement restent à confirmer.

Le missile BrahMos

Le BrahMos est un missile de croisière conçu pour l’attaque de cibles navales et terrestres, capable de voler entre 5 mètres d’altitude minimale jusqu’à 15 000 mètres. Il mesure 70 cm de diamètre pour une envergure de 1,7 mètre.

Ce missile supersonique atteint une vitesse maximale de Mach 3,5 et dispose d’une portée pouvant aller jusqu’à 650 km. Les versions terrestre et navale sont équipées d’une ogive de 200 kg, tandis que la variante aéroportée BrahMos A peut emporter une charge de 300 kg. Son système de propulsion combine une fusée à propergol solide pour l’accélération initiale et un statoréacteur à carburant liquide pour maintenir une croisière rapide et économique.

Grâce à son statoréacteur, le BrahMos bénéficie d’une consommation de carburant optimisée, ce qui augmente son rayon d’action par rapport aux missiles uniquement à propulsion fusée.

Comparé aux missiles subsoniques comme le Tomahawk, le BrahMos, bien que doté d’une charge utile et d’une portée moindres, offre une vitesse près de quatre fois supérieure, ce qui lui confère une énergie cinétique 32 fois plus importante en vol, lui procurant une capacité de pénétration accrue et une menace tactique différente.

Avec une vitesse en croisière autour de Mach 2,8, il devient pratiquement impossible à intercepter par certains systèmes de défense antimissile, renforçant sa précision et son efficacité contre des cibles maritimes.

Initialement conçu pour la lutte anti-navire, le BrahMos Block III s’adapte également aux frappes terrestres. Il peut être lancé à partir de positions verticales ou inclinées, avec une capacité de couverture à 360 degrés autour de la cible.

Toutes ses versions – terrestre, navale et souterraine – partagent une architecture proche, à l’exception de la variante aérienne qui est équipée d’ailerons de queue supplémentaires et d’un propulseur d’appoint pour assurer une stabilité accrue lors du lancement.

La version aérienne est déployée sur le chasseur Su-30MKI. Le 5 septembre 2010, le BrahMos a été le premier missile supersonique à effectuer un plongeon contrôlé avec un angle prononcé. Il fonctionne selon un principe « tirer et oublier », ce qui permet de libérer l’opérateur toute intervention après le lancement.