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La Turquie semble avoir bloqué la livraison de la deuxième et dernière tranche de six hélicoptères de combat AH-64E Apache destinés à l’armée indienne, provoquant un nouveau retard dans un calendrier de livraison déjà perturbé. Commandés en 2020, ces appareils étaient en cours de transport vers l’Inde lorsque l’avion cargo les transportant a été contraint de faire demi-tour dans des circonstances inhabituelles.

Selon les données de suivi de vol et plusieurs observateurs de l’aviation, le 30 octobre, un Antonov An-124 (immatriculation UR-82008) a décollé de sa base opérationnelle à Leipzig, en Allemagne, pour arriver à l’aéroport Mesa Gateway (Phoenix–Mesa Airport) en Arizona, où se situe l’usine de production des Apache de Boeing. Le photographe aéronautique @KiwaSpotter a capturé des images montrant trois AH-64E, revêtus du camouflage caractéristique de l’armée indienne, en cours de chargement à bord du gros porteur.

L’An-124 a ensuite décollé de Mesa Gateway le 1er novembre pour atterrir à l’aéroport d’East Midlands en Angleterre, où il est resté immobilisé plus d’une semaine. Le 8 novembre, au lieu de poursuivre sa route vers l’Inde, l’avion a fait un retour inattendu par-dessus l’Atlantique vers Mesa Gateway aux États-Unis. À son arrivée, les Apache destinés à l’armée indienne ont été déchargés puis remorqués par des camions, comme le montrent plusieurs photos diffusées sur les réseaux sociaux.

Si Boeing a reconnu ce retard, évoquant des « problèmes logistiques causés par des facteurs externes » sur lesquels la firme travaille pour résoudre la situation, la nature exacte de ces problèmes restait initialement floue.

Une source fiable, citée par EurAsian Times, apporte cependant un éclairage plus précis : la Turquie aurait refusé l’autorisation de survol de son espace aérien à l’An-124 transportant les Apache, bloquant de fait le trajet vers l’Inde. Cette décision serait directement liée à la dégradation des relations entre New Delhi et Ankara, qui se sont gravement détériorées ces derniers mois.

Les tensions entre l’Inde et la Turquie se sont accentuées après la guerre de quatre jours en mai 2025, que la Turquie a ouvertement soutenue en faveur du Pakistan. Ankara avait publiquement condamné l’Opération Sindoor lancée par l’Inde en représailles à l’attaque terroriste de Pahalgam, et avait même fourni une aide militaire à Islamabad, notamment des dizaines de drones armés.

Ce blocage aérien illustre la montée du clivage géopolitique entre ces deux nations et montre comment ces tensions peuvent s’étendre jusqu’aux domaines de la défense et de la logistique commerciale. Pour l’Inde, ce retard s’ajoute à un programme de livraison des Apache déjà ralenti, marqué par plusieurs contretemps depuis la signature du contrat en 2020 pour six hélicoptères spécialement configurés pour le Corps d’aviation de l’armée indienne.

La première tranche de AH-64E avait été livrée plus tôt en 2025, et les six appareils restants étaient attendus en service d’ici la fin de l’année. Avec la Turquie qui semble désormais exploiter son contrôle de l’accès à son espace aérien comme levier, il reste incertain de savoir quand l’armée indienne recevra l’intégralité de sa flotte de ces hélicoptères d’attaque parmi les plus avancés au monde.