La Turquie dénonce le blocage des exportations de moteurs General Electric F110 nécessaires à son avion de combat KAAN par le Congrès américain, une décision qui pourrait compromettre le développement de ce programme de cinquième génération stratégique pour Ankara.
Hakan Fidan, ministre turc des Affaires étrangères, a déclaré que le Congrès des États-Unis retient les licences d’exportation des moteurs General Electric F110 équipant les premiers prototypes du chasseur KAAN, accentuant ainsi la pression sur les ambitions aéronautiques de la Turquie. Lors d’une rencontre à New York entre Donald Trump et Recep Tayyip Erdogan le 26 septembre 2025, Fidan a expliqué que « les moteurs du KAAN sont en attente de l’approbation du Congrès américain » et que les licences ont été « suspendues ». Cette décision américaine risque de retarder la poursuite des essais et la production.
Une dépendance critique
Développé par Turkish Aerospace Industries (TAI), le KAAN doit remplacer la flotte vieillissante de F-16 turcs et offrir à l’armée de l’air turque un avion furtif de conception nationale. Le premier prototype a effectué son vol inaugural en février 2024, suivi d’un second vol d’essai en mai 2024.
Ces prototypes reposent pour l’heure sur le moteur américain F110, dérivé du moteur équipant le F-16. Bien que la Turquie travaille au développement d’un moteur national via le programme TEI TF35000, ce dernier est encore à plusieurs années de maturité suffisante pour équiper le KAAN. En attendant, l’accès aux moteurs américains constitue un goulet d’étranglement pour les essais en vol, la production en petite série et les perspectives d’exportation.
Ankara assure qu’il n’y aura pas de retard
La défense turque subit des sanctions depuis 2019 à la suite de l’achat des systèmes de missiles russes S-400, sous la loi américaine CAATSA (Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act). Malgré l’accord du gouvernement Biden pour la vente d’un nouveau lot de F-16 en 2024, le Congrès continue d’exercer une surveillance ferme sur les autorisations d’exportation.
Cette décision menace désormais de retarder un programme clé à un moment critique, fragilisant ainsi l’objectif d’Ankara de figurer parmi les rares nations à produire un avion furtif et d’entraver ses ambitions tant sur le plan domestique qu’à l’exportation.
Les autorités turques démentent cependant toute difficulté majeure. Haluk Görgün, directeur de la Présidence des Industries de Défense (SSB), affirme que le projet KAAN ne connaît aucun retard et insiste sur la volonté d’Ankara de ne pas dépendre d’un seul motoriste.
Cependant, des blocages temporaires des licences pourraient perturber les calendriers d’essais, ralentir les premières livraisons et affecter la crédibilité auprès des clients étrangers.
La réussite du KAAN est cruciale pour la stratégie à long terme de la force aérienne turque. Le programme a déjà suscité un intérêt international, notamment de la part de l’Indonésie, qui a signé en juillet 2025 un contrat pour 48 appareils. Toute indication d’un blocage durable dans l’approvisionnement en moteurs pourrait avoir des répercussions diplomatiques et industrielles importantes.

Au-delà des contraintes techniques, ce blocage a des implications profondes sur les équilibres géopolitiques en Méditerranée orientale, au Moyen-Orient et en Asie du Sud, où Ankara cherche à affirmer son influence via des exportations d’armements et une industrie militaire autonome.
La Turquie fait face à un dilemme stratégique majeur : accélérer le développement de son moteur national, explorer des fournisseurs alternatifs russes ou chinois, ou risquer une vulnérabilité en prolongeant l’utilisation d’une flotte vieillissante de F-16.
La dépendance aux moteurs américains ne touche pas uniquement le KAAN. L’avion d’entraînement avancé turc Hürjet repose également sur les moteurs F404 américains, créant une vulnérabilité supplémentaire en cas d’élargissement des restrictions d’exportation.
Clément Charpentreau