La Turquie et l’Indonésie ont conclu un accord historique portant sur la vente de 48 avions de combat Kaan, marquant ainsi la première exportation de cet avion de combat de conception entièrement turque. Ce contrat a été signé samedi lors de la Foire internationale de l’industrie de défense (IDEF) 2025 à Istanbul.
Ce partenariat implique une participation directe de l’Indonésie dans la production du Kaan, avec des responsabilités conjointes en ingénierie et une capacité nationale d’assemblage. L’échéance de livraison sur dix ans témoigne de l’engagement indonésien pour une modernisation autonome de ses forces aériennes et renforce la coopération stratégique bilatérale dans le secteur de la défense. Les présidents Recep Tayyip Erdoğan et Prabowo Subianto ont conjointement validé cet accord qui positionne la Turquie comme un nouvel acteur sur un marché mondial longtemps dominé par les États-Unis et les grandes puissances européennes de l’armement.
Le Kaan, un avion de cinquième génération conçu en Turquie
Le Kaan représente le premier chasseur turc de cinquième génération fabriqué localement, développé par les Industries aérospatiales turques (TAI) sous la supervision de la Présidence des industries de défense (SSB). Conçu pour des missions multifonctionnelles en espaces aériens contestés, il intègre des caractéristiques avancées telles que la furtivité, des compartiments internes pour armement, un radar AESA de dernière génération, une avionique reposant sur l’intelligence artificielle, un système infrarouge de recherche et suivi (IRST) ainsi que des capacités sophistiquées de guerre électronique.
Le Kaan a effectué son vol inaugural le 21 février 2024 et est actuellement en phase d’essais en vue d’une capacité opérationnelle limitée prévue en 2028. Les premières unités embarquent des moteurs General Electric F110 fournis par les États-Unis, avec une transition future prévue vers le moteur turc TEI-TF35000 en développement national.
Une percée turque sur le marché mondial des avions de combat
L’entrée de la Turquie sur le marché des exportations d’avions de combat constitue un défi direct au monopole historique des fabricants occidentaux, notamment le F-35 Lightning II américain, le Rafale français et le Typhoon du consortium Eurofighter. Ces appareils ont été intensivement promus en Asie et au Moyen-Orient. L’Indonésie avait auparavant envisagé le Rafale et le Typhoon, mais a finalement opté pour le Kaan en raison de son potentiel de coproduction à long terme, de son autonomie technologique et de son alignement géopolitique équilibré.
La dimension et la structure de cet accord illustrent une évolution plus large des stratégies d’acquisition en matière de défense. Des pays comme l’Indonésie recherchent des plateformes de haute performance offrant un accès total à la technologie, une implication industrielle locale et des restrictions minimales dans leur politique extérieure. L’offre turque se distingue par sa capacité à fournir des technologies avancées tout en considérant ses partenaires comme des collaborateurs stratégiques, et non de simples utilisateurs finaux soumis à des contraintes d’exportation.
Un rejet progressif d’autres programmes au profit du Kaan
La participation indonésienne au programme Kaan intervient alors que son engagement dans le chasseur sud-coréen KF-21 Boramae a diminué, les contributions de Jakarta n’ayant pas répondu aux attentes financières et industrielles. À l’inverse, le Kaan propose une voie accélérée vers les performances de cinquième génération, avec des retombées industrielles locales plus importantes et une influence stratégique accrue.
Ce contrat renforce également la position grandissante de la Turquie dans le secteur de la défense, après le succès international des systèmes de drones Bayraktar TB2 et Akıncı. L’intérêt manifesté par d’autres pays — notamment le Pakistan, l’Azerbaïdjan et plusieurs États du Golfe — suggère que cet accord avec l’Indonésie pourrait être le prélude à une transformation majeure du paysage mondial des avions de combat.
Avec cette signature historique à l’IDEF 2025, la Turquie confirme son statut de puissance aérospatiale montante et propose le Kaan comme une alternative compétitive et souveraine aux appareils occidentaux sur la scène internationale.