Le Royaume-Uni a officiellement exprimé son soutien à la Turquie dans sa volonté d’intégrer le programme des avions de chasse Eurofighter Typhoon. Cette décision, annoncée par le ministre britannique des Affaires étrangères David Lammy, souligne l’importance stratégique de cette acquisition pour renforcer la coopération au sein de l’OTAN et la sécurité régionale.
Dans le cadre de sa visite à Ankara, David Lammy a souligné la valeur du Typhoon, avion de combat de quatrième génération, en tant qu’élément clé pour approfondir l’interopérabilité entre alliés. Londres travaille également à lever les obstacles politiques existant au sein du consortium Eurofighter, notamment ceux liés à l’Allemagne, afin de faciliter la conclusion d’un accord favorable à la Turquie.
L’Eurofighter Typhoon est un chasseur multi-rôle développé conjointement par le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne. Il constitue le principal appareil de supériorité aérienne de plusieurs forces aériennes de l’OTAN. Équipé d’une avionique de pointe, incluant un radar AESA (radar à balayage électronique), et d’un arsenal éprouvé, le Typhoon est parfaitement adapté aux missions de domination aérienne et d’attaque de précision.
Bien qu’il ne bénéficie pas de la furtivité avancée des chasseurs de cinquième génération comme le F-35, le Typhoon a été continuellement amélioré pour opérer dans des environnements de guerre électronique complexes. Il est reconnu pour sa maniabilité, la fusion avancée de ses capteurs et sa pleine compatibilité avec les systèmes de l’OTAN.
Pour la Turquie, l’intérêt envers l’Eurofighter Typhoon s’inscrit dans une stratégie visant à diversifier ses capacités aériennes face aux défis d’approvisionnement. Exclue du programme F-35 en 2019 du fait de son acquisition du système russe de défense aérienne S-400, Ankara cherche à moderniser sa flotte vieillissante de F-16. Bien que les discussions avec les États-Unis sur un potentiel nouvel ordre de F-16 Block 70 progressent, la Turquie reste en marge des chasseurs de cinquième génération, ce qui limite sa supériorité aérienne à long terme.
L’Eurofighter représente ainsi un pont stratégique : une plateforme performante renforçant son alignement avec l’OTAN, restauratrice d’une capacité altérée et soumise à moins de contraintes politiques que les alternatives américaines.
Par ailleurs, la Turquie poursuit le développement de son chasseur indigène de cinquième génération, le KAAN, conçu par Turkish Aerospace Industries. Ce programme vise une entrée en service à la fin de la décennie, avec des fonctionnalités avancées telles que la furtivité, le supercroisière et la fusion des capteurs. Toutefois, ce projet est encore en phase de développement, et une solution intermédiaire est nécessaire pour combler le vide capacitaire actuel.
L’Eurofighter pourrait donc jouer un double rôle : à la fois solution temporaire et complémentaire, permettant à la force aérienne turque de maintenir une parité technologique régionale jusqu’à la maturité du KAAN.
Sur le plan industriel, cette acquisition renforcerait aussi les liens entre Ankara et ses partenaires clés de l’OTAN. À travers le Conseil turco-britannique de l’industrie de défense, les deux pays explorent déjà des projets de coentreprises et d’échanges technologiques. Ceci pourrait permettre aux entreprises turques de contribuer aux activités de maintenance, de modernisation, voire de fabrication de composants de l’Eurofighter. Un tel développement aiderait la Turquie à asseoir son ambition de devenir un acteur majeur de l’industrie mondiale de défense.
Pour l’OTAN, moderniser la force aérienne turque s’inscrit dans une logique de sécurité collective et de préparation stratégique. Située à la confluence géographique de l’Europe, de l’Asie et du Moyen-Orient, la Turquie occupe un rôle crucial entre la mer Noire et les zones de conflits majeurs en Syrie et en Irak.
Ses bases aériennes, notamment Incirlik et Konya, sont essentielles pour la projection de forces, les opérations de renseignement et les missions de coalition. Une force aérienne enrichie d’Eurofighter renforcerait significativement le flanc sud de l’Alliance, améliorerait la défense aérienne collective et apporterait une flexibilité accrue pour les opérations de dissuasion dans les espaces aériens contestés.
Turquie demeure l’une des puissances militaires les plus importantes et compétentes de l’OTAN. Assurer la parité technologique de ses capacités aériennes est un facteur clé pour préserver la cohésion de l’alliance face aux menaces croissantes venues notamment de la Russie, de l’Iran et d’acteurs non étatiques. L’intégration d’appareils tels que l’Eurofighter Typhoon dans la flotte turque ne relève pas uniquement des relations bilatérales, mais représente un investissement stratégique dans l’architecture globale de sécurité de l’OTAN.