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La Turquie prévoit de tripler ses livraisons de chars de combat principaux Altay en 2026, dans le cadre d’un vaste programme de modernisation militaire. Ce renforcement significatif s’inscrit dans une stratégie globale incluant des avancées majeures dans les domaines aérien, naval, missiles et électronique.

Haluk Görgün, président des Industries de Défense turques, a confirmé qu’au moins 10 chars Altay seront livrés aux Forces terrestres turques en 2026, soit plus du triple par rapport aux trois unités attendues en 2025. Cette annonce a été faite lors d’une conférence publique sur la défense et la sécurité à Antalya. Le calendrier 2026 prévoit également plusieurs remises importantes et jalons contractuels touchant aux programmes de guerre aérienne, navale, de missiles ainsi que dans le secteur de l’électronique militaire.

Le programme de production du char Altay repose sur un contrat signé en 2018 entre la Présidence des Industries de Défense turques et le constructeur BMC, portant sur la production de 250 chars pour l’armée de terre. Ce contrat est divisé en deux phases :

  • Une première tranche de 85 chars en configuration T1 entre 2025 et 2028,
  • Une seconde de 165 chars en configuration T2 à partir de 2028.

Pour la série T1, la planification prévoit les livraisons suivantes : 3 chars en 2025, 10 en 2026, 41 en 2027, et 30 en 2028, totalisant 85 unités sur quatre ans.

Outre le programme Altay, la chaîne de production militaire turque prévoit en 2026 la première livraison du drone Kizilelma aux forces armées, la signature d’un contrat de fabrication en série pour l’avion de combat Kaan, ainsi que l’intégration des véhicules aériens sans pilote TB3 capables d’opérer depuis des navires. Sont aussi prévues les livraisons de 22 avions d’entraînement Hurkus, tandis que la version TB2T-AI, assistée par intelligence artificielle pour la gestion des charges utiles, sera mise en service.

Concernant la Marine turque, 2026 verra l’entrée en service du sous-marin TCG Muratreis, la livraison de la sixième corvette de la classe Milgem, le TCG Izmir, ainsi que la réception de quatre navires de débarquement de chars (LCT) et de 70 bateaux pneumatiques à coque rigide. Dans le domaine de la défense aérienne et des missiles, le programme inclut le lancement de la production en série du torpilleur lourd Akya et l’intégration du missile antinavire Atmaca sur les sous-marins. Le secteur de la guerre électronique prévoit la mise en service de l’infrastructure cloud Bulut, l’activation du système Koral 200, et la finalisation des livraisons du système Ilgar-2.

Le programme du char Altay a été lancé en 2007 dans le cadre du Projet National Turc de Production de Chars, visant à concevoir et fabriquer un char de combat principal indigène, destiné à remplacer les anciens modèles M-60A3, M-60T et Leopard 2A4 encore en service. Quatre prototypes ont été construits et soumis à des tests de tir, de mobilité, de résistance et climatiques entre 2012 et 2017, ce qui a permis d’affiner la conception du châssis, des suspensions et de l’intégration du système de conduite de tir.

Des retards dans le développement de la motorisation et d’autres sous-systèmes ont conduit à une réorganisation industrielle, avec la sélection de BMC en 2018 comme maître d’œuvre pour la production en série du Altay, déclinée en deux versions principales : T1 pour la série initiale, T2 pour les unités suivantes.

Caractéristiques et armement du Altay T1

Le char Altay T1 est opéré par un équipage de quatre personnes : commandant, tireur, chargeur et conducteur. Ses dimensions sont proches des chars lourds contemporains, avec une longueur de 7,3 mètres, une largeur de 3,9 mètres et une hauteur de 2,6 mètres jusqu’à la pointe du canon. Il est armé d’un canon principal lisse de 120 mm L/55, produit sous licence par l’usine turque MKE, compatible avec les munitions cinétiques et programmables standard OTAN, avec une capacité de 40 obus stockés dans un compartiment blindé situé dans la tourelle.

L’armement secondaire se compose d’une mitrailleuse coaxiale de 7,62 mm ainsi que d’une station d’armes télécommandée montée sur le toit, pouvant accueillir une mitrailleuse lourde de 12,7 mm ou d’autres armes selon les besoins spécifiques des missions. Tous les systèmes d’armes sont intégrés dans un système électronique de contrôle de tir et de sélection automatique des cibles. Le système inclut des viseurs panoramiques stabilisés à 360°, des dispositifs de suivi automatique de cibles, des capteurs thermiques pour les opérations nocturnes, ainsi qu’un télémètre laser pour améliorer la précision en combat.

Protection et survie

La protection est assurée par un blindage composite modulaire associé à un système de protection active (APS) Akkor, conçu pour contrer les projectiles à énergie cinétique ainsi que les menaces issues de charges creuses. Les modules de blindage sont modulables en fonction du niveau de menace et répartis sur la coque et la tourelle. Le système de protection active comprend des intercepteurs cinétiques destinés à neutraliser physiquement les missiles antichars et des contre-mesures électroniques pour perturber ou annuler leur guidage, avec un système d’alerte laser intégré.

Les équipements internes de survie comprennent une suppression automatique des incendies et explosions, un isolement renforcé du compartiment munitionné avec ventilation contrôlée, ainsi que des systèmes de surpression assurant une protection contre les menaces chimiques, biologiques, radiologiques et nucléaires. Les capteurs situés à l’extérieur alimentent des systèmes de connaissance de la situation et des alertes automatisées sur les menaces, tandis que le matériel de communication intégrée facilite l’interconnexion réseaux-commandement.

Mobilité

Le Altay T1 pèse environ 65 tonnes. Il est motorisé par un moteur diesel Doosan DV27K V12 de 1500 chevaux, couplé à une boîte automatique SNT Dynamics EST15K offrant six vitesses avant et trois en marche arrière, conférant une puissance spécifique de 23 chevaux par tonne. Une transition vers un moteur diesel BMC Power Batu V12, similaire en puissance, est prévue pour les séries ultérieures.

Le char peut atteindre une vitesse maximale d’environ 65 km/h sur route, avec une vitesse tout-terrain de l’ordre de 45 km/h, et une autonomie estimée à 450 km sans carburant additionnel. La suspension hydropneumatique, comparable à celle du K2 Black Panther, permet d’opérer sur des pentes allant jusqu’à 60 % en montée et 30 % latéralement. La capacité de franchissement implique un gué jusqu’à 1,2 mètre sans préparation, extensible à des passages plus profonds grâce à un équipement spécifique.