Dans un renforcement significatif de la supériorité aérienne de l’Inde, l’Organisation de recherche et de développement pour la défense (DRDO) a validé le transfert de la version améliorée de sa suite de guerre électronique D-29, éprouvée en combat, à Bharat Electronics Limited (BEL). Cette décision ouvre la voie à la production en série et à la modernisation de la flotte vieillissante de MiG-29 de l’Armée de l’air indienne (IAF). Développée il y a plus d’une décennie comme un système vital pour les chasseurs Fulcrum d’origine soviétique, la D-29 rénovée, enrichie de technologies numériques et d’intelligence artificielle, promet de prolonger la pertinence des appareils face à des menaces sur plusieurs fronts, tout en illustrant l’orientation du DRDO vers une production industrielle locale, dans le cadre du programme Atmanirbhar Bharat.
Le transfert, officialisé lors du forum industriel Samanvay 2025 organisé par le DRDO à Bengaluru la semaine dernière, comprend la cession de tous les droits de propriété intellectuelle et des technologies détenues par le Centre de développement et d’intégration des systèmes pour avions de combat (CASDIC). Il ne s’agit pas d’un simple transfert : un accord complet de licence de transfert de technologie (LAToT) a été signé, habilitant BEL — leader indien dans le domaine de la guerre électronique — à produire et entretenir le système de manière autonome. « Ce transfert représente une étape majeure dans la collaboration innovante », a déclaré Samir V. Kamat, directeur du DRDO, lors de l’événement au cours duquel douze accords similaires ont été signés, couvrant des suites de guerre électronique jusqu’à la spectroscopie laser. Pour l’IAF, cela traduit un déploiement plus rapide des mises à niveau pour ses quelque 60 MiG-29, dont plusieurs ont déjà prospéré lors des conflits de Kargil et Balakot malgré une protection autonome obsolète.
Pensée au début des années 2010 en réponse aux vulnérabilités des MiG-29 face aux missiles AMRAAM des F-16 pakistanais et aux radars des J-10 chinois, la D-29 originale fut la réponse du DRDO à la dépendance aux importations. Intégrée via un contrat de 264 millions de dollars signé avec BEL en 2022, elle combine un détecteur d’alerte radar (RWR) intégré au fuselage avec des pods brouilleurs sous les ailes, offrant une détection omnidirectionnelle des menaces et des capacités de brouillage par bruit et tromperie dans la bande 2-18 GHz. Opérationnelle depuis 2023 sur les MiG-29UPG modernisés, cette suite a démontré son efficacité lors d’exercices comme Vayu Shakti en neutralisant des systèmes sol-air simulés HQ-9 et en améliorant les taux de survie en mission de 25 %.
Mais la guerre évolue : les vagues de drones en Ukraine et les essaims de guerre électronique de l’APL ont nécessité des capacités renforcées. La D-29 “toute améliorée” intègre désormais des amplificateurs au nitrure de gallium (GaN) pour une bande passante étendue, des algorithmes d’apprentissage machine pour classifier les émetteurs et réduire de 50 % les fausses alertes, ainsi qu’une mémoire radiofréquence numérique (DRFM) pour des techniques avancées de tromperie. Les ajustements du CASDIC, testés en 2024 dans des souffleries à l’Institut indien de technologie de Kanpur, ont permis de réduire de 20 % la taille, le poids et la consommation électrique (SWaP), assurant une intégration fluide dans la baie avionique exiguë du MiG-29. « Ce n’est pas une simple version revisitée, c’est une version surboostée », a indiqué un ingénieur de CASDIC, précisant l’interfaçage sans faille avec le radar Phazotron Zhuk-ME du chasseur.
Cette évolution s’inscrit dans les besoins plus larges de l’IAF. Alors que le Tejas Mk1A se déploie avec son système apparenté Swayam Raksha Kavach (SRK), dérivé lui aussi de la D-29, la suite améliorée garantit que les MiG-29 restent des piliers du dispositif aérien jusqu’au déploiement prévu du chasseur AMCA en 2035. BEL, qui produit déjà plus de 100 unités par an dans son usine de Ghaziabad, exploitera la propriété intellectuelle acquise pour développer des exportations vers des marchés tels que le Vietnam et l’Arménie.
| Aspects | D-29 Original (années 2010) | D-29 Améliorée (transfert 2025) |
|---|---|---|
| Composants clés | RWR analogique + pod brouilleur impulsionnel | RWR GaN + pod tromperie DRFM |
| Couverture en fréquence | 8-12 GHz (bande étroite) | 2-18 GHz (bande large) |
| Gestion des menaces | 4 émetteurs simultanés | 8+ émetteurs avec filtrage IA |
| Optimisation SWaP | Base (150 kg total) | Réduction de 20 % (120 kg) |
| Cibles d’intégration | MiG-29 UPG | MiG-29 + potentiel Tejas Mk1 |
| Partenaire industriel | BEL (fourniture initiale) | BEL (propriété intellectuelle complète, production en série) |
Pour le MiG-29, appareil robuste issu de la Guerre froide et disposant de plus de 1 200 heures de vol restantes après modernisation, l’intégration de la D-29 réinjecte une nouvelle vigueur dans les patrouilles du Ladakh et les opérations dans les îles Andaman. Elle permet de contrer les AWACS Erieye pakistanais et les KJ-500 chinois grâce à un brouillage à distance, tout en préservant la capacité supersonique de Mach 2,25 pour des frappes rapides. Toutefois, certains défis demeurent : la certification logicielle auprès de l’organisme CEMILAC pourrait durer jusqu’en 2027, tandis que les contraintes d’approvisionnement en semi-conducteurs GaN nécessitent le renforcement des capacités nationales, notamment à l’usine SCL de Mohali.