Le Royaume-Uni entretient des discussions de haut niveau avec le Danemark et la Suède concernant la possible acquisition de frégates Tipo 31 Arrowhead 140, que le chantier naval Babcock construira à Rosyth.
Cette évolution, rapportée par le Financial Times le 2 septembre 2025, s’inscrit dans un contexte de réalignement stratégique en Europe du Nord, où la surveillance de l’Arctique et de l’Atlantique Nord face à la Russie demeure une priorité pour l’OTAN. Elle fait suite à l’annonce récente d’un important contrat avec la Norvège pour l’achat de frégates anti-sous-marines Tipo 26, un accord qui garantit déjà une charge de travail aux chantiers de Glasgow pour la prochaine décennie.
Les négociations envisagent notamment une commande initiale danoise de trois frégates, avec une option de transfert progressif d’une partie de la construction vers des chantiers locaux après la livraison des premiers navires. De son côté, la Suède envisage l’achat de quatre unités, bien que Stockholm étudie également une offre concurrente française, ce qui complique la prise de décision. Une décision finale de l’Administration suédoise de matériel de défense est attendue avant la fin de l’année.
Parallèlement, la coopération industrielle entre Babcock et Saab, autour du développement des corvettes de classe Luleå, illustre la volonté suédoise de lier la modernisation navale à des partenariats ciblés. Avec l’accord conclu avec la Norvège, ces initiatives dessinent un cadre renforcé de coopération maritime sur le flanc nord de l’OTAN.
D’un point de vue technique, la frégate Tipo 31, également connue sous le nom de classe Inspiration, constitue la nouvelle frégate à usage général de la Royal Navy. Conçue pour remplacer les Tipo 23, elle met l’accent sur la flexibilité opérationnelle et la maîtrise des coûts. Le navire déplace environ 5 700 tonnes, mesure 138,7 mètres de long, peut atteindre une vitesse maximale de 26 nœuds et embarque une équipage de base d’environ 100 marins, avec des capacités d’hébergement supplémentaires pour 40 personnes.
Sa baie de mission de 119 m² peut accueillir jusqu’à six conteneurs ISO de 20 pieds, offrant une modularité adaptée aux besoins opérationnels. Les baies latérales permettent le déploiement de trois vedettes Pacific 24, utiles pour les opérations d’abordage, la lutte contre la contrebande ou les missions d’assistance maritime. La plate-forme hélicoptère et le hangar peuvent recevoir un Merlin ou un Wildcat, étendant les capacités de surveillance et de soutien du navire.
Le système de combat intègre la possibilité d’un lanceur vertical Mk 41, qui offre une architecture ouverte pouvant embarquer une large gamme de missiles : surface-air à moyenne et longue portée, missiles de croisière Tomahawk, ESSM et missiles anti-sous-marins à lancement vertical. Les options d’intégration sont modulables selon les besoins et délais du client. Le coût unitaire moyen estimé en 2023 s’élevait à environ 250 millions de livres sterling (287 millions d’euros), ce qui en fait une proposition attractive pour des marines en quête de frégates polyvalentes et maîtrisées en coûts d’acquisition.
Le cas danois souligne un cycle industriel particulier. L’Arrowhead 140, dérivé de la classe danoise Iver Huitfeldt conçue avec Odense Maritime Technology, a ensuite été repensé par Babcock pour la Royal Navy britannique et a depuis été exporté vers la Pologne et l’Indonésie. Une possible réintroduction de ce design dans la Marine royale danoise viendrait boucler la boucle, illustrant la diffusion des savoir-faire dans le nord de l’Europe et la pertinence des concepts de navires modulaires.
Pour le Royaume-Uni, ces contrats enrichissent un portefeuille d’exportations déjà en croissance, améliorent la visibilité internationale de ses chantiers navals et renforcent les liens politico-militaires avec ses alliés scandinaves.
Au-delà des aspects industriels, ces négociations traduisent un changement stratégique plus large. Le flanc nord de l’OTAN s’affirme comme un axe central de la coopération industrielle et opérationnelle. L’effet conjugué des programmes Tipo 26 et Tipo 31, ainsi que les projets de corvettes suédoises, traduit une répartition des rôles et des capacités destinée à consolider la puissance navale régionale face à la Russie, dans un contexte marqué par l’incertitude sur les garanties de sécurité américaines.
En somme, les échanges avec le Danemark et la Suède élargissent la stratégie exportatrice du Royaume-Uni, assurent une charge de travail pérenne aux chantiers écossais et contribuent au développement de l’interopérabilité navale en Europe du Nord autour de plateformes modernes, modulaires et évolutives.