Dans un tournant majeur pour les ambitions russes en matière d’exportation de défense, l’Algérie est devenue le premier client étranger du Su-57E, la version export du chasseur furtif de cinquième génération. Signé fin 2024 et confirmé par des fuites récentes, ce contrat illustre la volonté de Moscou d’internationaliser sa technologie aéronautique de pointe dans un contexte géopolitique en évolution. D’un montant proche de 1,6 milliard de dollars, l’accord porte sur 12 appareils, plaçant la puissance nord-africaine à l’avant-garde de la modernisation aérienne régionale. Tandis que l’Inde envisage des acquisitions similaires, cet exemple algérien offre une base tarifaire potentielle influençant les calculs stratégiques de New Delhi.
Le Su-57E constitue une version « améliorée » du Su-57 Felon russe, conçue pour le marché international avec des améliorations notables en avionique, fusion des capteurs et capacités de supercroisière. Développé par Sukhoi, ce chasseur affiche des caractéristiques furtives, des moteurs à poussée vectorielle et la capacité d’emporter des armes hypersoniques telles que le missile balistique air-sol Kinzhal. Contrairement à ses homologues occidentaux, comme le F-35, le Su-57E privilégie une polyvalence multirôle : supériorité aérienne, attaque au sol et guerre électronique, tout en restant suffisamment compact pour une utilisation éventuelle sur porte-avions.
Le contrat algérien, finalisé après des négociations débutées en novembre 2024, marque les débuts de l’exportation de ce chasseur avec des livraisons prévues fin 2025. Ce renforcement s’inscrit dans la continuité de la flotte algérienne, déjà équipée de Su-30MK et MiG-29 russes, et vise à renforcer la posture de dissuasion face à des rivaux régionaux comme le Maroc et la Libye. La structuration de l’accord reflète la stratégie d’exportation pragmatique de la Russie : un prix compétitif accompagné d’un soutien complet pour compenser les contraintes liées aux sanctions internationales.
Décomposition du prix de 1,6 milliard de dollars
Au cœur de cet accord se trouve un coût unitaire d’environ 130 millions de dollars par Su-57E, comprenant bien plus que l’appareil seul. Ce paquet « clés en main » inclut :
- Équipements associés : Baies internes d’armement équipées de missiles air-air R-77M, armes hypersoniques Kh-47M2 Kinzhal, munitions guidées de précision, ainsi que des points d’emport externes compatibles avec les armements plus anciens.
- Formation et logistique : Programmes de formation pour pilotes et personnels au sol dans des centres russes, simulateurs sophistiqués et contrat de maintenance pluriannuel pour garantir la disponibilité opérationnelle.
- Pièces de rechange et mises à jour : Stocks initiaux de moteurs, matériaux absorbant les ondes radar, mises à jour logicielles pour le radar AESA N036 Byelka et la suite de guerre électronique Irbis-E.
Cette approche globale justifie le coût unitaire élevé, considéré par les analystes comme une solution complète plutôt qu’un simple achat d’aéronef. Pour comparaison, le Su-57 de base est estimé à 50 millions de dollars sans compter cet écosystème de soutien. La valeur totale du contrat, avoisinant 1,6 milliard pour 12 avions, permet d’équiper une escadrille complète, déployable dès 2026.
Les documents de planification russe à l’origine de cette fuite tarifaire mettent en lumière la souplesse de Moscou dans les négociations. L’Algérie a ainsi bénéficié de remises volume et d’accords de compensation incluant une option d’assemblage local, garantissant un prix compétitif face à des modèles plus chers comme le Rafale ou le F-35.
Alors que l’Algérie consolide sa supériorité furtive, l’Inde se trouve à un moment crucial dans sa quête d’avions de cinquième génération. L’Indian Air Force (IAF), confrontée à des pénuries d’escadrons et à des menaces croissantes de la Chine et du Pakistan, a relancé en mai 2025 les discussions pour le Su-57E après un affrontement frontalier. Les négociations initiales envisagent la commande de 36 à 72 appareils directement auprès de l’usine de l’Oural, avec une ambition d’extension à 120-140 unités via une production sous licence chez Hindustan Aeronautics Limited (HAL) à Nashik.
Un achat « clé en main » en provenance de Russie pourrait reprendre les conditions économiques algériennes, avec une fourchette de prix proche de 130 millions de dollars l’unité. Cette équivalence découle des configurations standardisées pour l’export et de la volonté russe de renforcer les liens avec un partenaire stratégique : l’Inde absorbe historiquement plus de 60 % des exportations militaires russes. Contrairement au projet FGFA abandonné en 2018 pour des raisons liées au transfert de technologie, les discussions actuelles mettent l’accent sur l’intégration « Make in India ». Parmi les propositions, on trouve le remplacement du radar Byelka russe par des radars AESA à base de nitrure de gallium (GaN) comme l’Uttam, ainsi que le développement local de l’avionique et des moteurs.
Pour rendre l’offre plus attractive, la Russie propose un pack combinant Su-57E et Su-35M Flanker, fournissant une solution intermédiaire en attendant la maturation du futur monoréacteur AMCA. À 130 millions de dollars par avion, une commande de 36 Su-57E représenterait environ 4,7 milliards de dollars, un investissement important compensé par des transferts technologiques et des compensations dépassant 50 % de la valeur. Pour l’Inde, cet accord pourrait accélérer l’intégration du furtif dès 2028, devançant l’AMCA et répondant à la montée en puissance chinoise avec le J-20.
Néanmoins, certains défis restent à relever. L’exigence de New Delhi pour un transfert complet de technologies et la souveraineté des données pourrait élever le coût au-delà des standards algériens, tandis que les sanctions américaines sur l’aviation russe compliquent le financement. Malgré cela, le cas algérien prouve la viabilité du Su-57E comme un multiplicateur furtif abordable et performant.