Malgré les nombreuses rumeurs concernant l’éventuelle acquisition par le Pakistan du chasseur furtif avancé chinois J-35 (ou FC-31), des analystes estiment qu’un tel développement avant 2030 est hautement improbable. L’absence de contrat formel, le stade encore expérimental du J-35, ainsi que des enjeux géopolitiques majeurs, nourrissent le doute quant à la concrétisation de ce projet dans la décennie à venir.
Les premières spéculations sur le possible achat du J-35 par l’armée de l’air pakistanaise (PAF) sont apparues début 2024, après les déclarations du chef de la PAF, le maréchal de l’air Zaheer Ahmed Babar, affirmant que les bases pour acquérir le FC-31 – la version antérieure du J-35 – avaient été posées. En décembre 2024, les médias locaux ont intensifié ces rumeurs, évoquant un début de livraison imminent. Après le conflit bref mais tendu entre l’Inde et le Pakistan en mai 2025 (Opération Sindoor), ces informations ont été relayées par plusieurs sources internationales citant des officiels pakistanais anonymes annonçant une offre chinoise allant jusqu’à 40 appareils. Cependant, aucun accord officiel n’a été signé. En juin 2025, le ministre pakistanais de la Défense, Khawaja Asif, a qualifié ces échanges de « spéculations médiatiques », jetant une ombre sur la faisabilité du dossier.
Contrairement à d’autres coopérations militaires sino-pakistanaises comme le chasseur J-10C, les chars VT-4 ou les frégates Type 054, qui ont été marquées par des contrats publics, des photos de chantiers navals, ou des cérémonies officielles, le dossier J-35 manque de toute preuve tangible. Ce contraste soulève des interrogations chez les experts, certains évoquant un jeu stratégique plutôt qu’un véritable projet imminent.
Un obstacle majeur réside dans le statut même du J-35. Conçu comme un chasseur de cinquième génération doté de capacités furtives, d’avionique avancée et de soutes internes pour armements, le J-35 n’en est encore qu’au stade des prototypes, des essais en vol et des tests embarqués sur porte-avions en Chine. Bien que présenté publiquement au salon aéronautique de Zhuhai en novembre 2024, il n’est pas encore déployé en service opérationnel au sein de l’armée de l’air populaire (PLAAF) ou de la marine chinoise (PLAN). Les analystes estiment une entrée en service chinoise possible à la fin des années 2020, avec une variante export envisagée plus tard, repoussant toute livraison au Pakistan à la décennie 2030.
Le développement du J-35 fait face à plusieurs défis, notamment la maturation du moteur ainsi que l’intégration complexe pour une utilisation sur porte-avions. La tradition chinoise d’exporter ses systèmes d’armes uniquement après qu’ils aient prouvé leur efficacité dans sa propre armée ralentit également ce calendrier. Par exemple, le J-20, le chasseur furtif de pointe chinois, n’a jamais été proposé à l’export, traduisant la prudence de Pékin à partager ses technologies sensibles.
Par ailleurs, les considérations politiques et stratégiques influencent grandement la réticence chinoise à vendre le J-35 au Pakistan. Au-delà d’un simple avion de chasse, le J-35 représente un « paquet technologique sensible » intégrant furtivité avancée, avionique sophistiquée et systèmes d’armes modernes. Bien que le Pakistan soit le partenaire sécuritaire majeur de la Chine, ses liens militaires bilatéraux discrets avec les États-Unis – notamment durant l’administration Trump – suscitent des réserves à Pékin. Les États-Unis ont de longue date fourni des F-16 au Pakistan, ainsi que formations et échanges de renseignement, ce qui pose un risque potentiel d’exposition des technologies avancées chinoises à Washington, scénario que Pékin cherche à éviter.
Cette prudence transparaît dans la décision de ne pas ouvrir les exportations du J-20 et semble se poursuivre avec le J-35, malgré son profil annoncé « prêt pour l’export ». Les analystes soulignent que Pékin redoute les conséquences géopolitiques d’un transfert de cette technologie au Pakistan, notamment un durcissement indien, un possible renforcement des achats indiens de systèmes russes (Su-57) ou américains (F-35) et un alignement stratégique accru de New Delhi avec l’Occident, autant de situations que la Chine veut empêcher.
Le rebondissement médiatique autour d’un hypothétique contrat J-35, particulièrement amplifié après l’Opération Sindoor, constitue une forme de communication stratégique. En suggérant l’acquisition de chasseurs furtifs de cinquième génération, la Chine et le Pakistan cherchent à afficher une image de parité technologique face à l’Inde, qui ne dispose pas encore d’appareil furtif opérationnel. Le programme indien AMCA (Advanced Medium Combat Aircraft), un chasseur de cinquième génération domestique, ne devrait être opérationnel qu’à l’horizon 2035, offrant au Pakistan une fenêtre potentielle d’avantage aérien en cas de réception du J-35. Néanmoins, l’absence de contrat concret et la précarité économique pakistanaise – dépendante du FMI et de la Banque mondiale – rendent la réalisation de ce projet incertaine.
Les difficultés financières du Pakistan compliquent encore ce dossier. Bien que le budget de la défense ait augmenté de 20 % pour atteindre 2,5 trillions PKR (~14 milliards d’euros), la crise économique grave met en question la capacité à financer une acquisition au coût élevé comme celle du J-35. Certains évoquent des conditions de prêts avantageuses proposées par la Chine, mais l’endettement croissant du Pakistan envers Pékin pourrait rendre une telle opération insoutenable. Ainsi, Islamabad pourrait être contraint de prioriser d’autres programmes de modernisation, tels que le J-10CE ou les améliorations des flottes existantes de F-16 et JF-17.