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L’Algérie prévoit d’atteindre un budget militaire record de 21,5 milliards d’euros, en lien avec une modernisation soutenue de ses forces armées et un contexte régional marqué par des tensions sécuritaires. Cette ambitieuse montée en puissance s’inscrit dans un contexte géopolitique africain et méditerranéen complexe.

Selon un rapport du parlement français, la modernisation des forces armées algériennes a permis le développement de capacités offensives notables en haute mer, notamment concentrées autour de la base navale stratégique de Mers El Kébir. L’Algérie dispose désormais d’une puissance d’attaque en profondeur, pouvant atteindre même le continent européen, grâce à une flotte de six sous-marins de classe Kilo équipés de missiles de croisière SS-N-30 Kalibr, ainsi qu’à des avions de chasse Su-30MKA et Mig-25PDA. Le pays s’est également doté de capacités de tir quasi-balistiques illustrées par la présence du missile tactique SS-26 Iskander. Par ailleurs, ses moyens de déni d’accès et d’interdiction dans la région du bassin méditerranéen occidental reposent sur des systèmes avancés de défense antiaérienne S-300 et S-400, complétés par des dispositifs de guerre électronique.

En 2022, le ministère algérien de la Défense disposait d’un budget d’environ 9,8 milliards d’euros, soit 6,5 % du PIB. Ce niveau de financement faisait de l’Algérie le pays africain avec les dépenses militaires les plus élevées, loin devant le Nigeria (5,9 milliards d’euros), le Maroc (5,4 milliards) et l’Égypte (4,3 milliards).

Depuis, Alger a renforcé ses efforts en matière de défense, avec une projection de quasi-doublement du budget militaire d’ici à 2032. L’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI) souligne que cet effort sans précédent s’explique en grande partie par une augmentation substantielle des recettes liées aux exportations de gaz vers l’Europe, qui cherche à réduire sa dépendance aux approvisionnements russes.

Cette hausse majeure du budget militaire algérien, évaluée à +76 % par le SIPRI, est également motivée par les tensions persistantes avec le Maroc au sujet du Sahara occidental, ainsi que par la modernisation rapide des capacités militaires marocaines, incluant l’acquisition d’hélicoptères d’attaque AH-64E Apache, de chasseurs F-16 Viper, d’obusiers CAESAr, de drones et de moyens d’attaque en profondeur.

Un autre facteur explicatif pourrait être la révision constitutionnelle d’Alger de novembre 2020, qui autorise désormais l’armée algérienne à intervenir au-delà de ses frontières pour participer à des opérations de maintien de la paix.

Sur le plan matériel, les forces algériennes ont récemment reçu leurs premiers chasseurs Su-35 Flanker E et seraient en préparation pour réceptionner des bombardiers tactiques Su-34 Fullback. Des documents russes fuités ont également confirmé une commande de chasseurs-bombardiers Su-57E Felon destinée à l’Algérie. Par ailleurs, Alger a annoncé en décembre dernier la production sous licence chinoise de corvettes de type 056A.

La volonté algérienne de poursuivre cette dynamique se manifeste dans le projet de loi de finances pour 2026, présenté la semaine dernière, qui prévoit une nouvelle augmentation du budget militaire, attendu à plus de 21,5 milliards d’euros, tandis que le budget national global serait porté à 116,5 milliards d’euros.

La presse algérienne justifie cet accroissement des dépenses par la dégradation de la sécurité dans les pays voisins. Outre les tensions avec le Maroc, l’Algérie reste vigilante face à l’instabilité dans la région du Sahel. Parallèlement, les relations d’Alger avec certains États sahéliens, comme le Mali, connaissent un refroidissement malgré des liens solides avec Moscou et Pékin.

« Les frontières au sud du Sahara représentent une menace majeure pour la sécurité algérienne depuis au moins une décennie », résume Le Matin d’Algérie, en rappelant plusieurs causes identifiées par les experts : l’instabilité politique de certains États, la prolifération de groupes extrémistes, le trafic d’armes et de drogue, ainsi que l’intense activité des réseaux de migration clandestine.