Le gouvernement allemand dément être au courant de toute livraison de missiles Patriot à l’Ukraine, selon une déclaration officielle de Berlin. « Je ne peux pas confirmer que quelque chose soit en cours actuellement. Je n’en ai pas connaissance », a déclaré un porte-parole du ministère allemand de la Défense le 17 juillet.
Cette déclaration intervient après les annonces du 16 juillet selon lesquelles les premiers missiles Patriot auraient déjà été expédiés en Ukraine. Lors d’une conférence de presse à la base aérienne d’Andrews, le président américain a confirmé que les livraisons étaient en cours, précisant : « Ils viennent d’Allemagne, puis l’Allemagne les remplace. Dans tous les cas, les États-Unis sont totalement remboursés ».
Ces échanges illustrent une certaine divergence d’informations entre Berlin et Washington. Plusieurs explications sont possibles : les missiles auraient peut-être été fournis par d’autres pays de l’OTAN plutôt que directement par l’Allemagne, ou encore une information retardée au sein du gouvernement allemand. Par ailleurs, les livraisons de Patriot s’inscrivent dans une coordination complexe entre plusieurs alliés, ce qui pourrait expliquer ce flou.
Face aux attaques aériennes intenses menées par la Russie, les systèmes Patriot restent essentiels pour la défense ukrainienne. Les États-Unis et leurs alliés de l’OTAN, dont l’Allemagne, discutent activement de l’envoi d’équipements supplémentaires. Après une pause due à des préoccupations concernant leurs propres stocks, les États-Unis ont repris en juillet 2025 leurs livraisons d’armement à l’Ukraine.
Une réunion virtuelle du groupe de contact sur la défense ukrainienne est prévue le 21 juillet 2025 afin de préciser les modalités liées aux livraisons des systèmes Patriot, ce qui devrait permettre de clarifier le rôle respectif de l’Allemagne et des autres pays impliqués.
Il convient de rappeler qu’en mai 2025, l’Allemagne envisageait d’envoyer des missiles PAC-2 plus anciens pour ses systèmes Patriot, moins performants contre les missiles balistiques comparés aux versions plus récentes PAC-3.
Ces systèmes américains Patriot jouent un rôle clé dans la stratégie défensive de Kyiv en offrant une protection contre des vagues de drones, missiles de croisière et menaces balistiques, contribuant à la défense des civils, des infrastructures militaires stratégiques et du réseau énergétique ukrainien, régulièrement visé dans la campagne russe.
Le système Patriot, désigné MIM-104 au sein de l’armée américaine, est une référence mondiale en matière de défense aérienne et antimissile, développé par Raytheon, aujourd’hui RTX Corporation. Conçu à l’origine dans les années 1960 pour remplacer les anciens systèmes Nike Hercules et Hawk, il constitue un pilier central de la protection aérienne des États-Unis et de plusieurs alliés.
Destiné à protéger des centres administratifs, bases militaires et infrastructures critiques, le Patriot est capable d’intercepter une large gamme de menaces aériennes, des avions aux missiles de croisière, en passant par les missiles balistiques tactiques. Son radar AN/MPQ-53, ou dans ses versions ultérieures l’AN/MPQ-65, permet une surveillance simultanée de plusieurs cibles et une guidance précise des missiles, même face à des contre-mesures électroniques intenses.
Le système repose sur une architecture sophistiquée nécessitant environ 90 opérateurs par batterie, composée généralement de cinq à huit lanceurs. Chaque lanceur peut tirer des missiles PAC-2 ou PAC-3, selon la configuration choisie. Le guidage combiné comprend un suivi radio en phase de milieu de vol et la technologie « track-via-missile » lors de la phase finale, assurant une haute précision d’interception.
Les missiles principaux employés sont le PAC-2 et le PAC-3. Le PAC-2, introduit dans les années 1980, est conçu pour détruire avions et missiles de croisière à une distance allant jusqu’à 160 km. Il utilise une ogive à fragmentation explosive déclenchée à proximité de la cible pour la neutraliser. Avec une vitesse atteignant Mach 4,1, il ajuste sa trajectoire grâce à une tête radar, efficace contre les cibles aérodynamiques mais limité contre les missiles balistiques.
Le PAC-3, lancé en 2001, marque une avancée majeure avec sa technologie « hit-to-kill », qui élimine la cible par collision directe plutôt que par explosion proche, ce qui lui confère une efficacité notable contre les missiles balistiques, souvent très rapides et à trajectoires complexes. Plus petit (environ 5,3 mètres de long), il a une portée plus courte (jusqu’à 40 km) mais une précision accrue. La version améliorée PAC-3 MSE, arrivée en 2018, offre une portée étendue à 50 km grâce à un moteur à double impulsion et augmente la capacité à contrer des menaces plus sophistiquées comme les missiles balistiques de portée intermédiaire.
Le lanceur M903, utilisé avec le PAC-3, peut transporter jusqu’à 16 missiles, contre 4 pour le PAC-2, permettant une flexibilité plus grande dans le déploiement et la saturation des défenses.
Si le PAC-2 reste un missile polyvalent, optimisé pour les cibles plus larges comme les avions et missiles de croisière, le PAC-3 est spécialisé dans la défense antimissile avec un focus sur la précision et la neutralisation des missiles balistiques. Cette efficacité se paie au prix fort : un tir de PAC-3 coûte environ 3 millions de dollars.
Sur le terrain, la probabilité d’interception d’un avion avec un seul missile Patriot est généralement comprise entre 80 et 90 %, tandis que pour un missile balistique tactique, elle varie entre 60 et 80 % avec le PAC-3, et est plus faible avec le PAC-2.
Le système fonctionne en coopération avec des capteurs externes comme des satellites ou des avions AWACS pour la détection précoce des menaces, particulièrement les missiles balistiques, s’intégrant ainsi dans un réseau de défense aérienne étendu.
Dans le contexte ukrainien, où les attaques russes sur les infrastructures civiles et militaires sont incessantes, les systèmes Patriot offrent un avantage technologique majeur. Ils permettent à Kyiv de riposter contre des assauts sophistiqués et de maintenir une stabilité opérationnelle où la maîtrise de l’espace aérien est un enjeu décisif.
Récemment, le président américain a annoncé des négociations avec un opérateur Patriot pour la fourniture de 17 systèmes, vraisemblablement des lanceurs. Le pays d’origine n’a pas été précisé.
Malgré les dénégations du gouvernement allemand quant à l’imminence des livraisons, le commandant militaire de l’OTAN, le général Grynkewich, a indiqué qu’une préparation était en cours pour transférer des systèmes Patriot supplémentaires en Ukraine, en collaboration étroite avec l’Allemagne, et que le processus devait être accéléré.
Face à l’escalade des attaques aériennes russes, les Patriots constituent une réponse technologique essentielle. Leur rôle symbolise l’importance d’une supériorité technologique croissante dans la défense contre des menaces aériennes toujours plus complexes.