En mars dernier, le Bundestag, la chambre basse du Parlement allemand, a approuvé la suppression du « frein à la dette », une règle qui encadrait jusqu’alors la rigueur budgétaire à Berlin. Cette réforme offre à la coalition dirigée par le chancelier Friedrich Merz la marge de manœuvre nécessaire pour mobiliser d’importants financements et accroître de manière significative le budget des forces armées allemandes (Bundeswehr).
À l’instar d’Olaf Scholz, son prédécesseur, Friedrich Merz ambitionne de doter l’Allemagne de « la force militaire conventionnelle la plus redoutable d’Europe ». Pour y parvenir, il souhaite s’inspirer de l’exemple polonais, pays partageant cette volonté et qui consacre actuellement 5 % de son PIB à ses dépenses de défense. La Pologne a renforcé son arsenal avec l’acquisition de 1 366 chars de combat — dont 1 000 K2PL sud-coréens et 366 M1A2 Abrams américains —, 672 obusiers K9 Thunder, plusieurs centaines de systèmes de lance-roquettes multiples tels que le K239 Chunmoo et le M142 HIMARS, ainsi que 96 hélicoptères d’attaque AH-64E Apache/Guardian.
Le 28 juin, les autorités allemandes ont annoncé qu’elles dépenseraient cette année un montant record de 95 milliards d’euros pour leur budget de défense. Sur cette somme, 24 milliards d’euros proviendront du fonds spécial créé en 2022 pour moderniser la Bundeswehr, financé par emprunt. Une part significative, environ 9 milliards d’euros, sera directement allouée à l’aide à l’Ukraine. Ce plan s’inscrit dans une stratégie à plus long terme : d’ici 2029, Berlin prévoit d’augmenter ses dépenses militaires jusqu’à 153 milliards d’euros, soit 3,5 % de son produit intérieur brut, conformément aux engagements pris lors du dernier sommet de l’OTAN.
Par ailleurs, la Bundeswehr pourra non seulement moderniser son équipement, mais aussi renforcer considérablement son potentiel militaire. Cette nécessité découle des exigences de l’OTAN, qui demande à l’Allemagne de former sept nouvelles brigades supplémentaires, soit environ 40 000 soldats à équiper avec du matériel moderne.
Dans ce contexte, selon Bloomberg, l’armée de terre allemande (le Heer), qui dispose actuellement d’un peu plus de 300 chars Leopard 2, pourrait en acquérir près de 1 000 supplémentaires. Berlin envisage l’achat de la dernière version, le Leopard 2A8, voire des futurs modèles connus sous les noms de Leopard 2AX (ou Leopard 3), dont les premiers contrats de développement ont été signés en janvier dernier.
Le ministère allemand de la Défense prévoit également d’acquérir 2 500 véhicules blindés de combat d’infanterie Boxer, produits par le consortium ARTEC, regroupant KNDS Deutschland et Rheinmetall. Le budget global estimé pour l’achat des chars Leopard et des véhicules Boxer avoisine les 25 milliards d’euros. Ce vaste programme d’armement pourrait être soumis à l’approbation du Bundestag avant la fin de l’année.