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L’Allemagne vient de signer un contrat-cadre d’une valeur de 2 milliards d’euros avec EuroSpike, le consortium européen commercialisant la famille de missiles Spike de Rafael. Ce contrat, conclu via l’Agence de soutien et d’acquisitions de l’OTAN (NSPA), traduit la volonté de Berlin de reconstituer ses capacités antichars et d’assurer une production de défense stable à long terme, après plusieurs années d’investissements jugés insuffisants.

Ce contrat comprend la livraison de missiles ainsi que le support complet sur toute leur durée de vie, incluant la formation des utilisateurs et la fourniture de la documentation technique, faisant de cette attribution l’une des plus importantes récemment obtenues par la NSPA. Il intervient par ailleurs dans un contexte où les acquisitions allemandes auprès de fournisseurs israéliens ont déjà connu une hausse notable, soulignant l’urgence de reconstituer les stocks de missiles antichars après une période de sous-investissement.

Au cœur de ce programme se trouve le système MELLS, le nom donné par la Bundeswehr au Spike LR/LR2. Le Spike LR2 est un missile guidé par fibre optique de cinquième génération offrant un rayon d’action de 5,5 km au sol et pouvant atteindre jusqu’à 10 km lorsqu’il est lancé depuis un hélicoptère. Son détecteur électro-optique double combine un canal infrarouge thermique non refroidi avec un capteur diurne haute résolution, permettant différents modes de tir incluant la technique tir et oubli, le tir-observation-mise à jour ainsi que le tir sur coordonnées.

Les opérateurs peuvent transférer les cibles, réorienter le missile en vol et réaliser des profils d’attaque supérieure ou directe contre blindés, ouvrages fortifiés et navires légers. Le missile dispose de plusieurs options de charge militaire, notamment une ogive tandem HEAT conçue pour percer l’armure réactive, ainsi qu’une variante multiusage à fragmentation explosive adaptée aux combats en milieu urbain. Pesant environ 13,4 kg, le missile peut être décomposé pour un transport facilité par les troupes.

L’Allemagne déploie le système MELLS au sein de ses unités d’infanterie et a intégré le lanceur sur le véhicule blindé de combat d’infanterie Puma dans le cadre de sa modernisation S1, rétablissant ainsi une capacité antichar fiable au niveau section. Avec les précédents contrats, la Bundeswehr avait financé l’installation de MELLS sur les Pumas destinés à la Force à Très Haute Disponibilité (VJTF) de l’OTAN et lancé un vaste programme de modernisation de toute la flotte. Cette nouvelle commande de Spike LR2 vient étendre cette initiative en combinant le montage sur véhicules avec un usage déployé sur trépieds, véhicules légers et hélicoptères, offrant une capacité de combat en couches entre 0 et plus de 5 kilomètres.

Le guidage par fibre optique assure aux tireurs un contrôle continu pour affiner la visée, vérifier les dommages collatéraux et interrompre le missile si des civils apparaissent dans le champ du chercheur. La détection multispectrale et l’immunité du missile face aux brouillages GPS sont cruciales dans un environnement européen où la guerre électronique est omniprésente. Par ailleurs, la compatibilité au sein de la famille Spike facilite la maintenance, tout en donnant à l’Allemagne accès à une large communauté d’utilisateurs pour la formation, les données d’essai et les mises à jour rapides.

Le Commissaire parlementaire aux forces armées allemandes a souligné à plusieurs reprises les pénuries de munitions et d’équipements, même après la mise en place du fonds spécial « Zeitenwende » de 100 milliards d’euros. Les stocks consommés par les exercices d’entraînement et les transferts vers les alliés doivent être reconstitués, tandis que les unités déployées sur le flanc est de l’OTAN nécessitent une proportion plus élevée de lanceurs par missile pour pouvoir soutenir des opérations prolongées. Le cadre multianual proposé par la NSPA permet de simplifier les acquisitions et d’apporter une stabilité à la production industrielle, à un moment où la cadence de livraison devient un facteur stratégique clé.

EuroSpike est détenu à 80 % par les groupes allemands Rheinmetall et Diehl, et à 20 % par Rafael via une holding néerlandaise, ce qui assure une production européenne tout en contournant les restrictions allemandes sur les exportations directes vers Israël. Ce montage, associé à l’appui de la NSPA, offre une voie efficace pour renforcer les stocks européens sans relancer de débats sensibles au sein des parlements nationaux.

Plus largement, cette commande s’inscrit dans la politique de réarmement allemande post-2022 et dans l’effort de l’OTAN visant à renforcer la défense de son flanc nord-est face aux menaces accrues depuis l’invasion russe de l’Ukraine.