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L’Allemagne prépare une importante extension de sa flotte de véhicules blindés Puma, visant à renforcer sa position de leader européen en matière de défense terrestre. Ce renouvellement s’inscrit dans une stratégie globale d’accroissement des capacités militaires et de modernisation des forces armées, avec un programme ambitieux couvrant jusqu’en 2035. Le projet prévoit la livraison de plus de 1 000 exemplaires, standardisant ainsi les brigades blindées lourdes et assurant une réserve opérationnelle conséquente.

Selon un rapport de planification confidentiel, l’armée allemande projette d’acquérir 662 nouveaux véhicules de combat d’infanterie (VCI) Puma, accompagnés de 25 variantes destinées à la formation des conducteurs, pour un coût estimé proche de 14 milliards d’euros. Si ce plan est validé par le Parlement, la flotte totale pourrait atteindre environ 1 087 exemplaires, permettant d’équiper plusieurs bataillons mécanisés au sein de brigades lourdes, ainsi qu’une importante capacité de réserve.

Le Puma est désormais au cœur de la doctrine de combat mécanisé allemande. Ce VCI est armé d’un canon principal Rheinmetall MK30-2/ABM de 30×173 mm, doté d’un système à double alimentation et de munitions programmables air-burst, lui assurant une efficacité en combat contre cibles terrestres et aériennes à basse altitude, avec une portée pratique d’environ 3 000 mètres.

Le véhicule embarque une équipe de trois membres d’équipage et six fantassins. Il est équipé en version allemande du système de missiles antichars Spike LR (MELLS), qui offre une capacité antiblindage au-delà de la ligne de vue directe. Sa mobilité est assurée par un moteur diesel MTU série 892 d’une puissance d’environ 800 kW (1 088 chevaux), garantissant une vitesse maximale proche de 70 km/h et une autonomie de 650 km, même avec un blindage renforcé.

Le Puma S1 intègre des améliorations notables en matière d’optronique et de numérisation. Il dispose notamment de deux écrans optroniques pour l’équipage, d’une caméra de recul et de quatre caméras arrière, améliorant la conscience situationnelle. Un système de protection nucléaire, biologique et chimique (NBC) assure la survie de l’équipage dans des environnements contaminés.

Le canon MK30-2/ABM fonctionne avec des munitions duales combinant des projectiles KETF programmables et des APFSDS-T, permettant d’engager efficacement des troupes protégées, des blindés légers et des drones sans nécessité de changer de type de munitions. La tourelle téléopérée embarque aussi une mitrailleuse coaxiale MG4, huit lanceurs de fumée et deux lanceurs latéraux pour missiles MELLS, avec une portée opérationnelle de 4 à 5,5 km selon les conditions.

Le blindage du Puma est modulaire et évolutif, combinant des plaques passives et des kits additionnels au niveau de protection C, ce qui porte le poids du véhicule à environ 43 tonnes, sans compromettre sa capacité de transport ferroviaire grâce à des jupes latérales articulées. En configuration plus légère (niveau A, environ 31,45 tonnes), il peut être transporté par avion A400M après retrait des modules latéraux. Le système de protection active (APS) MUSS complète les capacités défensives en perturbant les missiles guidés.

Les bataillons équipés de Puma, en coordination avec les chars principaux Leopard 2, forment des brigades lourdes capables de manœuvrer en mode EMCON (émissions radio contrôlées), utilisant des systèmes de visée thermique stabilisée et un système de commandement et contrôle (C2) en réseau pour partager une image opérationnelle commune (COP) et gérer les signatures tactiques.

Avec environ huit à neuf brigades lourdes formées sur ce schéma – en supposant deux bataillons mécanisés par brigade –, cette modernisation soutient aussi la déploiement permanent de la 45e brigade blindée en Lituanie, sous commandement de la 10e division blindée, dont la pleine capacité opérationnelle est prévue pour 2027.

La flotte Puma s’inscrit dans un dispositif plus large, comprenant entre autres :

  • 561 tourelles Skyranger 30, dédiées à la défense rapprochée et aux missions antidrone,
  • 14 systèmes IRIS-T SLM offrant une défense aérienne sol-air de moyenne portée, avec 396 missiles SLM et 300 missiles IRIS-T de courte portée,
  • une flotte de drones performants, dont des Heron TP, une douzaine de LUNA NG et quatre drones navals UMAWS, complétés par des réserves de munitions et des programmes de formation et maintenance.

La tourelle Skyranger 30 est un système SHORAD (Short Range Air Defense) mobile, équipé d’un canon à tir rapide Oerlikon KCE de 30×173 mm à cadence de 1 200 coups par minute, projetant des munitions programmables à effraction aérienne efficaces jusqu’à 3 km. Son radar AESA 3D panoramique, ses capteurs infrarouges stabilisés et le système de commandement Skymaster assurent une défense rapprochée robuste contre les menaces aériennes et drone. Elle peut embarquer deux missiles anti-aériens supplémentaires pour étendre la portée à environ 6 km.

Le système IRIS-T SLM, quant à lui, constitue une défense de moyenne portée intégrale capable de neutraliser aéronefs, hélicoptères, missiles de croisière et drones. Chaque batterie comprend un lanceur sur camion MAN 8×8 avec huit missiles en prêt à tirer, un radar multifonction HENSOLDT TRML-4D avec une portée de détection jusqu’à 120 km et un centre opérationnel tactique Airbus IBMS-FS. Les missiles combinent guidage radar, correction inertielle par satellite et tête chercheuse infrarouge, avec une portée maximale d’environ 40 km.

La combinaison Skyranger 30 / IRIS-T SLM comble la gamme entre les courtes et moyennes portées, offrant une défense mobile, interopérable et stratifiée, capable de contrer les nuées de drones, les munitions à effet retardé et les missiles de croisière visant les brigades lourdes, les dépôts et les centres de commandement (C2).

Outre ces programmes nationaux massifs, le rapport indique également environ 25 projets liés à des coopérations à l’étranger, représentant environ 14 milliards d’euros – soit moins de 5 % du budget global – mais couvrant des capacités stratégiques essentielles.

Parmi eux figurent :

  • l’extension possible de la flotte de chasseurs F-35 à 15 appareils, notamment pour des missions de partage nucléaire,
  • l’acquisition de 400 missiles de croisière Tomahawk Block Vb avec trois lanceurs Typhon, offrant une portée d’attaque d’environ 2 000 km,
  • et l’achat de quatre avions de patrouille maritime P-8A Poseidon pour un montant d’environ 1,8 milliard d’euros.

Ces programmes, soumis aux procédures d’exportation militaire, dépendent du soutien et des autorisations américaines. En revanche, les systèmes terrestres principaux – comme le Puma, le Boxer, les munitions et les capteurs – restent largement produits et maintenus en Allemagne.

Stratégiquement, cette modernisation place l’Allemagne en tant que pivot logistique avancé de l’OTAN face à la Russie, combinant capacité de feu profond, guerre électronique et saturation rentable par drones. En contexte ukrainien, la menace combinée de munitions à effet retardé, drones FPV et missiles de croisière ou balistiques opérant depuis les zones A2/AD autour de Kaliningrad pèse sur les infrastructures clés allemandes : gares de triage, dépôts de munition, ports de la mer du Nord et centres de commandement.

Les capacités développées répondent spécifiquement à ces menaces :

  • le Skyranger 30 couvre le très court rayon contre les menaces furtives et par essaims,
  • l’IRIS-T SLM neutralise les drones plus lourds, missiles de croisière et aéronefs hostiles sur moyenne distance,
  • et les brigades lourdes articulées autour du Puma, opérant en mode silencieux et partagées dans une image opérationnelle commune, assurent la protection des axes logistiques et la manœuvre contre des tentatives de disruption ennemies.

Le résultat est la constitution d’une défense aérienne stratifiée, mobile et renouvelable, parfaitement alignée avec les scénarios de défense régionaux de l’OTAN. Cette architecture devra aussi intégrer la lutte contre les cyberattaques et les brouillages électroniques visant à ralentir les opérations avant les contacts au sol.

Erwan Halna du Fretay