Dans une proposition audacieuse et prospective, l’amiral Arun Prakash, ancien chef de la Marine indienne, a recommandé de fusionner les programmes de l’Advanced Medium Combat Aircraft (AMCA) et du Twin Engine Deck-Based Fighter (TEDBF) en un effort unifié sous une Exigence Qualitative Commune interarmées (JSQR) pour un AMCA navalisé (N-AMCA). Cette initiative, formulée en réponse aux besoins en évolution de la défense indienne, vise à rationaliser les ressources, renforcer la synergie interarmées et relancer un projet TEDBF qui peine à se concrétiser.
L’AMCA est un chasseur multirôle furtif de cinquième génération, bimoteur de 25 tonnes, développé par l’Aeronautical Development Agency (ADA) sous l’égide du Defence Research and Development Organisation (DRDO). Conçu principalement pour l’Indian Air Force (IAF), il doit remplacer des plateformes vieillissantes comme le Sukhoi Su-30MKI, le Mirage 2000 et le Jaguar. Cet appareil dispose de caractéristiques avancées telles qu’une faible signature radar, la capacité de supercroisière, des soutes internes pour les armements et des systèmes avioniques pilotés par intelligence artificielle. Son entrée en service est prévue autour de 2034-2035. L’IAF projette d’en déployer 120 à 150 exemplaires répartis sur sept escadrons. Une version navale (N-AMCA) est également envisagée pour équiper les futurs porte-avions, notamment l’Indigenous Aircraft Carrier-2 (IAC-2).
Par opposition, le TEDBF, développé conjointement par ADA et Hindustan Aeronautics Limited (HAL), est un chasseur multirôle bimoteur de 26 tonnes de génération 4,5, destiné aux opérations embarquées sur porte-avions. Il doit remplacer la flotte vieillissante de MiG-29K de la Marine indienne. Adapté aux opérations STOBAR (décollage court assisté par une raquette et appontage), sur les navires INS Vikramaditya et INS Vikrant, il présente une configuration aile delta à canards, des ailes repliables et est motorisé par des GE F414. Son rayon d’action varie entre 800 et 900 km, avec douze points d’emport pour des armes telles que les missiles BrahMos et à longue portée (BVR). Toutefois, ce programme rencontre des difficultés, notamment le faible intérêt de l’IAF pour sa version terrestre, l’Omni-Role Combat Aircraft (ORCA), et des commandes insuffisantes pour justifier un coût de développement estimé à environ 14 000 crores de roupies indiennes.
L’amiral Prakash souligne que la viabilité du TEDBF est compromise par son coût élevé et par la demande limitée de la Marine, estimée entre 80 et 145 appareils, ce qui ne permettrait pas d’atteindre les économies d’échelle nécessaires. Il propose donc de fusionner TEDBF et AMCA en un programme commun N-AMCA, piloté par une JSQR intégrant les besoins de l’IAF et de la Marine. Cette démarche pourrait résoudre les difficultés du TEDBF tout en fournissant une plateforme de pointe aux deux forces.
Les avantages d’un programme N-AMCA commun
Un programme unifié N-AMCA offre plusieurs bénéfices stratégiques et opérationnels :
- Efficacité économique et économies d’échelle : La consolidation des programmes AMCA et TEDBF permettrait de mutualiser les ressources et de réduire les coûts redondants de recherche et développement. Le ministère de la Défense évalue qu’un volume de commande supérieur à 200 appareils est nécessaire pour assurer la viabilité financière, un objectif atteignable en combinant les 120-150 AMCA de l’IAF avec les 45-145 N-AMCA de la Marine. L’utilisation de composants communs, tels que les moteurs GE F414 dans un premier temps, et des Line Replaceable Units (LRU) partagés, simplifierait la logistique et diminuerait les coûts de maintenance.
- Synergie technologique : Les caractéristiques de cinquième génération de l’AMCA — furtivité, supercroisière et avionique avancée — pourraient être adaptées aux opérations navales, offrant ainsi des capacités supérieures à la conception 4,5 génération du TEDBF. Une version navale de l’AMCA optimisée pour les porte-avions CATOBAR (Catapult Assisted Take-Off But Arrested Recovery) comme l’INS Vishal évitera les compromis liés aux opérations STOBAR, tels que le surpoids et la perte de furtivité. Le partage des suites avioniques et des capteurs accélérerait le développement et l’intégration.
- Alignement stratégique : Face aux avancées de la Marine chinoise et à l’apparition de chasseurs avancés comme le J-35, ainsi qu’à l’expansion de la présence chinoise dans l’océan Indien, l’Inde a besoin d’une réponse solide. Un N-AMCA de cinquième génération fournirait à la Marine une plateforme furtive multirôle capable d’assurer la supériorité aérienne, les frappes au sol et la guerre électronique, garantissant la parité technologique. L’IAF, confrontée à un déficit en effectifs d’escadrons (31 contre 42,5 autorisés), bénéficierait également d’un chasseur polyvalent pour répondre aux menaces régionales.
Relance du TEDBF : Le programme TEDBF pâtit du recentrage de l’IAF sur l’AMCA et le Tejas Mk2, avec des hauts responsables considérant que l’ORCA est redondant. L’intégration du TEDBF dans le N-AMCA permettrait de capitaliser sur les travaux déjà réalisés, notamment la compatibilité porte-avions dérivée du Naval LCA, tout en s’inscrivant dans la feuille de route de l’IAF pour la cinquième génération, assurant ainsi la pérennité du projet.
Autonomie stratégique : Ce programme commun est en parfaite cohérence avec les initiatives « Atmanirbhar Bharat » (Inde autosuffisante) et « Make in India ». En favorisant des partenariats public-privé, notamment avec HAL, Tata et L&T, le N-AMCA pourrait atteindre un taux d’intégration locale de 70 à 80 %, réduisant la dépendance à des plateformes étrangères telles que le Rafale-M ou le F/A-18 Super Hornet.