La Russie a officiellement lancé la production en série de son chasseur furtif de cinquième génération Su-57, renforçant ainsi ses capacités de supériorité aérienne face aux forces occidentales dans un contexte de rivalité mondiale croissante.
Cette avancée marque un tournant décisif pour les Forces aérospatiales russes, qui misent sur des technologies avancées de faible détectabilité, une létalité multifonctionnelle et des performances élevées en combat, avec une forte capacité de survie face à des menaces similaires.
L’annonce fin octobre 2025 indique l’entrée officielle de la Russie dans une phase de fabrication durable de chasseurs de cinquième génération, après des années marquées par des acquisitions limitées et une production restreinte de petits lots initiaux.
Ce jalon s’inscrit dans le cadre d’une vaste campagne de modernisation menée par Moscou, visant à maintenir son armée équipée pour contrer les capacités aériennes croissantes de l’OTAN, dans une période de tension géopolitique accrue exacerbée notamment par la guerre en Ukraine et l’escalade de rivalités Est-Ouest.
La Société aéronautique unifiée (UAC) a confirmé que sa chaîne de production de chasseurs furtifs fonctionnera désormais à plein régime, avec une livraison prévue de 76 Su-57 d’ici 2027, conformément à un contrat étatique pluriannuel signé en 2019.
L’importance de cette commande fait du Su-57 la pièce maîtresse de la future stratégie russe de domination aérienne, chargé de rivaliser directement avec les flottes américaines de F-22 Raptor et F-35 Lightning II dans des espaces aériens contestés.
Parallèlement, la Russie développe le Su-75 Checkmate, un chasseur plus léger et moins coûteux, destiné à compléter la gamme de cinquième génération tout en élargissant ses opportunités d’exportation. Ce projet vise à concurrencer les ventes d’appareils occidentaux et à renforcer l’influence diplomatique de Moscou dans le secteur de la défense.
Cette montée en cadence de la production du Su-57 illustre également la volonté russe d’affirmer son indépendance technologique et de résister aux sanctions occidentales visant à affaiblir sa base industrielle aérospatiale, intensifiant ainsi la compétition internationale dans le domaine de l’aviation furtive.
Historique du Su-57 : de sa conception à une plateforme de combat fiable
Le Su-57, désigné Felon par l’OTAN, est issu du programme PAK FA lancé en 1999 afin de créer le premier chasseur russe capable de rivaliser avec les appareils furtifs américains et alliés.
Les ingénieurs de Sukhoi ont conçu cet avion pour remplacer les flottes soviétiques vieillissantes telles que le Su-27 Flanker et le MiG-29 Fulcrum, en établissant une nouvelle norme en aviation tactique russe, basée sur le furtif, la maîtrise avancée du vol, les capacités réseau et une supermaniabilité soutenue.
Le premier prototype T-50 est entré en vol en 2010, mais le programme a connu d’importants défis en matière de structure, d’intégration des capteurs et de propulsion, retardant sa mise en service de près d’une décennie.
Un revers majeur s’est produit en 2019 avec le crash d’un avion d’essai à cause d’une instabilité dans le contrôle de vol, soulevant des doutes internationaux quant à la capacité de la Russie à surmonter des lacunes technologiques critiques.
Malgré ces obstacles, le Su-57 a atteint la capacité opérationnelle initiale en 2020, avec les premières livraisons intervenues peu après, amorçant une intégration limitée dans les Forces aérospatiales russes.
Selon certains observateurs non occidentaux, le Su-57 aurait déjà participé à des opérations sur le front ukrainien, lançant des munitions guidées avec précision à distance et minimisant les risques face aux systèmes de défense aérienne longue portée fournis par l’OTAN. Ceci montre une utilisation réfléchie et maîtrisée des chasseurs de pointe russes au sein d’une doctrine sophistiquée de gestion des risques.
Les retours du terrain ukrainien ont généré des cycles d’amélioration continue, reflétant l’approche adaptative russe visant à corriger les faiblesses avioniques, les insuffisances en matière de réduction de signature radar et à accroître la survie dans des environnements de combat de plus en plus sensoriels et saturés.
La persistance du programme face aux sanctions, contraintes économiques et difficultés techniques indique que la haute direction russe considère le Su-57 non seulement comme un symbole de prestige, mais comme un élément essentiel de la crédibilité stratégique dans la projection de puissance vis-à-vis de l’OTAN et de la Chine.
Avantages techniques, armement et gestion des signatures
Le Su-57 est un monoplace bimoteur conçu pour offrir une supermaniabilité dynamique et assurer des missions multifonctions tant en combat air-air qu’air-sol.
Il mesure 20,1 mètres de long, affiche une envergure de 14,1 mètres et son poids à vide est d’environ 18 000 kilogrammes, offrant ainsi une importante capacité interne de carburant et de charge utile, supérieure à celle de plusieurs concurrents furtifs.
Son poids maximal au décollage atteint 35 000 kilogrammes, permettant d’emporter jusqu’à 10 tonnes de charge, dont des armes internes préservant la furtivité, mais aussi des charges externes sous les ailes pour des frappes à forte densité si nécessaire.
Actuellement, l’appareil est propulsé par des turbofans AL-41F1 développant entre 142 et 147 kN avec postcombustion, ce qui autorise un supercroisière modérée au-dessus de Mach 1,3, réduisant ainsi l’usage des postcombustions génératrices d’une signature thermique importante.
Le Su-57 peut dépasser Mach 2 en vitesse d’accélération, maintenir Mach 1,6 en vol de croisière et offrir un rayon d’action de 3 500 kilomètres avec uniquement son carburant interne, permettant des frappes profondes derrière les lignes aériennes ennemies.
La Russie met l’accent sur l’agilité comme facteur clé de survie, avec des tuyères à poussée vectorielle et des commandes de vol avancées autorisant des manœuvres extrêmes même après perte de contrôle, surpassant ainsi les chasseurs furtifs traditionnels dans les engagements rapprochés.
L’avion utilise un radar AESA N036 Byelka doté d’une capacité de détection sphérique, assurant une veille complète des cibles, y compris les menaces peu détectables et les engins hypersoniques.
Le système intègre également un dispositif passif d’acquisition infrarouge (IRST), des défenses de guerre électronique, et dispose d’un traitement assisté par intelligence artificielle pour alléger la charge du pilote lors des combats complexes.
Le design furtif du Su-57 affiche une section radar équivalente entre 0,1 et 1 mètre carré selon l’angle de détection frontal, bien que la réduction de signature soit moins performante sur la partie arrière que celle du F-22 ou du F-35. Cela est notamment dû à la présence visible des tuyères à poussée vectorielle et aux concessions structurelles en faveur de la maniabilité.
L’armement comprend des missiles air-air avancés tels que le R-77-1 doté d’un chercheur AESA, et l’intercepteur à longue portée R-37M, offrant des capacités d’attaque à distance largement supérieures à la plupart des missiles de l’OTAN.
Les capacités d’attaque du Su-57 incluent également des armes hypersoniques dérivées du Kh-47M2 Kinzhal, des missiles de croisière furtifs de précision comme le Kh-69, ainsi que de futures armes planantes pour des missions stratégiques de pénétration profonde en territoire ennemi.
Le développement de la coopération avec le drone de combat S-70 Okhotnik permet une synergie entre appareils habités et non habités pour des missions coordonnées de ciblage furtif, de guerre électronique coopérative et d’attaques combinées sur les défenses de l’OTAN.
Cette montée en puissance des capacités place le Su-57 au cœur de la doctrine russe d’aviation tactique, qui privilégie flexibilité, puissance de choc et adaptabilité dans un contexte de conflit moderne.
Dereck Colton