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La relation entre l’Inde et la Russie, mise en lumière lors du récent sommet entre le Premier ministre Narendra Modi et Vladimir Poutine, ne résulte pas d’un positionnement anti-occidental. Elle découle plutôt d’un calcul stratégique face à la montée en puissance et à l’agressivité croissante de la Chine dans la région, estime un expert en géopolitique et entrepreneur technologique.

Karl Mehta, investisseur en capital-risque de la Silicon Valley, a expliqué que « le récit mondial autour de la visite de Poutine en Inde passe à côté de l’essentiel ». Selon lui, les analystes occidentaux ont « trop rapidement interprété la proximité entre Modi et Poutine comme une affirmation de l’autonomie stratégique indienne ou une recherche d’avantages dans l’énergie et l’armement à prix réduits ». Cette interprétation est profondément erronée, insiste-t-il.

Pour Karl Mehta, l’approche de l’Inde « est une nécessité calculée face à une menace existentielle unique : la Chine ». Il souligne que « Pékin empiète activement sur les frontières indiennes ». Dans ce contexte régional, « la Russie demeure la seule puissance capable d’exercer une influence sur la Chine, notamment grâce à leur partenariat qualifié de ‘sans limites’ ». Il avertit que si l’Inde s’éloignait de Moscou, « elle risquerait de pousser la Russie complètement dans le giron chinois, ce qui entraînerait l’encerclement de l’Inde ».

Mehta pointe également les limites des garanties sécuritaires américaines. S’il qualifie les États-Unis de « partenaire stratégique clé », il rappelle que « l’histoire a appris à New Delhi que Washington n’intervient pas dans les conflits frontaliers himalayens ». Il cite notamment les récentes crises, affirmant que « pendant les affrontements à Galwan ou face à l’agression continue sur la frontière, le soutien occidental est resté largement rhétorique ». Selon lui, « le parapluie sécuritaire américain ne s’étend pas jusqu’à la Ligne de Contrôle Réelle (LAC) ».

« Maintenir des liens étroits avec Moscou est la seule carte que l’Inde possède pour empêcher la formation d’un axe total Russie-Chine », affirme-t-il, en précisant que « l’Inde ne choisit pas la Russie contre les États-Unis, mais choisit de garder une porte ouverte avec la seule nation capable d’aider à modérer l’agression chinoise quand l’Occident ne peut ou ne veut pas le faire ».

Ces dernières années, l’Inde a su équilibrer un approfondissement de sa coopération avec les États-Unis dans la région indo-pacifique tout en entretenant ses liens stratégiques et militaires de longue date avec la Russie. Moscou reste ainsi un fournisseur majeur d’armements, même si New Delhi développe parallèlement des partenariats de co-production et technologiques avec Washington.