Selon des informations récentes, l’Arabie Saoudite mène des discussions exploratoires avec le chantier naval allemand Thyssenkrupp Marine Systems (TKMS) en vue d’acquérir des frégates MEKO A-200. Cette démarche s’inscrit dans un effort plus large des Forces Navales Royales Saoudiennes (RSNF) pour moderniser leur flotte tout en développant la capacité industrielle locale, conformément aux objectifs de la Vision 2030.
Ce nouvel intérêt intervient après la signature en décembre 2024 d’un contrat avec Navantia pour l’acquisition de trois corvettes supplémentaires de type Avante 2200, portant à terme les livraisons précédentes et marquant la prochaine phase de l’expansion navale saoudienne. On estime que la RSNF consacrera plus de 4 milliards de dollars dans les années à venir pour renforcer son portefeuille d’acquisitions navales, incluant à la fois de nouveaux achats et des programmes de modernisation sur ses deux flottes.
Les discussions vont au-delà de l’achat de frégates, englobant un possible intérêt pour des patrouilleurs allemands ainsi que pour de futurs sous-marins, dont les programmes restent toutefois à un stade préliminaire. L’objectif principal de cette stratégie est de renforcer les capacités de défense maritime, de sécuriser les routes maritimes vitales dans la Mer Rouge et le Golfe Persique, et de bâtir un écosystème national durable de construction et maintenance navale, visant à réduire la dépendance vis-à-vis des fournisseurs étrangers.
Si ces discussions exploratoires aboutissent, les négociations devraient porter non seulement sur la construction des bâtiments, mais aussi sur une gamme complète de services liés au cycle de vie proposés par TKMS. Ceux-ci comprennent le Support Intégré de Produit, qui couvre la remise à neuf, la modernisation, la maintenance, les réparations, l’assistance en service, le conseil et la gestion des données logistiques, suivant les standards internationaux comme l’ASD S2000M.
TKMS propose également des solutions de formation complètes, incluant une instruction sur simulateurs, des modules de réalité virtuelle et augmentée, ainsi que la mise en place d’infrastructures terrestres telles que salles de classe, ateliers et académies navales, qu’elle peut gérer pour ses clients si nécessaire. Ces services, formations et technologies devraient constituer une part importante de toute éventuelle coopération autour du MEKO A-200 en Arabie Saoudite.
La famille MEKO, conçue par Blohm + Voss au début des années 1980 et aujourd’hui pilotée par TKMS, est au cœur des discussions. La série MEKO 200 a été développée pour combler le segment opérationnel entre les frégates légères et les destroyers, offrant une plateforme évolutive idéale pour des missions polyvalentes.
Depuis son lancement, cette famille a été exportée dans différentes configurations, notamment les frégates turques MEKO 200TN (classes Yavuz et Barbaros), grecques MEKO 200HN (classe Hydra), portugaises MEKO 200PN (classe Vasco da Gama), ainsi que les frégates de classe Anzac en Australie et Nouvelle-Zélande.
La MEKO A-200 mesure 121 mètres de longueur pour une largeur de 16,4 mètres et un déplacement d’environ 3 950 tonnes en charge complète. Elle est habituellement équipée d’un équipage principal d’environ 125 personnes, pouvant accueillir jusqu’à 49 membres supplémentaires à bord.
Sa propulsion repose sur une turbine à gaz de 20 MW alimentant un propulseur à jet d’eau central, associée à deux moteurs diesel de 6 MW entraînant des hélices à faible émission sonore, dans une architecture CODAG-WARP avancée qui pose un mode de propulsion diesel combiné. Le bâtiment peut dépasser les 29 nœuds de vitesse et dispose d’une autonomie supérieure à 6 500 milles nautiques à 16 nœuds.
Conçue pour embarquer deux hélicoptères de 6 tonnes ou un hélicoptère de 11 tonnes, elle peut également accueillir deux véhicules aériens sans pilote (drones), ce qui augmente sa flexibilité pour les missions de lutte anti-sous-marine et de reconnaissance. Deux embarcations semi-rigides de 8 mètres, lancées via des systèmes latéraux, complètent son dispositif. Une quille à l’avant et des stabilisateurs actifs en ailerons améliorent la stabilité, permettant des opérations hélicoptères et embarcations jusqu’à un état de mer 6.
Son coque est construite en acier haute résistance, divisée en plusieurs compartiments étanches, chacun équipé de systèmes autonomes de contrôle, électriques et anti-incendie, optimisant sa survivabilité en cas de dommages.
Si l’acquisition se concrétise, le MEKO A-200 viendrait renforcer la flotte saoudienne actuelle, composée de trois frégates classe Al Riyadh dérivées du concept français La Fayette, quatre frégates classe Al Madinah en service depuis les années 1980, et cinq corvettes classe Avante, produites par Navantia entre 2018 et 2024.
Le programme de modernisation navale de l’Arabie Saoudite prend aussi en compte les défis opérationnels et logistiques liés aux spécificités géographiques et stratégiques. La Flotte Ouest des RSNF, basée à Djeddah, assure la protection des voies maritimes dans la Mer Rouge et de l’infrastructure maritime locale, tandis que la Flotte Est, installée à Jubail, opère dans le Golfe Persique et soutient les opérations de la coalition.
Les deux flottes font face à des menaces asymétriques, notamment des attaques ciblant les routes maritimes et les installations énergétiques critiques, renforçant l’importance de la surveillance réseau, de la défense aérienne et des capacités anti-sous-marines. En parallèle, des contraintes telles que les infrastructures nationales limitées en construction navale, la pénurie de main-d’œuvre spécialisée et la complexité d’intégration de systèmes étrangers variés posent des risques pour les délais d’acquisition.
Jérôme Brahy