L’armée américaine a une solution pour lutter contre les drones : les abattre avec des chars d’assaut. Cette approche, bien que surprenante en apparence, est détaillée dans la dernière mise à jour du manuel « Tank Platoon » de l’armée américaine, qui intègre désormais des consignes spécifiques pour contrer la menace des systèmes aériens sans pilote (UAS).
Le manuel expose une tactique simple illustrée par des schémas où des pelotons de chars M1 Abrams utilisent leur canon principal de 120 mm pour détruire un drone en vol. Plus précisément, il est conseillé d’employer des munitions M1028 à canister, des obus chargés de plus de 1000 petits projectiles en tungstène dispersés, conçus pour neutraliser des cibles légères telles que les drones. Cette munition agit un peu comme du « tir à mitraille » et permettrait d’intercepter un UAS qui vole en ligne droite sur une distance qu’il faut anticiper, suggérant un « décalage d’une demi-longueur de terrain de football » pour le tir.
Pour les drones de type quadricoptère, qui ne suivent pas une trajectoire rectiligne mais effectuent des manœuvres d’approche rapides, le manuel recommande d’ajuster la visée légèrement au-dessus du « corps » de l’appareil.
Cependant, ces schémas sont tirés d’une section dédiée aux « gestes immédiats simples » (immediate action drills), une série d’exercices basiques que les soldats doivent maîtriser pour réagir rapidement et instinctivement face à ce type de menace. L’armée insiste ainsi sur l’intégration complète et naturelle de la lutte anti-drone dans la formation des équipages de chars.
Le document fait de la lutte contre les drones une priorité stratégique, mentionnant à plus de 100 reprises les systèmes sans pilote, et intégrant cette lutte dans deux des douze « tâches tactiques critiques » du tankiste, aux côtés du maintien au combat ou de l’évacuation des blessés. Le manuel conseille d’agir rapidement dès l’apparition de signes de reconnaissance ou de menace ennemie, en supposant que l’unité est constamment sous observation, sans compter sur une protection aérienne.
Les défenses contre les drones sont classées en deux catégories :
- La défense passive, qui repose sur l’augmentation de la protection et les mesures d’évitement, telles que camoufler les phares avec de la boue pour limiter les signatures visuelles, appliquer des procédures rigoureuses de sécurité opérationnelle (OPSEC), ou utiliser des leurres électroniques et physiques pour détourner les drones.
- La défense active, qui implique l’utilisation de systèmes automatiques ou manuels capables de détruire les drones en approche grâce à des armes telles que canons de 30 mm, roquettes guidées ou technologies émergentes comme les lasers.
L’armée envisage également d’améliorer la protection des chars par un blindage supplémentaire ainsi que par des « cages anti-overhead » (« cope cages ») plaquées sur la partie supérieure du véhicule, une zone vulnérable ayant fait ses preuves dans divers théâtres d’opération, notamment en Ukraine et au Moyen-Orient.
Une innovation notable dans le manuel est l’instauration d’un poste de « guetteur aérien » au sein de chaque équipage, probablement assumé par le chargeur du char. Sa mission sera d’assurer une surveillance à 360 degrés en permanence, en portant particulièrement attention à la détection visuelle et auditive des menaces aériennes. Cette vigilance comprend le silence radio et phonique strict, l’arrêt des moteurs et le retrait du casque pour mieux écouter les signaux sonores caractéristiques d’un drone.
Cette combinaison de techniques traditionnelles, de nouvelles tactiques et de capacités humaines adaptées démontre la volonté de l’armée américaine de s’adapter rapidement à la menace croissante que représentent les drones dans les conflits modernes. Alors que la lutte entre fabricants de drones et développeurs de contremesures évolue, la maîtrise humaine de la détection et de la réactivité reste un élément clé.