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Marquée par les lourdes pertes subies lors de l’opération Sindoor, l’Armée de l’air pakistanaise (PAF) met discrètement de côté ses projets d’acquisition supplémentaires du système de surveillance et de commandement aéroporté Saab 2000 Erieye. Elle privilégie désormais un ambitieux programme de développement local inspiré de l’initiative maritime navale Sea Sultan. Selon des sources proches du Pakistan Aeronautical Complex (PAC), ce tournant, baptisé « Projet Zarb-e-Samaa » en interne, vise à créer une plateforme AWACS plus rapide, à moteur à réaction, basée sur un avion commercial disponible dans le commerce, dans la continuité de la stratégie de l’Indian Air Force (IAF) avec les appareils Embraer, tout en évitant les vulnérabilités révélées lors du conflit de mai.

Cette décision intervient dans le sillage des pertes sévères enregistrées durant l’opération Sindoor : un Saab 2000 Erieye a été directement touché par un missile de croisière BrahMos lancé par l’IAF sur la base aérienne de Bholari, réduisant l’appareil à une épave carbonisée dans son hangar. Cette destruction a été confirmée par des images satellites ainsi que par le témoignage d’un ancien Air Marshal pakistanais évoquant « trois BrahMos en séquence ». Peu après, un second Erieye a été abattu à une distance de 314 km par un système IAF S-400 Triumph, marquant la première utilisation en combat de ce système russe. Le commandant de la batterie S-400, le Group Captain Animesh Patni, s’est vu décerner la Vir Chakra pour ce tir réussi, garantissant la protection de ses unités.

Face à ces déboires, l’Armée de l’air pakistanaise s’inspire des succès de ses voisins et décide de baser son futur AWACS sur le jet régional Embraer Lineage 1000E, un biréacteur dérivé de l’E190, offrant une autonomie de 4 000 milles nautiques et propulsé par deux turbofans Pratt & Whitney PW308G avec une vitesse de croisière de Mach 0,82.

Selon le plan, le Pakistan Aeronautical Complex de Kamra prévoit d’acheter trois à six appareils directement auprès du constructeur brésilien, suivant l’exemple de la Marine pakistanaise avec son contrat Sea Sultan conclu en 2021. Dans ce cadre, Leonardo prend en charge l’intégration des sonobouées tandis que Paramount, en Afrique du Sud, réalise les modifications structurelles attendues pour une livraison prévue à partir de 2026. La PAF souhaite confier à Embraer la fabrication de radômes d’antennes conformes à la cellule, minimisant ainsi la traînée aérodynamique et la signature radar, une approche déjà maîtrisée par l’avion Netra Mk1A de l’IAF. Pour le radar principal, deux candidats sont envisagés : le KLJ-7A AESA chinois, déjà utilisé sur le chasseur JF-17 Block III, pour son coût et sa facilité d’intégration, ou le TRS-3D allemand de Hensoldt, offrant une surveillance à 360 degrés de haute précision, bien que les restrictions d’exportation allemandes postérieures à Sindoor constituent une incertitude. Le budget alloué s’élève à environ 800 à 1 000 millions de dollars, avec un premier vol de prototype espéré pour 2029 et une capacité opérationnelle complète pour deux escadrons en 2032.

Des rumeurs circulent également concernant une résurgence technologique radar : il est question que la PAF envisage de réutiliser un transfert de technologie allemand datant des années 1990, issu du programme MPDR (Multi-Function Phased Array Radar) initialement destiné aux améliorations du JF-17, afin de développer un radar AESA sur mesure. « Il n’est pas clair comment ils réussiront à intégrer cette ancienne technologie dans une architecture moderne à base de nitrure de gallium, mais les travaux radars spatiaux de SUPARCO pourraient combler certaines lacunes », avance l’analyste Bilal Khan de Quwa. Néanmoins, certains observateurs émettent des doutes sur la viabilité de cette ambition, qualifiée de « vaporware », notamment du fait des capacités limitées du PAC, qui continue d’assembler les chasseurs JF-17 à un rythme ralenti de 8 à 10 unités par an, dans un contexte de difficultés financières.