Malgré la suspension temporaire de l’utilisation des pistolets M18 dans certaines unités de l’US Air Force suite à un incident fatal, l’Armée de Terre, la Marine et les Marines confirment qu’ils maintiennent l’emploi des pistolets Sig Sauer M18 et M17 comme armes de poing principales au quotidien. Ces services n’envisagent pas d’interrompre leur utilisation.

Le pistolet M18, version militaire compacte du Sig Sauer P320, a fait l’objet de plusieurs polémiques et procédures judiciaires liées à des tirs involontaires. Une agence de formation des forces de l’ordre dans l’État de Washington a recensé au moins six décharges accidentelles impliquant les pistolets M18 ou M17 – ce dernier étant une version pleine taille – sur ou à proximité de bases militaires.

Les inquiétudes se sont intensifiées après la mort la semaine dernière de l’airman Brayden Lovan, 21 ans, abattu accidentellement lors du déchargement de son pistolet M18 à la base aérienne F.E. Warren dans le Wyoming. Les circonstances précises du tir font toujours l’objet d’une enquête. Lovan était affecté au 90th Security Forces Squadron, unité chargée de la sécurité et nécessitant le port régulier d’une arme de poing.

À la suite de ce drame, le commandement Air Force Global Strike, responsable de la majorité des unités basées à F.E. Warren, a décidé de suspendre temporairement l’usage du M18 dans ses rangs, invoquant des « préoccupations de sécurité immédiates ». Plusieurs unités relevant du Air Combat Command ont également interrompu l’utilisation du pistolet, sans que cela ne concerne toutefois l’ensemble du commandement.

Charles Hoffman, porte-parole du bureau de sécurité de l’Air Force Global Strike Command, a indiqué que durant cette pause, les forces de sécurité aériennes se verront déployées avec le fusil M4. Ce commandement compte environ 27 000 aviateurs en service actif, soit moins de 9 % des effectifs totaux de l’US Air Force, et gère l’ensemble de l’arsenal nucléaire américain, avec une présence armée permanente sur ses installations, où la sécurité est une priorité absolue.

Phil Strader, vice-président des affaires consommateurs chez Sig Sauer, a déclaré que la société « offre et continuera d’offrir toute l’aide nécessaire » à l’enquête de l’US Air Force sur l’incident de F.E. Warren.

Un design adopté par toutes les branches militaires

Le M17 (version pleine taille) et le M18 (version compacte) sont devenus, depuis plusieurs années, les pistolets standards délivrés aux forces actives et de réserve, remplaçant progressivement le M9, utilisé depuis les années 1980. Ces deux modèles partagent des composants essentiels et se différencient principalement par la longueur du canon.

En 2020, l’US Air Force avait annoncé que toutes ses unités de combat seraient équipées du M18, valorisant notamment une « traction de détente plus homogène » et des poignées ajustables adaptées à différentes tailles de mains.

Selon les données fournies par l’Armée de Terre, les Marines, l’Air Force ainsi que des documents d’acquisition de la Marine, l’US Air Force détient environ 75 % des 165 000 M18 militaires. Tandis que les effectifs exacts de M17 en service sont moins clairs, l’Armée de Terre et les Marines ont confirmé leur intention d’acquérir plusieurs centaines de milliers de ces pistolets avant 2027, conformément au contrat de 580 millions de dollars signé avec Sig Sauer en 2017.

Les responsables de l’Armée de Terre, de la Marine et des Marines ont indiqué qu’ils ne prévoyaient pas de suspendre l’utilisation des pistolets, ne constatant aucune preuve de défauts liés à la conception ou à la fabrication.

« Nous n’avons constaté aucune preuve indiquant des problèmes de conception ou de fabrication », a affirmé Meghan Stoltzfus, porte-parole du Corps des Marines. Elle a également souligné que le M18 avait été rigoureusement testé selon les normes du Département de la Défense et soumis à des contrôles approfondis avec la supervision de la Defense Contract Management Agency, de l’Armée et du Corps des Marines.

Problèmes de décharges accidentelles détectés lors des tests

Lors des tests opérationnels menés il y a près de dix ans, le Département de la Défense a découvert un défaut sur le M18 : lors d’un test de chute avec une cartouche non amorcée insérée, le percuteur pouvait heurter la grenade d’amorçage et provoquer un tir. L’Armée de Terre avait alors demandé à Sig Sauer de corriger ce défaut en allégeant certains composants du mécanisme de détente.

Les tests complémentaires ont confirmé la correction du problème : le pistolet ne tirait plus lors de chutes. Cette version corrigée a ensuite été lancée en production.

Phil Strader a reconnu ces problèmes initiaux et précisé que les standards de test internes et externes, y compris militaires et forces de l’ordre, avaient été dépassés pour le M17 et le M18. Toutefois, il affirme que « personne, ni même nos ingénieurs ou les experts des plaignants, n’a été capable de reproduire ou prouver que le P320 puisse tirer sans action sur la détente ». Les versions militaires sont en outre équipées d’un cran de sécurité manuel, optionnel sur le modèle civil.

Littiges et enquêtes chez les forces de l’ordre

La version civile du M18, le P320, a fait l’objet de plusieurs controverses et recours judiciaires importants. En novembre 2024, un jury de Philadelphie a accordé 11 millions de dollars à un vétéran de l’Armée blessé par une arme Sig Sauer qui s’est déclenchée alors qu’elle était dans son holster.

En juin, Sig Sauer a intenté un procès dans l’État de Washington visant à faire annuler l’interdiction temporaire imposée par la commission de formation criminelle de l’État, qui avait banni l’usage du P320 par les recrues policières. Ce groupe de travail, composé d’agents locaux et d’instructeurs, avait publié un rapport en février relate cette décision de suspension.

Incidents rapportés depuis 2021

  • En 2023, un agent de sécurité japonais stationné au Camp Foster (Okinawa) a accidentellement déclenché son M18 alors que sa main reposait légèrement sur le couvercle rotatif de son holster.
  • A la même année, à Camp Pendleton (Californie), un officier désarmant son M18 a vu une cartouche se déclencher dans un « clearing barrel », sans avoir touché à la détente.
  • En 2022, un militaire a reçu une balle dans le genou provoquée par le déchargement spontané de son M18 à domicile avant son service à Fort Belvoir (Virginie).

Quant au M17, des incidents similaires ont été signalés :

  • Un militaire de la police militaire à Fort Eustis (Virginie) s’est blessé après que son arme s’est déclenchée en heurtant l’étui d’un collègue, en 2023.
  • Un civil de l’Armée a vu son arme se déclencher en 2020 en retirant son pistolet de son holster lors d’un stage à Leesville (Louisiane).
  • Un soldat s’est tiré dans le pied par accident en 2021 en tentant de ranger son arme à Fort Leonard Wood (Missouri).

En 2020, Sig Sauer a lancé un programme d’amélioration gratuite des P320 afin « d’améliorer la sécurité, la fiabilité et les performances globales ». Les modifications portent notamment sur l’allègement du mécanisme de détente, du mécanisme de percuteur et l’ajout d’un disjoncteur mécanique. La firme affirme que depuis ces mises à jour, les cas de tir accidentels dus à une chute sont rares sur les marchés civils et forces de l’ordre américaines, et se produisent uniquement dans des conditions hors normes de test.