L’Espagne lance un programme ambitieux de modernisation de ses forces d’artillerie avec l’acquisition de 214 nouveaux obusiers automoteurs, répartis entre 86 systèmes sur roues et 128 sur chenilles. Cette opération s’inscrit dans le cadre des Programmes Spéciaux de Modernisation du Plan Industriel et Technologique de Sécurité et Défense, qui vise à porter la dépense de défense à 2 % du PIB d’ici 2025.
Le ministère de l’Industrie a préfinancé ce programme à hauteur de 3,002 milliards d’euros, soit 1,181 milliard pour les systèmes à roues et 1,821 milliard pour ceux sur chenilles. Ces nouvelles plateformes équiperont aussi bien l’Armée de Terre que l’Infanterie de Marine, remplaçant ainsi les obusiers M109A5E actuellement en service.
Un tournant majeur dans la force d’artillerie
C’est la première fois que l’Espagne envisage l’introduction d’obusiers automoteurs sur roues, marquant une évolution significative dans la structuration de ses capacités d’artillerie. Les systèmes sur chenilles seront quant à eux compatibles avec les véhicules de soutien basés sur la plateforme ASCOD déjà en service dans l’armée espagnole.
Le sous-programme des obusiers sur roues
Ce volet prévoit l’acquisition de 86 unités montées sur un châssis 8×8 ou 10×10, accompagnées de 86 véhicules de transport de munitions, 14 véhicules de récupération et sept véhicules de maintenance, ainsi que des équipements de soutien tels que simulateurs, outils de maintenance et systèmes de formation. L’intégration complète aux systèmes de commandement et contrôle permettra des missions de tir en réseau.
Une exigence spécifique concerne la capacité à engager des cibles navales mobiles, suggérant une fonction de défense côtière. Bien que le programme ne mentionne pas de véhicules de commandement dédiés, la plateforme Radhaubitze, développée par GDELS-Santa Bárbara Sistemas et KNDS, est l’une des candidates. Cette solution combine le châssis Piranha 10×10 avec une tourelle d’artillerie de 155 mm/L52.
Cette configuration vise à améliorer la mobilité stratégique et à simplifier la logistique, sans compromettre la puissance de feu.
Le sous-programme des obusiers sur chenilles
Ce segment porte sur l’acquisition de 128 systèmes sur chenilles, avec leurs véhicules associés de munitions, récupération et commandement — 48 dédiés à l’Armée de Terre et 11 à la Marine. Ces obusiers seront déployés pour des opérations terrestres ou amphibies et s’appuieront sur une plateforme compatible avec le châssis ASCOD.
Le package comprend également sept véhicules spécifiques de maintenance, des équipements logistiques et des outils de formation. L’objectif de cette configuration est d’offrir un rayon d’action étendu, une meilleure survie sur le champ de bataille et une protection accrue, adaptée aux opérations au contact ou aux débarquements amphibies.
Parmi les propositions figure le système Nemesis, présenté lors du salon FEINDEF 2025, qui associe la même tourelle AGM de 155 mm/L52 que le Radhaubitze sur son châssis ASCOD. Ce système, conçu pour deux à trois opérateurs, peut opérer à distance, dispose d’un chargeur automatique, d’un système de navigation inerte/GNSS, d’une capacité de tir à 360 degrés, ainsi que d’une transmission de données vers les systèmes de contrôle de tir.
Des obusiers mieux adaptés aux exigences contemporaines
La modernisation répond au besoin identifié par l’Armée de disposer de plateformes d’appui-feu indirect longue portée. Le ministère de la Défense a insisté sur l’importance d’un tir dépassant 40 kilomètres avec des munitions standards, tout en combinant mobilité élevée, automatisation poussée et réduction du nombre d’opérateurs nécessaires.
Ces moyens seront aptes à utiliser des munitions de nouvelle génération, guidées ou à portée étendue, avec intégration des données issues de capteurs externes au sein de réseaux de commandement et contrôle (C2).
Par cette double stratégie, l’Espagne conjugue mobilité et protection : les unités sur chenilles assurent blindage et endurance en zone de combat, tandis que celles sur roues optimisent la rapidité de déploiement et la facilité logistique, notamment par route.
Tous les systèmes seront opérationnels dans un cadre de tir en réseau, compatibles avec l’ensemble des plates-formes de soutien logistique et appui. Chaque sous-programme inclut également un dispositif complet de maintenance à quatre niveaux, des formations spécialisées ainsi qu’un package logistique pour leur mise en service initiale et leur entretien.
Un parc actuellement vétuste
L’Espagne exploite aujourd’hui environ 96 obusiers automoteurs M109A5E, hérités des années 1970, soutenus par 158 véhicules de transport de munitions M-548 sur chenilles et 18 variantes à six roues du M-548/6 SEM-1I.
Le Groupe d’Artillerie de Débarquement de l’Infanterie de Marine utilisait auparavant six obusiers M109A2, remplacés en 2020 par six M109A5 transférés de l’Armée de Terre. Leur munition est assurée par six véhicules M-992 FAASV. Ce matériel est aujourd’hui jugé largement obsolète, ce qui justifie la nécessité de ce large plan de modernisation.
L’artillerie de l’Armée de Terre est organisée en divers Groupes d’Artillerie de Campagne (GACA), tandis que l’Infanterie de Marine opère sous le Groupe d’Artillerie de Débarquement (GAD) du Tercio de Armada.
Les systèmes tractés en service comprennent des pièces L118 de 105 mm, le SIAC de 155 mm de Santa Bárbara Sistemas ainsi que les obusiers anciens modèle 56 de 105 mm. L’armée espagnole a également déployé ces moyens dans des missions de l’OTAN, notamment dans le cadre de la Présence Avancée Renforcée en Lettonie et des opérations en Slovaquie, témoignant de son engagement pour l’interopérabilité internationale.