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Dans une évolution discrète mais significative de son parc blindé, l’armée indienne commence à équiper ses chars de combat principaux T-72 de volets en caoutchouc renforcé fixés sur la tourelle, comme le montre une photographie officielle récemment diffusée. Cette modification discrète vise à combler l’espace vulnérable entre la tourelle et le châssis, offrant ainsi une couche supplémentaire de protection contre les systèmes aériens sans pilote (UAS), plus connus sous le nom de drones.

Ces volets, similaires à ceux observés sur des chars russes lors des récents conflits, sont conçus pour perturber les charges utiles des drones entrants — telles que les ogives explosives — en interférant avec leurs mécanismes de mise à feu ou en provoquant une détonation prématurée. Les passionnés de défense et les analystes ont rapidement repéré cet ajout sur les images officielles montrant les T-72 en opérations de routine. Si l’armée indienne n’a pas publié de communiqué officiel à ce sujet, ces éléments visuels témoignent d’une réponse pragmatique face au rôle croissant des drones dans la guerre moderne, notamment dans le cadre de menaces asymétriques aux frontières indiennes.

Cette adaptation s’inspire directement des improvisations russes sur le terrain. Les chars soviétiques T-80U utilisaient initialement des jupes en caoutchouc principalement pour protéger les prises d’air des contraintes environnementales pendant la Guerre froide. Avec le temps, ces dispositifs sont devenus des barrières multifonctions, offrant une protection secondaire contre les missiles antichars guidés (ATGM) et plus récemment contre les drones kamikazes en Ukraine. Les versions indiennes présentent une conception robuste, adaptée à une durabilité opérationnelle renforcée, et offrent potentiellement une meilleure couverture du profil supérieur du blindage du T-72, plus vulnérable que sur les modèles russes.

Cette initiative s’inscrit dans une démarche plus large de modernisation visant à prémunir la flotte vieillissante de T-72 — qui compte plus de 2 400 exemplaires — contre les menaces aériennes. En début d’année, l’armée avait annoncé la mise en place de 75 systèmes anti-drones (C-UAS) pour ses chars T-72 et T-90, intégrant des capacités de détection omnidirectionnelle, de brouillage « soft-kill » et des intercepteurs cinétiques « hard-kill ».

Ces systèmes, dont le déploiement se fera de manière progressive, viennent compléter les améliorations physiques telles que les volets en caoutchouc. En mars 2025, des rapports faisaient état de l’équipement des T-72 avec des protections en lames sur la verrière, des barrières de type chaînettes autour de la tourelle et à l’arrière, ainsi que des plaques composites au-dessus des moteurs pour contrer les munitions d’attaque par le dessus. Ces mises à jour progressives reflètent les enseignements tirés des conflits récents, où des drones peu coûteux ont démontré leur efficacité redoutable pour neutraliser des blindés de haute valeur.

Les experts considèrent ces mesures comme des solutions intermédiaires économiquement viables, en attendant le développement des chars de nouvelle génération dans le cadre du programme Future Main Battle Tank (FMBT) indien. « Les drones ont démocratisé la létalité, transformant le ciel en un domaine contesté même pour les forces terrestres », souligne un analyste senior en défense. « Des solutions simples et applicables sur le terrain comme ces volets donnent du temps et sauvent des vies sans qu’il soit nécessaire de revoir intégralement la plateforme. »