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Face à l’évolution des champs de bataille modernes devenus des zones de combat saturées de drones, comme l’illustre le conflit ukrainien axé sur des frappes de précision à distance, l’Armée indienne prépare une modernisation majeure de son fer de lance blindé. Selon des informations exclusives, elle évalue actuellement des systèmes indigènes de munitions flânantes lancées depuis des canisters pour renforcer ses vastes flottes de chars principaux T-72 et T-90. Ces « drones-suicides », équipés de charges anti-chars, promettent d’étendre la portée d’engagement des équipages à 20-30 km, bien au-delà des 4-5 km des missiles antichars guidés (ATGM) existants comme le Konkur, transformant ces mastodontes en chasseurs connectés capables de neutraliser des menaces hors de portée visuelle.

Ce projet, s’appuyant sur des achats antérieurs, s’inscrit dans la volonté de l’Armée d’accroître la « létalité en réseau » dans le cadre du programme Atmanirbhar Bharat. Avec plus de 2 400 T-72 et 1 000 T-90 constituant l’épine dorsale des 59 régiments blindés indiens, l’intégration des munitions flânantes pourrait profondément changer la guerre mécanisée, notamment sur la Ligne de Contrôle Réelle (LAC) et la Ligne de Contrôle (LoC), où la topographie favorise les embuscades.

Le projet repose sur le programme CALM (Canister-Launched Anti-Armour Loiter Munition), officialisé par une demande de propositions en 2022 pour 180 systèmes. Ces munitions légères (< 25 kg par canister), lancées pneumatiquement depuis la coque des chars ou des supports externes, sont propulsées électriquement pour une endurance d’une heure, dont au moins 15 minutes de vol en mode flânant à pleine portée. Elles disposent de charges creuses (HEAT) anti-chars et de capteurs électro-optiques/infrarouges pour une acquisition autonome des cibles, adaptées à la neutralisation d’armures ennemies dans des environnements encombrés.

Cependant, l’Armée privilégie désormais l’augmentation de la portée à 20-30 km afin de répondre aux lacunes mises en lumière lors de simulations en haute altitude, où les ATGM sont moins efficaces face à des menaces mobiles rapides telles que les chars légers chinois Type 15. Ces systèmes, lançables à partir des supports externes du T-72 ou du stockage modifié en tourelle du T-90, permettront aux équipages de tirer les munitions en cours de manœuvre, en s’appuyant sur les optiques embarquées ou les flux vidéo liés à des drones aériens. L’objectif est de disposer d’une capacité « tire-et-oublie » qui autorise les chars à frapper depuis des positions protégées, minimisant leur exposition aux tirs adverses.

Ces solutions mettent en avant une compatibilité « plug-and-play » : des canisters hermétiquement scellés stockant jusqu’à quatre munitions par char sans modifier la conception fondamentale, préservant ainsi l’agilité de 41 tonnes du T-72 et la puissance de 1 200 chevaux du T-90. Selon les informations disponibles, les évaluations de l’Armée incluent des tirs réels prévus à Pokhran d’ici la fin de l’année, avec une préférence pour des fournisseurs offrant au moins 70 % de contenu indigène afin de réduire la dépendance aux importations.

À l’heure où des munitions flânantes telles que le Shahed-136 iranien ont bouleversé les tactiques anti-char, cette modernisation représente un véritable changement de paradigme pour la force terrestre indienne forte de 1,4 million d’hommes. Les ATGM actuels limitent les équipages des T-90 à des portées rapprochées, les rendant vulnérables face aux attaques en essaim des chars Al-Khalid pakistanais ou aux manœuvres de flanc des ZTQ-15 chinois. Avec une portée de 20-30 km, les munitions flânantes permettent la constitution d’équipes « chasseur-tueur » : les chars survolent les voies d’approche ennemies avec leurs munitions, déclenchées via le système de gestion de combat Akashteer pour des frappes préventives.

Cette capacité est particulièrement cruciale en haute altitude. Le long de la LAC, où l’air raréfié limite les performances des missiles, ces systèmes lancés jusqu’à 4 500 m d’altitude fournissent une surveillance persistante, contrant les menaces hypersoniques chinoises. Sur le front ouest, ils renforcent les doctrines d’« attaque à froid », autorisant des percées blindées rapides avec un risque réduit. Les simulations estiment une hausse de 40 % de la létalité, tout en diminuant la charge de travail des équipages grâce à une guidage semi-autonome.