L’armée indienne vient de commencer à réceptionner ses hélicoptères d’attaque AH-64E Apache, longtemps retardés, fabriqués par Boeing. Dans ce contexte, la hiérarchie militaire envisage de réévaluer la taille future de sa flotte d’Apaches, confrontée à des besoins opérationnels persistants et à un développement parallèle d’alternatives indigènes. Initialement, six appareils avaient été commandés, mais ce nombre limité, ainsi que les retards de livraison, ont ravivé les interrogations sur l’adéquation de la capacité disponible.
L’armée avait d’abord estimé qu’il faudrait entre 12 et 18 hélicoptères Apache pour équiper efficacement ses formations de corps de frappe. Pourtant, seule la commande de six unités a été approuvée, puis passée. Les perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales ont engendré des retards importants, repoussant la mise en service bien au-delà des prévisions initiales. Sur ces six exemplaires commandés, trois ont été livrés à la mi-2025 et intégrés au Corps d’aviation de l’armée, où ils sont désormais engagés dans les moyens des corps de frappe.
Ces Apaches ont été acquis spécifiquement pour doter l’armée d’une capacité d’hélicoptère d’attaque lourde destinée aux opérations offensives, avec un accent particulier sur le secteur occidental. Leur vocation principale consiste en des missions de frappes profondes, la lutte antichar et le soutien rapproché aux unités mécanisées lors de conflits à haute intensité. Cependant, avec seulement six hélicoptères prévus, les responsables opérationnels reconnaissent que ce nombre sera insuffisant pour maintenir une disponibilité opérationnelle significative après prise en compte des besoins de formation, de maintenance et de rotation des appareils.
La situation est d’autant plus complexe que l’armée indienne a récemment passé une commande de 90 hélicoptères légers de combat (Light Combat Helicopter, LCH) Prachand auprès de Hindustan Aeronautics Limited. Bien que le LCH représente une solution indigène performante, particulièrement adaptée aux interventions en haute altitude et en zone avancée, il ne remplace pas pleinement la fonction d’attaque lourde envisagée pour l’Apache dans les opérations des corps de frappe sur les plaines et secteurs désertiques. Par ailleurs, la première livraison de LCH à l’armée indienne n’est attendue qu’à partir de 2028, ce qui crée un vide capacitaire provisoire.
En conséquence, la direction de l’armée devrait peser la possibilité de commander des Apaches supplémentaires afin de combler cet écart, tout en poursuivant le déploiement à long terme du LCH. Cette décision devra équilibrer l’urgence opérationnelle, les contraintes budgétaires, la logistique ainsi que la volonté politique de favoriser les matériels produits localement.
Avec trois Apaches déjà opérationnels et les autres unités en attente, l’expérience acquise par l’armée dans l’utilisation de cette plateforme au cours des prochaines années sera déterminante pour orienter la décision finale. Le choix d’étendre ou non la flotte d’Apaches, ou bien d’accepter une capacité d’attaque lourde plus limitée en attendant la maturité du programme LCH, influencera grandement l’avenir de la force aéromobile offensive de l’armée indienne.