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L’Armée indienne intensifie ses efforts pour acquérir des drones à décollage et atterrissage verticaux (VTOL) capables de transporter des charges utiles de 400 à 500 kg, afin d’assurer la livraison de fret dans des zones difficiles où les hélicoptères pilotés dominent actuellement la logistique. Cette initiative vise à réduire les risques opérationnels en environnement hostile, à diminuer les coûts croissants et à améliorer la résilience face aux conditions météorologiques défavorables, notamment dans les secteurs d’altitude du nord tels que le Ladakh et l’Arunachal Pradesh. Dans un contexte de modernisation permanente, ces « drones hélicoptères » pourraient révolutionner les chaînes d’approvisionnement en préservant des vies humaines tout en réduisant significativement les frais.

Un responsable de l’Armée, s’exprimant anonymement, a souligné deux impératifs majeurs : « Ces UAV seront aussi très utiles dans des zones où les hélicoptères peuvent être la cible de tirs ennemis, car ils éliminent la menace pesant sur la vie humaine. De plus, le coût d’exploitation des hélicoptères pour ce type de missions est en hausse, tandis que les drones peuvent réaliser ces opérations à une fraction du prix et avec moins de risques, notamment lorsque les conditions météorologiques se détériorent dans les zones nordiques. »

Actuellement, la flotte de drones cargo de l’Armée gère des charges modestes, allant de micro-drones de 5 kg pour le ravitaillement tactique à des modèles de 250 kg destinés aux postes avancés, jouant un rôle crucial après les tensions survenues à Galwan. Toutefois, l’objectif est désormais d’opérer un saut technologique vers des plateformes VTOL de 400 à 500 kg, comparables aux eVTOL (drones électriques à décollage vertical) développés par des start-ups indiennes telles que Sarla Aviation, dont le modèle Shunya supporte jusqu’à 680 kg pour des missions militaires. Ces systèmes combinent la stabilité d’un quadricoptère avec l’efficacité d’un aéronef à voilure fixe, permettant le transport de munitions, kits médicaux, rations et matériel de construction vers des avant-postes isolés dépourvus de pistes d’atterrissage.

Cette avancée s’inscrit dans une orientation plus large vers la technologie eVTOL, étudiée pour le transport de fret, le déplacement de troupes et l’évacuation sanitaire dans des environnements précaires. Contrairement aux hélicoptères classiques, les eVTOL utilisent une propulsion électrique plus simple nécessitant peu d’entretien, « nettement moins » que les boîtes de vitesses et moteurs thermiques des rotorcraft, selon les experts du secteur. Cette modularité est particulièrement adaptée aux opérations en haute altitude, où l’air raréfié limite les performances des hélicoptères traditionnels, et où la recharge solaire portable permet une autonomie accrue des bases avancées.

Les discussions pour l’acquisition se déroulent actuellement avec des entreprises nationales, dans le cadre du programme « Make in India », via des défis technologiques iDEX ou des procédures d’urgence. Bien que les calendriers soient encore en discussion, certaines sources indiquent que les appels d’offres pourraient être lancés d’ici mi-2026, en mettant l’accent sur la capacité à opérer par tous temps et la résistance aux brouillages électroniques. La récente commande de 200 drones Switch VTOL – destinés à des missions de reconnaissance à faible charge – prépare le terrain pour cette montée en puissance avec des modèles lourds assurant le ravitaillement au niveau section ou peloton.

Au-delà des enjeux économiques, l’aspect stratégique est déterminant. Dans un espace aérien contesté – comme l’a illustré l’opération « Sindoor » en mai 2025 – les drones permettent d’éviter les pertes humaines liées aux hélicoptères abattus, leur fonctionnement électrique discret offrant un avantage tactique crucial. « Le fonctionnement silencieux des systèmes de propulsion électrique… augmente la furtivité, un atout majeur dans les opérations militaires », explique un promoteur de Sarla Aviation. Cette caractéristique est essentielle le long de la Ligne de Contrôle Réelle (LAC), où les drones chinois et les missiles portatifs antiaériens (MANPADS) rendent chaque ravitaillement risqué.

Les conditions météorologiques extrêmes renforcent encore l’intérêt de ces UAV : brouillard himalayen et tempêtes de neige immobilisent fréquemment les hélicoptères, laissant parfois des troupes isolées, tandis que les drones VTOL disposent d’une autonomie grâce à des systèmes GPS/INS et à l’intelligence artificielle pour naviguer dans des conditions dégradées. Sur le plan financier, les eVTOL affichent un coût moyen de 0,49 dollar par passager-kilomètre, adaptable au fret, contre les dépenses élevées en carburant des hélicoptères, ce qui permettrait de réduire de moitié la facture logistique dans un budget de défense indien d’environ 1,2 lakh crore roupies (soit environ 14 milliards d’euros).